I.
Aujourd'hui, je vis le sourire de Mama dans le rétroviseur de ma voiture.
Aujourd’hui, ma Mama m’a fait un clin d’œil depuis sa résidence au Panthéon des Mamas et j’ai eu chaud au cœur. Cela faisait longtemps que je ne la saisissais plus. Elle était trop immatérielle ou alors mes enfants l’ont, d’une certaine manière, supplantée et je n’aimerais vraiment pas que cela soit ça précisément.
Aujourd’hui, je l’ai presque vue avec son sourire doux et sans prétention. C’était que j’avais raflé toute la prétention, tout à moi, je le crois aujourd’hui. Ou plutôt, je le sais.
Elle me signifia qu’elle ne voulait pas que je l’oublie et je lui fis des excuses à voix haute en voiture. Imprudent, par ailleurs, de penser tout d’un coup à sa mère au volant. D’autant que je la vis presque. Sa peau, son sourire, les commissures de sa bouche …
- Pardon Mama, d’avoir tiré la couverture vers moi. Tu étais très belle avant tout le bouleversement …
Elle avait sa radio, la voix du crooner, son chat, son métier à broder le fameux point de croix, si fin …
L’avais-je assez aimée de son vivant ou suis-je de ceux et celles qui aiment a posteriori ?
II.
C’était un être exceptionnel, un être brillant. Il parla, expliqua, délimita l’espace d’influence et l’espace décisionnel, l’intérêt de préserver les êtres anxieux, de ne pas susciter chez eux de fragilité émotive, à force d’agiter un schéma de vie à soi. Il eut aussi quelques mots chargés d’espérance et elle l’écouta. Ce n’était pas uniquement par amour. C’était plaisant et convaincant et puis, elle admirait chez lui cette propension à être juste, sensé et admirablement intelligent.
C’était le seul homme qu’elle écoutait, le seul en qui elle avait confiance et puis, évidemment, il y avait tout le vécu derrière, avec ses hauts et ses bas, nombreux et douloureux.
« La Vie, se dit-elle. Ce que je fus, cette puissance magnifique et insupportable. Révoltante. Cet aveuglement à occuper tout l’espace d’une manière vorace, sans rien y voir. Non, on ne peut happer autant d’humus et éjecter autant d’êtres en toute impunité … Le pire, c’était l’innocence. Et la cause première, la grande solitude. Je comprends sa colère épisodique, se dit-elle. »
Aurait-il à son tour cet attribut des dieux olympiens, gladiateurs sans merci ? Elle ne le voudrait pour rien au monde. C’était un jeune homme d’une beauté d’homme et d’un charme propre aux Libres. Un esprit puissant, rapide et vorace. Mais au fin fond de lui-même se tapissait un enfant au sourire éclatant et à la gentillesse rare. « Et puis, ce respect de la femme greffé en lui, se dit-elle ».
Et ce rappel la rassura.
Quand il lui présenta la nouvelle branche familiale, elle leur dit qu’elle l’avait peint des plus belles couleurs des quatre temps, qu’elle y avait mis tout son humanisme, son esprit décrypteur, sa passion de l’art et tout son amour. « Un des êtres les plus aboutis de sa génération, écrit-elle ». Et c’était tout à fait conforme à la réalité de ce bout de bonhomme étonnant devenu homme désormais.
Un amour rare, exponentiel sur un terreau d’intelligence peu commune, une maturité d’homme et une fluidité saisissante.
- Il saura aller et venir en lui-même. Il saura adapter son rythme. C’est un Juste. Et ce sera laborieux.





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