lundi 4 mai 2026

La Dame de ma vie








 



« Aujourd’hui, je viens vous parler d’elle.

 

Elle aimait le bruit des vagues, le souffle doux de la brise, les cris des mouettes, le rimmel dans ses yeux dorés en amande, en bord de mer …

 

Elle, c’est la Dame de ma vie. Celle qui m’enseigna du faux tout au long de son existence. « Le monde est bon, les personnes méchantes sont rares, la gentillesse est une exigence, le sourire désarme, partage avec tous, l’humanisme est la seule réponse à faire valoir … »

 

Une grande beauté tranquille, une peau diaphane, un sourire fascinant et des dents comparables à des perles éclatantes. Le tout dans une sagesse à toute épreuve. Sans magnétisme physique ni pouvoir de séduction exercés. Ce n’était pas de famille ni même dans l’air du temps. 

 

Mariée assez tôt à l’homme qu’elle aima à distance, elle lui fut dévouée au-delà de toute attente. Et il l’aima fortement, mais la fit souffrir aussi. C’était un charmeur et un épicurien. Un homme rieur, fou de beau et d’art, qui savait manier l’humour et qui attirait toutes les femmes.

 

Il aima ses yeux noisette aux cils recourbés et le lui dit souvent. Elle l’aimait avec passion, exclusivement et jalousement. Elle l’embrassait dans le cou, lui disait sa passion de lui.  

« J’aime ce cou de sang et de chair. Tu es ma mère et mon père réunis. »

 

Lui, était un homme d’appétit sensuel et charnel et de voir son amour à elle muer en tendresse puissante plut à l’enfant au fond de lui, mais déplut à l’homme en besoin de sollicitations et de stimuli.

 

Et puis, toute une vie en bonheurs forts et en désillusions, en tendresse et en solitude, en amour et en désamour, en rires et en silences fréquents …







 

Quand elle sentit la mort venir, elle convint d’un rituel : une grande sortie hebdomadaire avec lui. « Au moins, mille sorties, lui dit-elle, dans un élan qu’elle perdit en cours de vie. Peut-être même, deux mille, renchérit-elle. »

 

Son médecin lui mit-il en tête que le mal avait des paliers de dix ans ?


Et ils sortirent, rirent, évoquèrent leur jeunesse, s’interrogèrent sur leurs humeurs durant leur vie écoulée, échafaudèrent des projets à venir, se confièrent l’un à l’autre …

Une dynamique pour oublier la mort, la neutraliser et la contrer. »

 


Il se leva, regarda longuement la mer, sourit au coach et finit par dire :


-     Je vous évite la suite, chère Madame. Quelle belle journée ! Je vous dis au revoir. La mer me reparle. Et c'est heureux.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 26 avril 2026

Le Quatrième Livre et Al Kitab

 


J'aurai plaisir à présenter Le Quatrième Livre, publié aux Éditions Nirvana, le 15 mai à 17h30, à Al Kitab, Mutuelle-Ville, Tunis, Tunisie. Le livre sera présent à la Foire, lui.

Bien à vous 🍀



                                                   







    












samedi 11 avril 2026

Esther et moi

 










- Quand tout sera dévoilé, quand tout sera dit et signifié, demeurera-t-il encore des mots ? 


 

Les mots se meuvent, se multiplient, se combinent de mille et une façons pour poser les êtres, les sentiments et les situations. Ils s’adressent à une infinité d’entendements, de perceptions et d’approches.


Si certains mots partent ou s’oublient, d’autres viennent au monde, nombreux, ou d’autres encore renaissent de leurs cendres et sont ressuscités. Leurs combinaisons plurielles font varier les manières de signifier et les esprits auxquels ils sont adressés, investissent leurs prismes de décodage et font fleurir des signifiances toujours plus riches.


Non, les mots ne se videront pas de leur énergie exponentielle et demeureront des ponts toujours neufs et toujours féconds.




 

C’est ainsi que je vous narrerai mon histoire avec elle que je vis pour la première fois quand elle avait huit ans. J’en avais quatorze et je sus que quelque chose d’exponentiel aurait lieu. Huit ans et déjà les grandes lignes de ce qu’elle sera plus tard : un être de force tranquille et de dignité à toutes épreuves. De fidélité aussi.


Le ciel volé par les hommes dicta notre amour à venir avec acrimonie. 

Celui de la nature, le beau bleu serein et généreux, ouvert et libre, nous soutint dans la bienveillance et le sourire. Il nous dicta la marche à adopter. A moi surtout. 


Se débarrasser des hommes fut ardu. Ils nous pourchassèrent de leur folie destructrice et nous dûmes nous battre à mains nues. Je le fis pour elle, pour nous, malgré sa peur et son désir de cacher notre harmonie. J’en avais après leurs diktats, leur aveuglement, leur violence et leur bêtise. 

Elle voulait juste vivre sans mots, loin des lumières. Je voulais étaler notre passion, la vivre sur l’esplanade et expliquer aux esprits chagrins, assombris, désabusés et moroses, à quel point leur coma était vieux, profond et totalement insensé. 



 

Elle, c’est Esther, mon être entier dans un corps de femme. Je suis Abbas, sa continuité et son fondement. Nous nous observâmes durant une huitaine d’années. Bons voisins, polis, souriants et nettement distanciés. 


Et puis, une force indescriptible nous mit l’un devant l’autre, sans que nous ayons pu faire quoi que ce soit. Les murs bâtis par les hommes tombèrent instantanément, l’histoire folle s’effrita et nous fûmes menés par quelque chose d’extraordinairement puissant qui unit d’abord nos mains, ensuite nos lèvres et enfin nos corps neufs et curieux. 


Esther, mon amour, ma femme, ma version humaine au féminin. 


Quelle valeur donner aux bâtisseurs des systèmes de mensonges, d’interdits, de feux et de flammes, de mort et d’oubli ?










 

Non, nous ne serons pas votre pâte à pétrir. 

L’espace convoité de votre haine de la Vie. 

Nous ne ferons pas partie de vos dogmes, aux prémisses imaginées, aux prémisses oubliées. 

Vos constructions bancales, des leurres et des désirs de pouvoir et de puissance. 


Notre amour nous a sauvés de vous. Notre liberté. Et un souffle de vie que vous ne connaitrez pas, pour vous être engoncés dans le mensonge lointain. Non.



Esther et moi sommes la Vie. Vous êtes l’obscurité. 








 









lundi 30 mars 2026

Le Quatrième Livre




Ravie de vous annoncer la sortie de mon nouveau titre ! 











Le Quatrième Livre

S. Sehili-Belkadhi Z.

Aux Éditions Nirvana

https://nirvanaedition.com/produit/le-quatrieme-livre/

Mars 2026

 



dimanche 22 mars 2026

La déferlante de trop








C’est toujours le même endroit. La mer, la Bleue. La magnifique C.

Et puis, lui. Qui la longe. Attend qu’elle s’adresse à lui. Finit par se diriger vers son bureau. 

Les mots, toujours les mots. 

Quelquefois, dans une démarche participative. Le plus souvent, dans l’esprit de contradiction et la colère déferlante. 


 







 

 

-              Que vs arrive-t-il ?

 

-              Je suis hors de mon self-contrôle.

 

-              Pourquoi ? Reprenez-vous, voyons ! 

 

-              Un enfant en colère hurle en moi et cogne à tout-va. 

 

-              Faites-le taire. 

 

-              Pour l’heure, je n’arrive pas. Il me domine. 

 

-              Il faudra le mettre devant vous et démêler l’emmêlé. 

 

-              Facile à dire. 

 

-              Je suis là pour ça. Les enfants sont cruels et voient tout de travers. 

 

-              Ils voient juste aussi. 

 

-        Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont le droit d’édifier des guillotines. Et il y a la distance qui dote de sagesse ou du moins de pondération. 

 

-           Je ne sais pas pourquoi cet enfant est si récalcitrant. 

 

-       Il est très sensible et veut le dissimuler. Il y a du travail et le sens des priorités. Il y a le recul nécessaire, le doigté et une surveillance permanente. Parlez-vous. 

 

-       Vous avez raison. Je vais devoir très régulièrement le faire venir et le raisonner. 


 

Un silence. Long. Réflexif. 


 

-   Il faut que chacun reconnaisse ses torts. L’amour est douloureux. D’autres disent qu’il n’existe pas. Je ne sais plus. 


 

-    Faisons semblant. Et surtout apprenons à nous dompter. Mentir est nécessaire pour alléger les choses. Vivre n’est heureux qu’à ce prix. Mentir dans le sens de baisser ses niveaux d’exigence, sa foi en l’authenticité pure et dure. Nous ne sommes pas des dieux. C’est bête de vouloir se hisser au niveau des idoles. Et eux-mêmes sont pure invention. Pour maîtriser et diriger. Tant c’est nécessaire de canaliser et de mener. 


 

-     J’avais une telle colère, une telle haine que cela aurait fait fuir ma propre mère. C’est une question de salut. 


 

-  Rien n’est indépassable. Et le bonheur est nécessairement une fabrication. Commençons par le calme et la maîtrise de soi. 

 


Il la regarda. Longuement. Avec au fond des yeux de la gratitude. C’était rare chez cet être de déroute, extrêmement particulier.


 

-   Faisons venir ce môme. Montons dans le temps. Et montrons-lui les tenants et les aboutissants, de ceux-ci et de ceux-la. Il a besoin de sécurité, mais surtout de gestes lents et chargés d’amour. Tout est à faire ou à refaire. 

 


-       Je ne sais pas si le beau fixe viendra un jour à s’installer. 


 

Et il pensa à cette femme de sa vie qui partit en moins d’une semaine. Sa mère. Si belle et si élégante. Si pleine de vie. Elle devint, dans le silence, un fardeau pour lui, pour eux, à la fin de sa vie. Ils étaient tous devant le glacier à rire et à plaisanter et elle était dans la voiture à regarder le monde avec la fatale distanciation de la vieillesse, de l’oubli, du silence, de la comédie de la pré-mort des siens … Pourquoi ?







 

-       Et dire que j’en vins à oublier à quel point, elle était tout. On s’aime soi-même, au final. C’est tout. C’est la vérité à taire. Vivre, c’est juste s’aimer, égotistement, et faire semblant.


      Très peu. 


    Que c'est bête tout cela, se répétait-il, en re longeant la mer. 


Elle ne lui adressa pas la parole. Glaciale d'apparence.