samedi 1 août 2026

L'huile dorée des C.

 









J’étais affairée dans ma cuisine avec ma paella, mes fruits de mer, ma viande et mes pilons de poulet et je prenais plaisir à tout faire cuire à tour de rôle, en respectant le temps de cuisson. 

Cela sentait l’excellente huile côtière que je reçus en cadeau en janvier dernier de chez les C., l’ail, le beurre, le laurier, les juteuses et sublimes tomates fraîches méditerranéennes et les senteurs marines des crevettes fraiches.

 

Je vis la couleur dorée de l’huile dans la dame-jeanne remplie à moitié et me vint à l’esprit immédiatement l’éternelle question qui taraude l’esprit humain : Qu’est-ce l’existence ?

 

L’huile étincelante. Ce moment puissant où je m’active à faire plaisir à un couple amoureux qui roucoule quelques mètres plus loin. Cette odeur fraiche de la Sylphide aérienne qui va et qui vient et dont le linge étendu, immaculé, avait quelque chose de scientifique, de frais et de beau. 

Et puis, cet imperceptible balancement. Cette chose extraordinaire par ici qu’est l’air marin doux et fort qui vous fait sécher votre linge en un temps record. Et puis, cette clarté.


 

Je crois bien que l’existence est la Mama étendue sur son lit de clinique, le sourcil comme dessiné par un artiste-magicien. La Mama qui savait qu’elle partait. Enfin, peut-être. Ou peut-être pas. La Mama à la peau laiteuse et au cheveu auburn. Terriblement belle dans son lit controversé. Je la regardais et je mourrais de souffrance intérieure. Je savais. Et elle haïssait le mensonge. Elle sermonna son médecin.

 

-              Ne donnez plus d’espoir quand les choses vous sont claires.

 

C’était un parent éloigné et elle s’en fichait d’être désobligeante. C’est autre chose un lit de mort. Et puis, il y avait le va et vient des sœurs blanches.


 

-              Êtes-vous croyante, demanda-t-elle en douceur à la jeune fille. 

 

-              Non, fit-elle, dans un geste d’exaspération.


 

Elle s’excusera plus tard, mais elle détestait cet opportunisme religieux, certes bon enfant, mais prélude quand même à la distillation de la Vérité. Elle n’aimait pas le mensonge non plus. 

 

Je crois bien que l’existence, c’est cet enfant de CE2 qui levait sur elle des yeux emplis d’admiration et d’amour. L’amour filial qui fluctue mais qui revient toujours, plus apaisé. Cet enfant, homme aujourd’hui, et véritablement, homme. De lumière, de responsabilités diverses, de rigueur, de droiture et de désir de sa compagne. J’aime.

 

L’existence, c’est la bonbonne à moitié remplie aujourd’hui, de cette huile si fruitée et si côtière aussi, au point où j’y sens la mer que je porte en moi depuis la nuit étoilée des temps. L’huile dorée me remua et me voilà dans cette posture du Scribe à joindre les mots les uns aux autres et à faire éclore du sens. Et puis, des pans d’existence. 

 

Je crois que l’existence, c’est Divine et sa sensibilité extraordinairement maquillée sous des airs de nonchalance et de dédramatisation à tout-va. Divine apportant sourires et réconfort de l’autre côté de la méditerranée. Et puis, Mlle Sourire et sa recherche du temps passion, du temps exceptionnel, du temps rare … Il existe, c’est la plus belle version du mensonge utilitaire, mais il s’agit de ne rien lui dire aujourd’hui. Elle le verra d’elle-même et c’est surtout cela l’existence. 

 

Cette chose si belle, si dure, si insensée et si fondamentale. Avec ses montagnes russes, ses acmés, ses vides par temps froids et ses signifiances inaccessibles. Et puis, l’espoir, toujours l’espoir, continuellement l’espoir … 

 








Je regardai discrètement dans sa direction et je vis qu’au milieu de son sommeil fatigué, des larmes discrètes coulaient d’elles-mêmes. L’espoir fut long après elle, long à retrouver. Et puis, un jour, je lui mis la main dessus.

 

Voilà l’effet doré de l’huile des C. J’aime. Les rétrospectives ont du bon. On n’oublie pas ceux que nous avons aimés fort, ceux auxquels nous restons rattachés ombilicalement malgré la césure. Ils sont vivants dans notre mémoire. C'est la réponse cinglante à la mort. 


Ils sont bien là, vivants, presque sous la main, douloureusement invisibles, mais bien là, tout vivants. J'aimerais tant le dire, le signifier, jusqu'à l'apaisement.































dimanche 19 juillet 2026

Comme un magma coulant à l'infini ...

 









I.

 

La mort a toujours existé et elle existera toujours. La médecine avancera, l’espérance de vie augmentera, à coup sûr, mais la fin de toute chose est inéluctable. 

Et, quelque part, c’est heureux. 

Un cycle, un recommencement, une fin et, de nouveau, le même processus. C’est ainsi. Ce n’est pas le fil à couper le beurre. 

L’essentiel échappe à l’homme. Clairement. Voilà pourquoi, il l’hypertrophia de diverses manières. 


Il s’agit d’énergie continue, tout bêtement. Comme un magma coulant à l’infini, effusif ou explosif, venant au monde ou, plus justement, à la surface de la terre. Lieu des naissances variées. 

 

S’agissant des humains, j’appelle cela le segment de vie. 

 

Qu’avez-vous fait de votre segment de vie ? 

 

Ma profession fait, qu’au quotidien, je me trouve en contact avec des humains dénudés, souvent sans surmoi, cet agent de police dissuasif si précieux. Et l’être apparait dans toute sa laideur : envieux et méchant. Bien sûr, d’autres traits, mais ce sont les deux principales caractéristiques de l’homme. Le ça domine et le moi peine à se constituer. Le surmoi, lui, est peu avalisé.

 

L’intelligence, la réflexion, la maîtrise de soi, le deal conscient avec soi-même sont les seules solutions aptes à garantir l’équilibre des humeurs psychiques. Et puis, les valeurs arrêtées : le respect, l’humanisme, la tolérance …





 


 

 

II.

 

Et il se lança dans une logorrhée sans fin et sans liens. Sa voix fluctuait, son regard tantôt enflammé, tantôt indifférent, quelquefois accusateur - à mon encontre - me le donnait à voir dans toute son incohérence, ses connexions aux quatre vents. Les barrages étaient presque inexistants. Le surmoi en éclats, le moi en déroute et le ça hurlait tout et n’importe quoi. 

Une détestation de toutes les marques de l’ordre et de l’harmonie, une horreur du bonheur et de ses manifestations et des nœuds profonds et fort anciens. Et comme chez tout un chacun, un socle fait de bonté possible et de prompte méchanceté. 


La méchanceté fusait dès l’instant où on lui signifiait son incohérence et son désordre mental.

 








 

III.

 

Construire du beau est un objectif de vie. Tant que nous sommes à l’abri des épreuves qui rompent. Seules choses contre lesquelles nous ne pouvons rien. Qu’on en soit préservés, tous. 

Le Beau, seule réponse à la gratuité de la rupture, de l’extinction. 

Et puis, il y a la nature humaine. Versatile, roublarde, incertaine, incompréhensible quelquefois … Fixer ses valeurs, s’y référer, s’y tenir est essentiel. Contrer le mal en soi, l’envie, la jalousie et la méchanceté.


Sans réflexion, sans consensus avec soi, sans humanité à toute épreuve, sans sculpture de son être profond, de son être intelligent et émotionnel, nous ne sommes que des singes. 

 









IV.

 

Je vous aime d’un amour rare, d’un amour nourri, d’un amour puissant, effusif et réfléchi, un amour naturel et qui m’emplit de désirs multiples de vie. 


Je fus longtemps une sculptrice de bonheur et j’aime penser que je le suis encore pour vous, même si nos chemins ne feront que se croiser désormais. 


La question est de toujours être dans l'a-venir, en dehors de toute attente classique et un peu bête, par ailleurs.


Architecture de vie.


La Scribe debout.

 

 

 

 

 









samedi 11 juillet 2026

À ces êtres de l'ombre qui vous ôtent toute liberté

 








I.


 

Je fus odieux. C’était le regard de la femme du coin sur moi. Un stimulus


Et fusa mon asociabilité, mes nœuds gordiens. J’avais besoin de me sentir grand et j’hypertrophiai mon discours. Décousu, incohérent, délirant, accusateur, irrespectueux, infesté de carences, borderline … Ma voix fluctuait et je n’avais aucune prise sur moi-même. Évidemment, bien moins que par le passé, mais je suis le même, fou.


Je suis infréquentable. Je crois bien que si j’avais rajouté une couche, mon interlocutrice m’aurait stoppé violemment. Il y a des limites à tout, quand même, et encore, aujourd’hui, je me demande, comment elle a pu être mon amie. D’autant que nous avions très peu de valeurs en commun. 


 

-      J’avais laissé tomber, assez tôt, un être de ma vie. Parce que j’en avais honte. Je compense en égard à votre mère, me dit-elle. Quelles atroces souffrances, elle vécut. 


 

Et c’était vrai. Une bien triste histoire de grisaille et d’obstination pathologique. De nœuds séculaires et de marasme psychique intense. Le mal est ancré. 

Quand des vies aux antipodes se mêlent, quand le libre-arbitre est une denrée hors portée, quand la souffrance est millénaire, quand la lecture est biaisée … Rien n’a de la valeur et certainement pas les ruines et les pierres.

Restituer les gestes. 

Il y a toujours un fonds, loin, très loin, de sensibilité à l’autre, dans une langue de sourds intraduisible. Les traducteurs sont rares et, quelquefois, ils deviennent fous.

 






 

II. 

 

-        Qu’est-ce qu’un être de valeur, Ziz’ ?

 

Il répondit aussitôt : 

 

-      Un être libre. Un être debout. Un être de conscience et de travail. Un être de rigueur et de détermination. Un être de volonté, qui sait conduire le cours de l’eau.

 

-          C’est beaucoup d’exigence et de clarté d’esprit.

 

-          En effet. D’abord la clarté d’esprit. Et le bras levé.

 

-           Se faire donc.

 

-           Il n’y a rien d’autre qui compte.



   J'aurai toute ma vie du respect pour les êtres libres, confirma-t-elle, avec elle-même. 

 
















 

III.


 

-       Rien ne se fera sans votre contribution, lui dit-elle, quand il se résolut à aller la voir.

 

-      Le bonheur est difficile, fit-il remarquer, dans un souffle.

 

-   Visons la sérénité. Le bonheur est rare pour tous. La sérénité, la cohérence, notre emprise sur les choses, sur nous-mêmes, c’est bien plus utile. Il faut savoir comment accueillir les choses de notre vie. C’est capital. 


 

Tout penaud. Il se taisait. Vivait en lui-même. Que fit-il de si désobligeant ? Je me demande bien, se disait-elle, intérieurement. 


       - Nous avons tous, nos mauvais jours. Mais ne nous trompons pas d'ennemi.