samedi 3 octobre 2026

En mal avec les mots

 

Elle prit place et annonça d’emblée qu’elle avait beaucoup de choses à dire.


 

 




 

-              Je ne sais si vos quarante-cinq minutes vont suffire.


 

( Je vous rappelle que je suis psy et que mon cabinet qui donnait sur la Bleue de C. a vu toutes sortes d’êtres en souffrance, en déroute, en perdition, au creux de la vague, en panique, en péril, en multiples désespoirs … Que si les murs parlaient, il y aurait un imbroglio humain absolument insoutenable. )


 

-         Les choses se mélangent, les choses s’amplifient …

 

-          Commencez par le plus dur.

 

-      C’est dur de toutes parts. Je m’y perds. Et je refuse de subir. Je déteste l’apitoiement, ce n’est pas pour moi.


 

Elle se tut en proie à un assaut intérieur. Je gardai le silence.


 

-      J’ai besoin de croire, de nouveau, que tout cela vaille la peine. ( Elle se tut, regarda la mer, semblait perdue dans ses pensées. ) Les Hommes sont laids. Et je sais qu’il faut soutenir l’inverse.

 

-        Beaucoup ne le sont pas.

 

-       C’est vrai. La pensée et l’art existent, ils ont leurs créateurs, les seuls qui me manquent ... Mais on ne les voit plus, il faut les chercher à la loupe.

 

-        Une occupation noble. Je le crois.

 

-   J’ai passé un temps épouvantable. La méchanceté m’entourait de toutes parts. Et même les réminiscences lointaines n’amenaient à la surface que mensonges et entourloupes. Je hais la malhonnêteté.

 

-    Elle est dans la nature de beaucoup d’entre nous. Ceux qui n’agissent pas dessus, la trimballent comme une fatalité.

 

-        Tout est affaire de réflexion et d’arrêts. Nous sommes d’accord. 

 

 

( Elle regarda de nouveau la mer. Le silence fut assez long et je ne fis rien pour l’interrompre. Elle faisait le tri dans ce qu’elle voulait exprimer. )









 

-     Un temps long, difficile, plein de déconvenues et je fis mine de n’en avoir pas souffert. Les Hommes sont laids, méchants et dépourvus de générosité humaine. Une poignée est suffisamment intelligente pour agir sur sa mauvaise part. Et puis, l’espoir qu’il ne faut jamais cesser d’entretenir. Ce qui nous maintient debout et tendus comme un arc en exercice. Mettre à terre la morosité. Vous comprenez, n’est-ce pas ?

 

-    Parfaitement. Et vous avez la main, fis-je le plus sérieusement du monde.

 

-       Je voudrais que vous sachiez que ce que je vais vous dire là sort du plus profond de moi-même. Que de le mettre en mots est rude. Qu’il y a son intimité avec soi-même et de la pudeur aussi. Je ne veux pas galvauder mon intimité. Mais je suis assez encombrée. Ce n’est pas aisé de dire l’indicible. Et je suis en mal avec les mots, ces temps-ci. 

 

 



 

 

samedi 1 août 2026

L'huile dorée des C.

 









J’étais affairée dans ma cuisine avec ma paella, mes fruits de mer, ma viande et mes pilons de poulet et je prenais plaisir à tout faire cuire à tour de rôle, en respectant le temps de cuisson. 

Cela sentait l’excellente huile côtière que je reçus en cadeau en janvier dernier de chez les C., l’ail, le beurre, le laurier, les juteuses et sublimes tomates fraîches méditerranéennes et les senteurs marines des crevettes fraiches.

 

Je vis la couleur dorée de l’huile dans la dame-jeanne remplie à moitié et me vint à l’esprit immédiatement l’éternelle question qui taraude l’esprit humain : Qu’est-ce l’existence ?

 

L’huile étincelante. Ce moment puissant où je m’active à faire plaisir à un couple amoureux qui roucoule quelques mètres plus loin. Cette odeur fraiche de la Sylphide aérienne qui va et qui vient et dont le linge étendu, immaculé, avait quelque chose de scientifique, de frais et de beau. 

Et puis, cet imperceptible balancement. Cette chose extraordinaire par ici qu’est l’air marin doux et fort qui vous fait sécher votre linge en un temps record. Et puis, cette clarté.


 

Je crois bien que l’existence est la Mama étendue sur son lit de clinique, le sourcil comme dessiné par un artiste-magicien. La Mama qui savait qu’elle partait. Enfin, peut-être. Ou peut-être pas. La Mama à la peau laiteuse et au cheveu auburn. Terriblement belle dans son lit controversé. Je la regardais et je mourrais de souffrance intérieure. Je savais. Et elle haïssait le mensonge. Elle sermonna son médecin.

 

-              Ne donnez plus d’espoir quand les choses vous sont claires.

 

C’était un parent éloigné et elle s’en fichait d’être désobligeante. C’est autre chose un lit de mort. Et puis, il y avait le va et vient des sœurs blanches.


 

-              Êtes-vous croyante, demanda-t-elle en douceur à la jeune fille. 

 

-              Non, fit-elle, dans un geste d’exaspération.


 

Elle s’excusera plus tard, mais elle détestait cet opportunisme religieux, certes bon enfant, mais prélude quand même à la distillation de la Vérité. Elle n’aimait pas le mensonge non plus. 

 

Je crois bien que l’existence, c’est cet enfant de CE2 qui levait sur elle des yeux emplis d’admiration et d’amour. L’amour filial qui fluctue mais qui revient toujours, plus apaisé. Cet enfant, homme aujourd’hui, et véritablement, homme. De lumière, de responsabilités diverses, de rigueur, de droiture et de désir de sa compagne. J’aime.

 

L’existence, c’est la bonbonne à moitié remplie aujourd’hui, de cette huile si fruitée et si côtière aussi, au point où j’y sens la mer que je porte en moi depuis la nuit étoilée des temps. L’huile dorée me remua et me voilà dans cette posture du Scribe à joindre les mots les uns aux autres et à faire éclore du sens. Et puis, des pans d’existence. 

 

Je crois que l’existence, c’est Divine et sa sensibilité extraordinairement maquillée sous des airs de nonchalance et de dédramatisation à tout-va. Divine apportant sourires et réconfort de l’autre côté de la méditerranée. Et puis, Mlle Sourire et sa recherche du temps passion, du temps exceptionnel, du temps rare … Il existe, c’est la plus belle version du mensonge utilitaire, mais il s’agit de ne rien lui dire aujourd’hui. Elle le verra d’elle-même et c’est surtout cela l’existence. 

 

Cette chose si belle, si dure, si insensée et si fondamentale. Avec ses montagnes russes, ses acmés, ses vides par temps froids et ses signifiances inaccessibles. Et puis, l’espoir, toujours l’espoir, continuellement l’espoir … 

 








Je regardai discrètement dans sa direction et je vis qu’au milieu de son sommeil fatigué, des larmes discrètes coulaient d’elles-mêmes. L’espoir fut long après elle, long à retrouver. Et puis, un jour, je lui mis la main dessus.

 

Voilà l’effet doré de l’huile des C. J’aime. Les rétrospectives ont du bon. On n’oublie pas ceux que nous avons aimés fort, ceux auxquels nous restons rattachés ombilicalement malgré la césure. Ils sont vivants dans notre mémoire. C'est la réponse cinglante à la mort. 


Ils sont bien là, vivants, presque sous la main, douloureusement invisibles, mais bien là, tout vivants. J'aimerais tant le dire, le signifier, jusqu'à l'apaisement.































dimanche 19 juillet 2026

Comme un magma coulant à l'infini ...

 









I.

 

La mort a toujours existé et elle existera toujours. La médecine avancera, l’espérance de vie augmentera, à coup sûr, mais la fin de toute chose est inéluctable. 

Et, quelque part, c’est heureux. 

Un cycle, un recommencement, une fin et, de nouveau, le même processus. C’est ainsi. Ce n’est pas le fil à couper le beurre. 

L’essentiel échappe à l’homme. Clairement. Voilà pourquoi, il l’hypertrophia de diverses manières. 


Il s’agit d’énergie continue, tout bêtement. Comme un magma coulant à l’infini, effusif ou explosif, venant au monde ou, plus justement, à la surface de la terre. Lieu des naissances variées. 

 

S’agissant des humains, j’appelle cela le segment de vie. 

 

Qu’avez-vous fait de votre segment de vie ? 

 

Ma profession fait, qu’au quotidien, je me trouve en contact avec des humains dénudés, souvent sans surmoi, cet agent de police dissuasif si précieux. Et l’être apparait dans toute sa laideur : envieux et méchant. Bien sûr, d’autres traits, mais ce sont les deux principales caractéristiques de l’homme. Le ça domine et le moi peine à se constituer. Le surmoi, lui, est peu avalisé.

 

L’intelligence, la réflexion, la maîtrise de soi, le deal conscient avec soi-même sont les seules solutions aptes à garantir l’équilibre des humeurs psychiques. Et puis, les valeurs arrêtées : le respect, l’humanisme, la tolérance …





 


 

 

II.

 

Et il se lança dans une logorrhée sans fin et sans liens. Sa voix fluctuait, son regard tantôt enflammé, tantôt indifférent, quelquefois accusateur - à mon encontre - me le donnait à voir dans toute son incohérence, ses connexions aux quatre vents. Les barrages étaient presque inexistants. Le surmoi en éclats, le moi en déroute et le ça hurlait tout et n’importe quoi. 

Une détestation de toutes les marques de l’ordre et de l’harmonie, une horreur du bonheur et de ses manifestations et des nœuds profonds et fort anciens. Et comme chez tout un chacun, un socle fait de bonté possible et de prompte méchanceté. 


La méchanceté fusait dès l’instant où on lui signifiait son incohérence et son désordre mental.

 








 

III.

 

Construire du beau est un objectif de vie. Tant que nous sommes à l’abri des épreuves qui rompent. Seules choses contre lesquelles nous ne pouvons rien. Qu’on en soit préservés, tous. 

Le Beau, seule réponse à la gratuité de la rupture, de l’extinction. 

Et puis, il y a la nature humaine. Versatile, roublarde, incertaine, incompréhensible quelquefois … Fixer ses valeurs, s’y référer, s’y tenir est essentiel. Contrer le mal en soi, l’envie, la jalousie et la méchanceté.


Sans réflexion, sans consensus avec soi, sans humanité à toute épreuve, sans sculpture de son être profond, de son être intelligent et émotionnel, nous ne sommes que des singes. 

 









IV.

 

Je vous aime d’un amour rare, d’un amour nourri, d’un amour puissant, effusif et réfléchi, un amour naturel et qui m’emplit de désirs multiples de vie. 


Je fus longtemps une sculptrice de bonheur et j’aime penser que je le suis encore pour vous, même si nos chemins ne feront que se croiser désormais. 


La question est de toujours être dans l'a-venir, en dehors de toute attente classique et un peu bête, par ailleurs.


Architecture de vie.


La Scribe debout.