samedi 11 juillet 2026

À ces êtres de l'ombre qui vous ôtent toute liberté

 








I.


 

Je fus odieux. C’était le regard de la femme du coin sur moi. Un stimulus


Et fusa mon asociabilité, mes nœuds gordiens. J’avais besoin de me sentir grand et j’hypertrophiai mon discours. Décousu, incohérent, délirant, accusateur, irrespectueux, infesté de carences, borderline … Ma voix fluctuait et je n’avais aucune prise sur moi-même. Évidemment, bien moins que par le passé, mais je suis le même, fou.


Je suis infréquentable. Je crois bien que si j’avais rajouté une couche, mon interlocutrice m’aurait stoppé violemment. Il y a des limites à tout, quand même, et encore, aujourd’hui, je me demande, comment elle a pu être mon amie. D’autant que nous avions très peu de valeurs en commun. 


 

-      J’avais laissé tomber, assez tôt, un être de ma vie. Parce que j’en avais honte. Je compense en égard à votre mère, me dit-elle. Quelles atroces souffrances, elle vécut. 


 

Et c’était vrai. Une bien triste histoire de grisaille et d’obstination pathologique. De nœuds séculaires et de marasme psychique intense. Le mal est ancré. 

Quand des vies aux antipodes se mêlent, quand le libre-arbitre est une denrée hors portée, quand la souffrance est millénaire, quand la lecture est biaisée … Rien n’a de la valeur et certainement pas les ruines et les pierres.

Restituer les gestes. 

Il y a toujours un fonds, loin, très loin, de sensibilité à l’autre, dans une langue de sourds intraduisible. Les traducteurs sont rares et, quelquefois, ils deviennent fous.

 






 

II. 

 

-        Qu’est-ce qu’un être de valeur, Ziz’ ?

 

Il répondit aussitôt : 

 

-      Un être libre. Un être debout. Un être de conscience et de travail. Un être de rigueur et de détermination. Un être de volonté, qui sait conduire le cours de l’eau.

 

-          C’est beaucoup d’exigence et de clarté d’esprit.

 

-          En effet. D’abord la clarté d’esprit. Et le bras levé.

 

-           Se faire donc.

 

-           Il n’y a rien d’autre qui compte.



   J'aurai toute ma vie du respect pour les êtres libres, confirma-t-elle, avec elle-même. 

 
















 

III.


 

-       Rien ne se fera sans votre contribution, lui dit-elle, quand il se résolut à aller la voir.

 

-      Le bonheur est difficile, fit-il remarquer, dans un souffle.

 

-   Visons la sérénité. Le bonheur est rare pour tous. La sérénité, la cohérence, notre emprise sur les choses, sur nous-mêmes, c’est bien plus utile. Il faut savoir comment accueillir les choses de notre vie. C’est capital. 


 

Tout penaud. Il se taisait. Vivait en lui-même. Que fit-il de si désobligeant ? Je me demande bien, se disait-elle, intérieurement. 


       - Nous avons tous, nos mauvais jours. Mais ne nous trompons pas d'ennemi.  

                  












mardi 7 juillet 2026

Ardu, le bonheur 🕊️

 







II.

 

Il choisit de mourir hier. En pleine canicule. 

Une douleur. Et puis, il se tut. 

 

-    J’ai tenté la riche, me dit-il un jour. Ensuite la pauvre. Enfin, le grand médecin. Toutes pareilles.

 

-         C’est-à-dire ? lui demandai-je.

 

-          Elles ne m’ont pas rendu heureux.

 

-         Et toi ?

 

-         Moi, quoi ?

 

 

Comment le dire ? 

Le brosser aujourd’hui, surtout aujourd’hui ? 

Les pelletées sont encore en effervescence – et le resteront fort longtemps, peut-être toujours, selon certains hindouistes. 

Ou parce que c’est lui.



Comment me le remémorer ?



Un fou de l’eau, des bains, des parfums d’homme à trois cents balles, alors. Un passionné d’élégance et de fringues de luxe. Un amateur de fromages coûteux et de boutargue.

 

A quinze ans, chez eux, alors qu’il avait dressé la table pour l’apéritif, qu’il l’avait ornée de fromages coûteux où passait la moitié de sa rémunération, m’étant servie deux fois de fines lamelles de boutargue, je l’entendis me dire, mi-figue mi-raisin : 


« Bon ben, basta, avec la boutargue, toi ! »


Zéro méchanceté, culot affiché, fou des couleurs de l’EST, de père en filiation, homme à femmes, halouf* et insidieux, dans ces choses-là … Fils de vieille famille, dans le sens de dingue d’élégance, de bonne chair, de vie, de bonheurs divers, d’irresponsabilités aussi, d’une certaine manière … 


Le genre d’homme à qui on ne peut en vouloir. Quand on est son amie ou sa proche. 


Un enfant sans grande maturité, mais avec des rêves qui dépassent son potentiel de faiseur. Fou des femmes et spécialiste de la glisse à force de ne pas savoir calculer les risques. 


Il courut le bonheur sans savoir qu’il avait un coût. Sans vouloir le payer. Sans pouvoir le faire pour moult raisons.

 



Et puis, il adorait ses parents. Sa petite maman menue et fine. Gentille et souriante. Polie et emplie d’amour-propre. Il les invitait, les gâtait, était plein d’empressement et de sollicitude. Là-dessus, il était fort humain. Ses parents. Il savait leur valeur, leurs sacrifices. 

Une famille digne, du vieux pays. Une famille nombreuse, des fils lumineux, des praticiens … Lui frôla la délinquance, un petit peu … Des petits commerces, gagner de l’argent, offrir du bonheur à sa mère …

 

Il maîtrisait l’art de parler, y était excellent … Politesse, gentillesse, de l’humanisme à sa taille et, aussi, quand même, assurément, du vent. On l’aimait. On était sensible à la grandeur de ses désirs, à son impuissance, on fermait les yeux sur ses petits égarements. Il méritait mieux. Mais inconsciemment il ne s’accommodait d’aucun bonheur. Il y faisait entrave à force de tout vouloir, en même temps.


Il fit son baluchon, un soir de juillet, écrasant de chaleur. Il lui restait selon les statistiques de longévité, quelques vingt-cinq années à vivre. 


Pas avec les excès qu’il eut, pas avec tous les rebondissements de ses vies. Pas avec son peu de discernement. Pas avec sa gentillesse vraie ni son bagou. Pas avec ses expériences féminines toutes ratées ou presque. Pas avec ses dépassements.

 

-              Avance, avance ! lui dit-il, tout excité.

 

-              Mais j’avance où ? Dans la brousse ?

 

-              Quelle brousse ? Ici vivent les gens de valeur et d’authenticité.

 

-              Et qu’allons-nous faire chez eux ? Leur rendre visite ?

 

-              Tu verras l’hospitalité et l’humilité rares.

 

 

Il avait soixante-dix ans. Il avait empli le coffre de sa voiture de victuailles et de cadeaux. 


- Elle a vingt-sept ans. Le bonheur est sûrement là. Je le touche presque.


Elle fit demi-tour et malgré tout l’amour qu’elle avait pour lui, elle sentait poindre en elle des désirs de vengeance physique. Et elle osa hausser, un tantinet, son ton.

 

-              Il est fou, il est fou. A mon tour de t’abandonner ici.


 

Pouvoir rire, à ce point, d’un être en déroute, à ses moments forts, est révélateur d’un quelque chose « de pas du tout mauvais » comme le souligna son gendre, un Monsieur intelligent, lui, fait dans une étoffe autre, d’homme clairvoyant.

 

Adieu l’ami, tu méritais tellement mieux. Quand même. 


La Vie est un concours de circonstances, la Vie est volonté forte, la Vie est raison, la Vie est discernement, la Vie est résistance ... Ce qui explique que dans un même nid, il y ait plusieurs couleurs.

Paix.

 




 







                                        











Divine

 




Divine la Viet





La Liseuse




I.

 

Ma Divine est à l’autre bout de la terre et j’ai comme un petit trou dans le cœur. Il m’arrive aussi dans l’eau de mer de noyer quelques larmes. Et quand je remonte à la surface, je souris. La Bleue a cet immense avantage de savoir tout absorber.

 

-              Maman, je suis dans le futur ! Arrête s’il te plaît, m’écrit-elle. 

 

Le Japon, le Vietnam, la Corée … depuis déjà quelque temps.

 

-              Tu sais, au final, la Terre n’est pas si vaste que ça !

 



Des mois de travail de son conjoint, mon fils de cœur, et des déambulations de son côté. Elle, la pédagogue et l’immense artiste, aux doigts à assurer. Se laisser vivre.

La nature, les sentiers, les monts, les chevaux, son lieu de culte : la salle de sport, les traits esquissés et les carnets de dessin, les nonagénaires françaises et suisses au rouge à lèvres admirable qui l’adorent et auxquelles elle sourit, auxquelles elle apporte sa grâce et sa sensibilité généreuse. 

Elle vit. Pleinement. 


Je communique par écrit avec elle, longuement. Pas avec son conjoint, du moins pas sur les questions épineuses. Parce qu’avec elle, il ne peut y avoir d’oubli. 

Avec lui, il y aura toujours de la tendresse parce qu’il aime Divine et que, dans le salon de la maison du cheval aux yeux langoureux, en janvier dernier, l’atmosphère était tissée d’amour pudique. Un Homme. Je privilégie donc la tendresse et je ne veux pas d’oubli. 

Des réponses avec des émojis et de vrais compliments sur ses talents de photographe et de constructeur

Divine se reproduira-t-elle ? 

 

-            Le patriarcat t’a eue Maman ! 


 

Euh … Indomptable, insoumise, puissante, fort empathique et tellement vulnérable dans sa puissance … La Mama. 

Le patriarcat, jamais. L’amour du père, oui.


 

-       Pondre des enfants, ce n’est pas trop notre dada à nous, les millénials …

 

L’expérience de porter un enfant, de le faire venir au monde, de l’accompagner, de l’instruire et de l’éduquer, de le nourrir d’amour est absolument divine. Du temps, des dons, des mots et des mains énergétiques, des nerfs à vif et de l’épuisement. Et puis, surtout, cette sublimissime douleur jusqu’à la déchirure, épisiotomie de sa chair, consentie par désir de prendre part à la Création.




 



Quant la milléniale me donne du répit, la GenZ rétorque : la figure de l’anti-amoureuse est puissance et est réaction pure au formatage de la femme. 


L’Homme de ma vie, lui, n’obéit qu’aux sons rationnels de sa tête, de ses neurones lumineux et fort complexes. La partie ne se tient plus. Il y a trop de soleil et c’est épuisant …

 

Qu’ai-je fait à la Vie ? Pourquoi leur avions-nous inoculé la passion des mots, des lignes et des combinaisons signifiantes ?

 

Pour l’instant, il n’y a pas trop de risque de développer des carences et des bleus de la psyché : seule, Lena, est mère au second degré … Et puis, purée, je suis jeune encore !

 

 

 

 

                                                           Divine dans tous les sens