dimanche 14 mai 2023

C'est moi, l'Argentin, 5

 Scénario 3




 



Faire des films était mon travail, mais surtout ma passion. Peut-être aussi ma thérapie, même si j’avoue ne pas être un grand déséquilibré. Chaque scénario - j’étais le scénariste de mes films – chaque film me réjouissait, me libérait et faisait redémarrer mon besoin de créativité. Exactement comme un cœur en besoin de sang oxygéné et neuf.

 

Quand j’étais adolescent, sur le chemin de mon lycée, je voyais tous les jours un vieux Monsieur assis sur les marches d’un bâtiment qui semblait désaffecté ( une ancienne université ) et qui, d’ailleurs, me faisait peur. Le bâtiment, pas le vieux Monsieur qui, lui, semblait toujours très occupé à griffonner sur un petit carnet. 


Il était peu soigné, les cheveux bouclés et assez sales de visu, les vêtements grands sur lui et assez délabrés. Il ne levait pas la tête et écrivait dans tous les sens. Je le voyais parce qu’il tournait son carnet, sans cesse. 


Un de mes copains de lycée me dit un jour que nous rentrions ensemble que c’était un ancien mathématicien devenu fou parce qu’une équation extrêmement compliquée ne lui obéissait pas, ce qui attisa ma curiosité. J’avais peur de l’aborder d’autant que mon compagnon de route me fit comprendre que cela pouvait le mettre dans une colère folle. Nous arrêtâmes un plan pour en savoir plus par lui sur lui-même sans trop de risque et nous décidâmes de parler mathématique quand nous serions à son niveau. Ce que nous fîmes. Cahier, livre de math en main, nous fîmes mine de nous chamailler en élevant la voix sur la compréhension d’une question mathématique. 


J’étais bon acteur déjà, mon ami faisait des efforts, nous lisions et relisions l’énoncé toujours plus fort quand il s’interposa et, en deux temps trois mouvements, nous expliqua la chose et repartit à sa place habituelle et à ses gribouillages. 

Il était sale, faisait peur, ses cheveux semblaient remplis de poussière, il était clair qu’il ne se voyait pas, s’était oublié depuis un moment, faisait personnage théâtral, gueux et répugnant, mais quand il s’était agi des maths et bien qu’haletant, la voix chevrotante, le regard fixant le vide, il fut clair dans sa démonstration.

 

Je fus marqué par le mathématicien fou et je décidai de le porter à l’écran. Je lui imaginai un passé assez habituel. Étudiant en permanence plongé dans ses équations impossibles Navier-Stoks, il ne connut pas de femme. La seule à l’avoir quelque peu approché partit vite fait. 

Étudiante en PC, elle-même, elle pouvait comprendre la négligence, mais pas au point d’arriver aux odeurs corporelles … Les femmes ne rigolant pas avec l’hygiène, en amour, ni même avec un minimum d’effort d’apparence générale. Évidemment, ne citons pas les plus maniaques et les plus exigeantes qui ne se posent la question à aucun moment. 


Devenu professeur de lycée, ensuite universitaire, puis chercheur, l’université mit à sa disposition un labo de recherche avec tout ce qui lui fallait, y mit une douche, un bain même, pour les soirs de bonheur où il venait à bout de ses obsessions mathématiques. Rien n’y fit. Tous les jours un peu plus englouti, un peu plus fou, beaucoup plus crado. Il refusait d’abandonner l’hypothèse de Riemann. 


N’empêche que sur son carnet de travail, sur les marches du bâtiment, dans la rue, en première page de chaque nouveau carnet, il écrivait scrupuleusement : Enterrez-moi avec mon calepin, je finirai Riemann dans la tombe. 

 

C’était l’histoire, le scénario d'Adam V., le Fou de Riemann. Un film qui me fendit en deux, tant il fut difficile d'exprimer le silence en images.









samedi 13 mai 2023

Moi, l'Argentin, 4

Scénario 2


 



Mon esprit tournait en permanence. Il y avait une multitude d’images, de voix, de récits, d’émotions, de personnages ( des personnes plutôt, souvent entremêlées par ailleurs ), de pensées, de silences, évidemment … Un de mes dadas-phare était d’exprimer le silence, de le mettre en images …

 

Mon deuxième scénario concernait un taciturne, complexe et confus, qui n’avait aucune vraie maîtrise de sa personne, qui avait subi de nombreuses violences enfant. En réalité, violences était un bien gros mot. C’était un enfant rêveur, qui vivait en lui-même, qui refusait qu’on le sorte de l’espace étroit d’un moi en déroute. 


Il y avait comme une zone coton entre la réalité et son moi perceptif, les choses et lui-même. Il déchiffrait tout à l’envers, ou de n’importe quelle manière, ne prêtait l’oreille à personne et à aucun enseignement et voulait afficher une rapidité dans le décryptage qui n’en était pas un. Et, une fois pensant avoir saisi les choses et les situations, il se barricadait loin dans son espace corporel et psychique. Ce qu’il réussissait le mieux était la « sustente », là, son appétit était glouton et évidemment sans méthode. 

 

Doté d’une petite nature, dans la manipulation solitaire permanente, il était quasi fou et voulait prouver l’inverse. Souffrant très tôt du syndrome du vestiaire, il était h24 dans ses ruminations et les rares occasions sociales qu’il vivait – par choix d’une vie totalement en solitaire – le faisaient se sentir le point de mire et de railleries de tous, hommes et femmes. L’incomplétude, la honte, l’infériorité l’habitaient.







 

Mes choix de cinéma étaient ardus. Comment traduire ce personnage en images sans heurter qui que ce soit ? Comment porter au grand écran, un solitaire taiseux tout en noeuds ? Des flash-backs ? Des répliques de personnages autour ? des échanges entre ses parents du temps de la petite enfance ? Et après des suggestions sur la pointe des pieds ? Des lieux loin de tout où il évoluait, évidemment, seul ? Des expressions du visage ? Focaliser sur les mains ? 

 

Le cinéma psychologique est difficile, tout en nuances, d’autant qu’il y a l’impératif s’exprimer dans l’élégance et la suggestion. Lumières, angles de prise de vue, cadrage, musique, regards, expressions, soliloques seront déterminants.

 

Les axes de vie du personnage seront l’enfance, l’adolescence, la trentaine et le choix résolu du baisser de rideau, puisqu’il ne vivra que trente-deux ans.

 

Un des films les difficiles à mettre en images et en séquences. Mais j’avais réussi grâce, non pas seulement à ma formation académique, mais à mon observation du cinéma des autres quand j’étais le stagiaire-coureur Monsieur-Café.

 










vendredi 12 mai 2023

Moi, l'Argentin, 3

 Scénario 1







Mariée à seize ans à un homme qui avait plus du double de son âge, elle ne savait pas ce qu’était un homme, ni ce que c’était d’être une femme, ni ce qui allait se passer, ou vaguement … 


Des jeux d’orifices avec ce Monsieur ? Euh … 


 

Mais elle avait été programmée pour ne jamais rien dire. Une éducation du silence, pour perpétrer le silence, précisément. 


 

Mon film allait focaliser sur la gestuelle et le regard en biais pour signifier tout cela, sur le clair-obscur aussi. Cette femme ou plutôt cette enfant bougeait en lenteur, regardait en lenteur, elle avait des problèmes avec son corps dont elle ne maîtrisait pas les mouvements ou qui étaient bloqués par des siècles d’interdits et d’abstinence de fonctionnement libre. Quelque chose de disloqué entre eux deux, son corps et elle. 


 

Dans l’intimité silencieuse, obscure, brutale, animale, elle était soumission et passivité, nœuds et honte, silence et attente du dénouement froid et sans surprise. 


 

Elle était incompréhension, passivité obligée et écœurements. 


 

Je l’avais complète en tête. Elle, son histoire, son corps, ses pensées toujours en course effrénée les unes après les autres, jamais entières ou achevées ; son vieux vautré, ses entreprises silencieuses, rapides, autoritaristes, violentes fréquemment … mais il me fallait signifier tout cela par des rendus de caméra intelligents. Je pris le parti de focaliser sur ses regards en biais, les rares qui disaient son être profond. 


 

Je n’aimais pas le cinéma explicite, le cinéma servant toute la signifiance sur un plateau d’argent, encore moins le hard et le trash. Mon choix se fixa sur ses pensées traduites en regards rapides, secrets et obliques, ses soupirs, ses gestes brusques et nerveux. Des plans réduits et sombres de son espace de vie, des plans larges et lumineux de la nature environnante, des plans en plongée entre l’espace ouvert, la nature variée et son antre de vie de morte par éducation.










 

lundi 8 mai 2023

Moi, l'Argentin, 2

 















Et je partis faire mon cinéma. Parce que je voulais raconter les silences en images et en mots. J’en avais plein les yeux et l’esprit. Seize ans à tout relever et à observer le silence. Les images mentales avaient besoin de s’extérioriser et le trop-plein devenait menaçant. 

 

Je partis loin, une petite bourse d’études en poche et des scénarii à en revendre. Quatre années de cours et autant en stages à droite et à gauche, histoire de se familiariser avec le milieu. J’étais l’étranger prompt à réagir à tout, à toucher à tout. Pourtant j’avais mes diplômes, mais de côtoyer les pontes du cinéma valait bien plus. 


Quand on pensait me circonscrire au seul grade de commis - et ça venait le plus souvent des moins lotis - je faisais valoir mes études sans agressivité et, l’esprit de justice, la simplicité de mon ton, me portaient secours et rétablissaient les choses. J’étais là pour me mouiller la chemise sur le terrain afin de saisir tous les arcanes de la profession et nous étions encore à l’époque des dignes et des justes. 


J’ai couru chercher le café bon nombre de fois à mes dieux et quelques-uns me virent. C’était l’adrénaline, le cœur battant, une énergie qui montait du plus profond de moi-même, le ravissement extrême.

 

Pendant de longs mois, je touchai à tous les domaines de la profession. Je fus Jeune-Homme-Café, aide-perchman, aide-réalisateur, aide-script, aide-monteur, aide-machiniste, aide-photographe, aide-technicien … Et rapidement, la créativité, la logistique, la technicité, l’information, la réalisation s’ouvrirent à moi comme autant de portes de la connaissance pratique et mon appétit était glouton. 


Mes enseignements académiques me paraissaient très loin de la réalité de la profession et j’appris bien plus lors de ces stages. La créativité était certes un don, mais aussi une affaire de côtoiement de professionnels sur les plateaux de tournage, une affaire d’observations répétées, de frottement à tous les domaines du métier. Et notre école connut en ces temps-là - mai-juin 1968 – une période pédagogique difficile, tant elle était loin de l'esprit pratique de la jeunesse qui la fréquentait.

 

Ces années de course comme je les appelais - parce qu’en effet, je courais les trois-quarts du temps – m’enseignèrent à mi-voix l’art de filmer les silences signifiants. Précisément, ce que je désirais le plus au monde : casser le faire classique, contourner l’attendu, pervertir les démarches habituelles pour montrer au grand écran l’indicible en images parlantes. 

 

Lever le voile, les voiles, me soulagea la poitrine et mit un terme aux représentations absorbées, malgré moi, dans ces contrées du silence et des yeux baissés. Ma colère tomba. A chaque film. 

 










samedi 6 mai 2023

Les Yeux du Trépassé ou Le M.













Passage par la Foire du Livre aujourd’hui pour présenter Les Yeux du Trépassé ou Le M. au stand Nirvana chez Si Hafedh Boujmil.


J’ai eu le grand plaisir d’y trouver Si Mohamed Bennour qui a modéré l’échange, un Monsieur fort intéressant et un moderniste. Merci Si Bennour.


Mes remerciements à Si Hafedh Boujmil, à Amine Boujmil, aux Éditons Nirvana. 


Les Yeux du Trépassé ou Le M. une fiction où la narration est menée par un personnage-narrateur mort, ce qui lui garantit une distanciation, un recul, un détachement par rapport à lui-même, par rapport aux choses, aux êtres et aux situations. 


Un roman très intimiste et qui se donne la prétention d’aborder des thématiques quelque peu philosophiques, existentielles, ontologiques. Roman psychologique aussi où les réminiscences sont multiples. 


Fiction du silence hurleur alors même que le narrateur s’exprime presque à mi-voix. 


Les thématiques abordées : l’enfance, la supercherie des droits d’aînesse, les silences sociaux, les tabous, l’école : chemin de tous les possibles, Nanterre et Sc.Po, les livres et la passion de lire … 


La 4ème partie est directement inspirée des événements de 2011 et la question de la souveraineté se pose …


La fiction s’achève sur la métaphore du MayFlower : le processus d’extinction …








mercredi 3 mai 2023

Moi, l'Argentin

 



 

 



I.

 

 

Peut-être suis-je en train d’écrire deux fois la même histoire ? Peut-être que de dire et de redire ce qui fit de moi ce que je fus est marquant et essentiel à rappeler afin d’ajouter de la signifiance aux sens multiples ? Peut-être ne fus-je pas assez clair ? Peut-être que ma douleur, mes douleurs silencieuses, continuent à s’exprimer par besoin de s’épancher encore et toujours ? Peut-être même malgré moi ?

 

Je ne sais pas à vrai dire. 

 

Je vins au monde dans la fange, la bouse, l’eau noirâtre des rues abandonnées. Comme tant d’autres à cette époque de Grande disette. Ce n’était pas exceptionnel et ce n’était pas extraordinaire. Nous naissions tous dans le silence glacé, les pieds dans la souillure, la crotte des bêtes encore transporteuses. Ma mère me trouva tétant la mamelle de notre chienne dans notre jardin. Un bien grand mot jardin, une cour plutôt. Toute ma vie, je sentis en profondeur le silence des chiens, mes parents d’adoption. 

 

Nous sommes en 1947, la Guerre venait de prendre fin, un oncle paternel que je ne connus jamais mourut sur le champ de bataille. Son histoire sera toujours comme une sorte de mythe familial. Nous avions besoin de grandeur pour pallier au minimalisme. Le silence de cette contrée qui n’était pas véritablement la mienne, son froid glacial, ses murs délabrés, sa rugosité me marquèrent intérieurement. Je me défis de bon nombre de ces puces piqueuses-suceuses, d’autres s’avérèrent tenaces, hibernèrent longtemps et remontèrent à la surface. Plus tard. J’étais en manque de vigueur et elles occupèrent le terrain et, ce fut, une lutte quotidienne. 

 

Mais j’étais un rebelle, un libre et un moderne par franche détestation du fondamentalement tribal et je vécus seul toute ma vie. Mes parents eurent-ils le temps de me concevoir que je pris déjà mon envol ! Loin, mais toujours présent. Évidemment. 

 

Vers le milieu XXème, le temps était maussade, l’odeur putride de la mort enveloppait tout. Pourtant nous étions à des milliers de lieux du théâtre des opérations macabres et des surenchères poudreuses. Mes aînés avaient, eux, assisté au passage des Allemands chez nous et beaucoup les trouvèrent plus humains que les Français. C’était probablement des souvenirs d’ouïe. Une époque dure, de dénûment, de silences et d’abattement planétaire, même si nous n’avions pas véritablement conscience de l’extérieur lointain. 

 

Très jeune, j’avais conscience de notre dépendance et même plus tard, au lycée, quand M. Rieux nous parla du Grenier de Rome, je m’étais demandé si le mythe ne prenait pas le pas sur la réalité ou si on vivait d’âge d’or ou si le passé nous gonflait la poitrine de fierté. La pauvreté était visible même pour l’œil d’un enfant bien que quelquefois un coupé de sport rouge passât par l’avenue. J’ai toujours pensé que le monde appartient à la poignée de riches qui tirent les ficelles et là-dessus, j’ai vu juste. Toute mon existence.

 

J’oublie toujours d’écrire que je suis le fier descendant d’une famille de patriotes et que ma grande tante, une turque de poigne, s’enveloppa d’une cape, se noircit la lèvre supérieure et, munie d’un fusil, fit face à l’ennemi comme ses frères et son père, sans une once d’hésitation. 

Un oubli qui s’explique par le fait qu’un jeune ramène le monde à sa personne solitaire et, les complexes se faisant, on ne voit que ce qui a trait directement à soi. 

Les souvenirs de l’enfant, puis de l’adolescent que j’étais, focalisaient sur les eaux troubles, le froid sec, les immondices, les difficultés de l’existence, les silences sociaux … sans me douter que c’était le lot de tous, globalement. Voilà les matériaux qui sculptèrent ma psyché profonde. 

 

Et puis, je haïssais cette région où, pour des raisons liées à la profession de mon père, je vécus quelques années, jusqu’à mes 16 ans et mon départ vers l’Europe - que je fis, entière, en stop par ailleurs. Une région qui vous imposait le silence, parce que c’était moral et de bon ton. Pour un réfractaire à toute autorité, c’était horriblement tenaillant. Se taire devant les aînés, devant les proches, devant l’autorité officielle, devant les enseignants injustes quelquefois, les représentants de la loi et leurs abus de pouvoir, les représentants de la loi et les cercles autour d’eux, père, frère, fils, cousin … Il fallait, dans cette région des silences et des tabous, prendre l’apparat de rigueur, à peine la ligne d’arrivée franchie : bouche bâillonnée et oui hypocrite à tout-va. J’y avais passé une dizaine d’année dans le dégoût le plus enseveli. Pour faire bonne figure.









 

 

vendredi 21 avril 2023

Pour un regard de toi, 2













 I.

 

 

Tout est pouvoir. Dans l’absolu. 

 

Les fameux et détestables droits d’aînesse - comme s’il ne fallait respecter que les plus âgés que soi - une recommandation ferme exigeant application obligée, des diplômes supérieurs aux tiens qu’on fait valoir comme on agiterait un argument d’autorité, une voix plus forte que celle de tous, un rouleur de mécaniques provocateur et agressif, les cloches des églises avant la laïcité, le terrorisme et les sectes qui veulent gagner du terrain … et j’en passe. 

 

Le pouvoir. Haïssable. 

 

Il est pourtant aisé de placer au cœur des relations humaines le respect et la tolérance. Un monde sans sexisme n’est pas impossible, sans discrimination de l’autre, noir ou malade ou vieux ou nécessiteux … Les rapports de force gèrent le monde ouvertement ou hypocritement. L’homme et la femme, l’aisé et le démuni, le fort et le frêle … Évidemment, cela saute aux yeux dans certaines contrées alors que c’est subreptice ailleurs. Mais ailleurs, il y a des lois et des lois souvent fortes, même si cette loi de la jungle peut exister, aux-ras-les-pâquerettes et partout, chez les moins nantis intellectuellement et civiquement. Comme une mauvaise satisfaction, comme une revanche sur ses carences, comme un des plus laids héritages éducationnels. 

 

Le sens du juste, le rationalisme, la pensée construite, la liberté neutralisent le pouvoir des autres sur vous en situation de non-violence, d’écoute tolérante et d’intelligence. 

 

Autrement, l’Histoire est riche de pierres frappées de sang, de bûchers, d’inquisitions, de pogroms et de goulags. 

 

-    Ma religion est l’humanisme, dit-elle. Un humanisme qui accepte le kaléidoscope humain, avec toutes ses variantes. 











 

 

 

 

II.



 

Et puis, il y a ceux qui vieillissent rapidement ou mal, qui laissent le doute s’installer, qui ne réagissent pas à la première lampée ingurgitée de travers et malgré soi, qui ne maîtrisent pas les garde-fous conscients. La vieillesse est un mal nécessaire à la durée, un mal dont on doit pouvoir se délecter, parce qu’en son absence, on n’est plus. Concrètement.

Et la vieillesse a besoin d’être secouée. En permanence.

 

-       Sais-tu quel est ton pire ennemi ? me dit-elle, un jour. Et bien, c’est ton corps. Malmène-le, choque-le, laisse-le venir, contre ses exigences subtilement, tiens-le en haleine, ne le gâte pas de ce qui gâte et mets-le dans l’iode à chaque fois que l’opportunité se présente. Suis-le aussi, de près. Les fluides, surtout.


Vieillir, la belle affaire ! Du beau donc. 

 

-       Je n’ai pas l’intention de vieillir, dit-elle.

 

Mais c’est sans compter le mal gratuit. Et c’est exactement là que l’existence paraît dans toute sa fortuité. Soit, mais ne tombons pas dans l’obsessionnel, parce que vieillir est aussi un art. L’art de se tenir debout avec fermeté, l’art de se nourrir de céleste et de terrestre, nourriture de l’esprit et fruits de la terre. Les deux appétits s’affirmant dans la qualité. 

 

Vieillir est aussi l’art de s’aimer en aimant les autres méritants. L’art de la douceur et du beau. Le Beau au millimètre près, pour défier le temps. Sans Beau, on est déjà éteint. Par détestation de la passivité, du léthargique. Voire de l'inertie dans les cas d'abondan de soi. 

 

Vieillir n’est pas seulement subir, pour les moins entreprenants, les moins dans la réactivité, les plus dans le fatalisme, il y a aussi, et c’est le moins heureux, les eaux profondes et troubles qui remontent à la surface : aigreur, envie, méchanceté … 

Le tombé du masque et la laideur du mensonge et des faux-semblants. C’est précisément, le visage laid de la vieillesse, la face abominable, une heure de vérité, sa vérité : une vie durant d’instincts primaires, somme toute humains, mais non rationalisés. Parce que la réflexion consciente équilibre les choses, apaise l’esprit, clarifie la vue et rétablit le juste milieu. 

 

Ce n’est pas encore tout à fait démocratisé, la réflexion consciente ou la conscience réfléchie. Ni ici ; ni même là-bas. Ça reste des piaillements et des jacasseries.