mercredi 29 octobre 2014

Lettre d'O aux Assis



Lettre d'un jeune homme de 16 ans à la poussiéreuse administration qu'il a au quotidien sous les yeux. Cri de colère face à la laideur et à la léthargie de la bêtise aux commandes, vrai coup de gueule, rogne quasi physique, grincement de dents devant l'ampleur du Rien et son sourire narquois.


L’administration, c’est comme un policier
Sale, contaminé
Détestée de façon délibérée, elle est brûlée par ses propres employés.
Indigne, cupide, débile et stupide,
Elle n’arrive pas à penser, il faut tout lui expliquer.
Leur vie monotone me dégoûte, sans aucun but,
Je n’arriverai jamais à comprendre leur être ridicule,
Ils nous préparent à vivre en société : suivre les ordres donnés !
Ils essayent de manipuler la liberté.
Des cerveaux étriqués qui ont peur d’essayer. Peur de la liberté.
« n’essaye pas de voir la vérité, vit dans un monde falsifié »
Ils nous piègent dans des classes pour nous apprendre à calculer des choses qu’on utilisera plus jamais,
Copier-coller, ce qu’ils essayent de préparer ce sont des clous pour tenir la société qu’ils ont imaginée.
Ils n’ont pas trouvé de sens à leur vie, ils essayent d’empoisonner la vérité.
Je dis ce que je pense et malgré toute la témérité
Des écoliers, collégiens et lycéens, je fais un appel à tous pour les aider à penser
Sans rien regretter, ne crois pas aux déchets servis, ne crois pas leur être ridicule.
Ne lisez pas ce qui vous est donné, lisez ce que vous voulez.
Tout ce qu’ils recherchent c’est l’argent : acheter ….. et rien utiliser.
Oubliez vos idées. Souvenez-vous des leurs !
Ce n’est pas simple comme métier, mais putain ! De les payer on est forcés !
Etudier, étudier, suivre et passer un devoir le lendemain, tout oublier et pourquoi ?
Apprendre à tolérer pour créer une union divisée.
Chacun a ses idées, chacun ses pensées, chacun sa personnalité.
Travailler, oublier, suivre, passer des nuits à réviser, j’en ai marre du cercle fermé.
Mais je vous emmerde, vous et vos principes vides de toute idée,
Des principes avec lesquels ils essayent de nous enfermer dans une cage dorée.
Je ne suis pas là pour vous plaire, ni pour vous payer.
Vous ne m’imposez rien dans mon intérêt et vous êtes vides : rien de méritant et rien d’intéressant vous vivez,
Dans le néant de la poussière dorée ;
Pour exprimer une idée, il faut sortir de vos carrés sous-titrés.
Des vies faussées, se reflètent sur leur virilité
Qu’ils essayent de se prouver, mais ne peuvent rien montrer.
Malheureux, désespérés, détruits, bouleversés, ils ne trouvent plus de sens à leur vie.
Ils courent derrière leurs petits désirs. Pensant trouver la paix.
Une paix qu’ils ne trouveront jamais.
Parce que derrière leurs légères idées, se cache la vérité qu’ils essayent d’oublier
Ils sont de passage et personne ne se souviendra (d’eux)
Ils partiront sans laisser une trace.
Ils savent que leur rôle est de vider les générations
Et ceci montre à quel point leur être est ridicule.


Malek Omar El Bahri


Un texte magnifique tout simplement Omar !
Tu décris les Assis admirablement, dans leur petitesse et leur laideur. Leur vacuité et leurs vues étriquées .
C'est exactement cela les Assis, ils croient tout savoir, or la première chose qu'ils ne savent pas, c'est qu'ils sont des vers de terre bêtes et insignifiants.
Nos idées se rejoignent et quand j'étais adolescente, j'étais dans le même esprit de rogne que toi, la même rébellion.
Mais j'ai vite appris avec mes 18/20 ans à continuer à penser ainsi mais à composer l'espace d'un moment et en situation de besoin.
J'ai en horreur les Assis comme toi mais par politesse, je ne le crie plus sur tous les toits. Bien entendu, je n'en pense pas moins.
Merci de ce texte qui ravive mon mépris des c...




Ecrire c'est rager aussi, c'est rager surtout quand on refuse la bêtise. Il y a comme une paix après un tel hurlement.


vendredi 24 octobre 2014

E mon double, Rubens c'est toi...




Un flot d'émotions, silencieux et dru et continu. Parce que l'existence est à un point ténue et que l'incompréhension est fatale. Elle a vu et entendu et aimé des souffles de vie aux rires truculents partis en fumée et que partir demeure cruel et froid. Partir où et quand et pourquoi ? Et puis, que faire de toutes ces sensations, de toutes ces emplitudes, de tous ces bruits de rires encore à l'oreille dépourvus de matières mobiles et enjouées ?

La mort a de haïssable son regard froid et ses talons tournés à chaque fois. Elle est laide de son impiété de l'Homme, même plus, elle n'est rien, elle n'a pas d'existence, elle a juste des pinces noires de hargne viscérale et un sabre fou qui ne rate rien.

Aujourd'hui, à force de voir ses yeux perçants mais aussi creux, ces cavités atroces, elle se met à vouloir ne plus approcher quiconque de beau, de parlant et de donneur. Ne plus éprouver ces atomes étincelants, légers et chauds qui font de la vie la plus belle œuvre.

Rubens, dit le solitaire fin et bon et en vie et au fait de l'art et de sa dimension divine. Rubens et quelques gestes fortement chargés qui sont autant de soufflets à la Laide aux cavités grises et vermoulues.

Un être si délicat dans ses tréfonds qu'il faillit partir en vrille à force de richesse et d'un je-ne-sais-quoi... Elle savait et voulait et pouvait lui multiplier les airs du rire léger parce qu'autant de peur est à gommer d'amour et de gestes riches. De cela, elle était remplie.

Oui, vous qui appréciez Rubens, c'est peut-être la providence ou une justice au final pour faire croire que le Beau existe et que rien n'est trop perdu.

Elle vous enlace, gage d'amour et de Vérité, parce que le plaisir vrai est Rubens, la trace, l'élan et l'intégrité profonde.

jeudi 23 octobre 2014

E, mon faiseur d'airs et de mots ...


Un vent. Du vent et des vents. Parti et qui partent. Les remparts de la ville se dépeuplent dans la douleur, heure cruciale pour voler. Vol consenti, vol franc, vol capricieux. Et cette instance large qui désarçonne plus d'un. Une instance patiente et réfléchie et qui pèse, interloque et appelle d'une voix encore méconnue. Instance de promesses de vie et de notes. La musique vous gonfle la poitrine d'un souffle cette fois-ci et les sirènes sont irrésistibles ...

Et puis cette voix, cette voie étrange et tellement belle. Cette droiture et cette certitude au dire du Non. Une intelligence rare et vitale, toute de promesses tissées. Aux quatre vents certes ...

Solide cette apparition au hasard des portes et des murs, ceux de la ville. Un croisement et une temporalité, géniteurs de mots, de gestes légers et chercheurs.

Une longue journée vers un soir, un moment inconnu et chargé, un faiseur de choses, d'airs et de sensations, coureur de collines et de monts ...

Il insuffle au domaine sourd, serrements et pulsations, sourires et yeux rivés, attentes et sens.

mercredi 22 octobre 2014

A, mon amour, qui es-tu ? VI. ( suite )

VI.

Il y avait les gestes et il y avait lui.
Des gestes lentement successifs et réfléchis. D'abord ça ensuite ci.
La distance entre ses gestes et lui, lui faisait sentir comme une absence de sentiments forts, spontanés.
C'était une personne trop dans la maîtrise de ce qu'elle faisait.

Et surtout au moment de le quitter, après l'avoir enlacé et embrassé avec une tendresse sans égal, elle crut voir une fugitive expression de dégoût, la même que celle du restaurant de la dernière fois à l'égard de la bruyante tablée. Extrêmement fugitive, mais elle ne lui échappa pas.

Un dégoût de l'attente des femmes à l'égard du désir ?
Femmes et désir seraient-ils  méprisés ?
Femmes méprisées dans leur besoin de vie ?
Le désir ne serait pas femme pour lui ?
Ou alors bien plus loin encore, l'état de félicité ? L'Homme pur aspirant au bonheur pur.

Est-ce une confusion entre ce qu'elle lisait et ce qu'elle vivait ?
Cette personne vivait trop en-dedans d'elle-même et en-dedans des choses. Et puis, il lui semblait qu'elle s'amusait du décodage des autres et de la difficulté qu'elle mettait à leur autoriser la compréhension. Un désir de puissance flagrant. Mais c'est sans compter l'infini discernement d'Eva car tout est affaire de grande solitude.

mardi 21 octobre 2014

Billets de vie



I
Il est 6h et l'inscription est prévue pour 15h. Une trace. Encore une mais cette fois-ci sur le palimpseste de vie. Une note ouverte sur l'Etre fondamentalement. Tout y est mais surtout soi car tout est soi. Une note voulue comme marque d'un moi libre et décideur. Une note-trace pour dire j'ai vécu et j'ai voulu et je mourrai. Mais je mourrai transcrite par volonté mienne. Une toute petite trace de poésie, de déroute existentielle et de beauté. Quand même.

II
L'heure est à la cité dans tous ses remous. Elle le savait mais n'y allait pas encore, ira bientôt. Elle était emplie dans son enveloppe de vie violente et presque handicapante. Des serrements et des serrements et la praxis n'y fait rien, que de l'épuisement. Dans sa conscience et dans son inconscient, cela se débattait dans tous les sens. Des oui, des non, un besoin de confiance, de paix, deviner, déguerpir,  y croire, méfiance animale, joueur et rusé, marcheur dans tous les sens et les petits qui s'y mêlent, sa détestation des petits et puis cette horreur utile héritée de la génitrice : composer ou faire mine et sourire. Cordiaux les rapports. Insupportables plutôt. L'esprit galope et la porte du battement est aux quatre vents. Reste intact le pouvoir de tracer. Tracer loin.

III
Ontos et poésie. Ontos et anthropos. Et parce que dans la vie, il est rare d'ouvrir de grands livres. Un grand ouvrage, à l'opposé. A la déroute ? À l'écoute du monde. Une sensibilité mais réfléchie surtout. Une préscience au point où sa belle plante lui dit que cet ouvrage était tri-encéphalique. Rires et irrépressible désir de serrer et de lever les yeux pour y voir ce quelque chose. Merci les murs et les collines. Trop rapide l'éveil à la vie. Un flux puissant et épuisant. La cité appelle, elle est du coup inintéressante peut-être anxiogène quand même mais il faut surtout condenser et ranger de nouveau.

IV
La musique est le lieu de tous les beaux. Elle est dilatation intellectuelle et sensitive.
Au milieu des airs, s'apaise un tumulte agressivement libre et sauvagement exponentiel. Un léger mieux.
Pourquoi diable ne pas être un être de base à cette heure si banale ? Un lieu pour y arriver : les couloirs poussiéreux de la bureautique.

V
Je retourne à la cité de ce pas bien qu'elle soit laide d'opportunisme et de n'importe quoi. Bien que le démuni le restera car oublié de tous ou parce que rien n'y fera. Je retourne à la cité dire ma colère et veiller à la part des miens d'un côté ou d'un autre. Je suis au milieu d'un dénûment qui implore Dieu alors que ma voix interpelle les femmes et les hommes.

lundi 20 octobre 2014

Eva, l'authentique VI

VI.



Et c'était précisément dans la misère de cette chambre de bonne des toits de Paris que tout fut clair. Sinon comment comprendre que le simple fait d'avoir voulu respirer l'air du dehors, adossée à une lanterne Mogador, à une heure indue, vous fasse monter un homme de l'autre monde dans votre chambre de rien et bien qu'il y ait dedans une lampe rare à l'abat en point de croix ?


Eva, la vraie. Car il faut bien tout dire et ne pas trop se jouer de lui. Eva la vraie est de retour. Et ce n'était pas la vodka mais la solitude des hommes, la peur de mourir, le désir de bonheur et puis l'autre. L'autre que vous savez être précisément la personne qui peut vous donner l'espoir du mieux-être et toujours en dehors des tracés sociaux. Sinon comment échouer, presque délirant à la fin, dans cette chambre sordide, poussiéreuse, sentant les sueurs successives fût-elle occupée par Eva, l'ensorcelante ?


Alors que dans le même temps, Claire devait s'inquiéter pondérément dans son salon impeccable de goût et d'ordre, dans sa robe de soie à l'élégance épurée. Claire, l'extraordinaire beauté du versant droit, femme divine sans une seule once de mauvais goût ou de vulgarité. C'était sans tenir compte de la fragilité des êtres.



dimanche 19 octobre 2014

Eva. V.

V.
Eva a toujours été au centre de tout, de par ses particularités. Elle écoutait cet homme parler et dire. Les mots à ce moment-là n'importaient pas mais leur flux garantissait une permanence. Ce n'est plus l'Eva tracée, elle est passée maître dans l'art de la transfiguration et le mot n'est pas d'elle. Eva la chercheuse de Sens. Et de sens, cet étrange Monsieur était empli.
Conversation légère, allées et venues, personnel affairé, une solitaire en délire sous Bacchus et toujours cet éternel désir d'apporter des réponses à la vie.
La nouvelle Eva s'emplissait, à sa gauche, de ce Monsieur atypique. Il haïssait les restaurants, la frivolité des lieux mondains et, à un moment, elle le vit courroucé des éclats d'une tablée non loin d'eux. Eva suivait sans laisser en paraître une, elle souriait, riait et échangeait de petites phrases légères, absolument rien de consistant. Ce n'était pas cela qui l'intéressait mais elle était rompue à l'art d'accorder les sons différents et c'est surtout une mondaine par nécessité.
Elle savait cet étrange personnage plus riche et autre et cette altérité était précisément ce qui l'occupait.
Eva se tournait quelquefois vers lui quand elle arrivait à se défaire de la dame à Bacchus. Cet homme était là dans un univers méprisé par lui mais il y restait et elle le voyait dans ses relations consenties aux autres toujours dans une courtoisie égale. Quelquefois son bras le frôlait et elle avait alors l'étrange impression d'avoir à ses côtés un être important. Important de vie, important dans sa vie. Et Eva avait déjà connu cette peur naissante et insidieuse.

Des gens et des gens, des odeurs et de la fumée, des dames toilettées pour reprendre une expression de la grand-mère d'Eva, des salutations et des effusions. Elle évoluait dans un monde sien, les soirs de sortie, connaissait le tout-pays de part la famille, les proches et les amis. Eva était une mondaine de circonstance, de toutes les circonstances en réalité mais une mondaine rieuse et surtout réflexive en filigrane ou plutôt essentiellement. Toute la soirée, elle sentait son voisin de table et c'était déjà bien plus que cela. Une force forte de mots et de cohérence, d'incohérences aussi quelquefois ou alors de ce qui le faisait lui. Elle le sentait bien plus qu'elle ne le connaissait et savait déjà que la fortuité de cette rencontre aurait du pesant.
Le dîner s'acheva, ils prirent congé, l'air était bon, loin de la fumée piquante et du bruissement utile à la continuité de l'existence. Un bras au-dessous du sien, Eva se laissa emportée vers une promenade nocturne. Des mots et des silences, des peurs et de l'assurance, des échanges tacites d'impressions. Cet homme qu'elle connaissait peu au final était de la trempe des siens lointains, force tranquille et naturelle continuité. Elle contenait son affection qui montait par flux par pudeur mais aussi par inquiétude. Eva se savait trop aimante et surtout aimante monothéiste et ce passage-là était grave. Elle fonctionnait au quotidien à la proximité humaine avec tous ou presque et si ce soir-là, il advint que, ce serait d'elle-même qu'il s'agirait, elle se savait déjà emplie d'une richesse sans borne, tendrement tendre ou même au-delà de celà. Sauf et, sans pouvoir aucun, la borne de la fin. Mais elle n'y pensait pas à ce moment-là, c'était surtout un instant de naissance.
Ce Monsieur savait, comprenait, peut-être mesurait le temps et le suivait. Il avait la force de laisser transparaître et en même temps de garder l'essentiel. Un moment magique et de pulsations sonores ou presque. Son cœur battait, cet homme était précieux et elle le voulait déjà mais c'était omettre sa pesanteur à elle à son tour. Quelques mots car à trente ans ou à quarante ans, on n'est plus crédules et que cela semble d'une intensité différente.
Elle descendit de voiture, l'enlaça rapidement pour endiguer un quelque chose de puissant et s'en alla vite vers son silencieux chez elle, la main levée en signe décidé de fermer la porte aux idées retournantes.
Elle irait vers lui, dans le même silence, la même énergie pesée pour d'autres balades nocturnes toutes empreintes d'émotions. Elle l'attendait sans peur mais avait peur de l'aimer. C'était Eva en même temps.