mardi 2 juillet 2024

Le désamour creuse, 1

 


Juillet 24

Cabinet de Coaching psychologique






 

 

Si les murs pouvaient parler, nous saurions toute la fragilité humaine, les douleurs, le désarroi … Mais les murs ont suffisamment de dignité pour savoir rester discrets et c’est préférable. 

 

 

 

Nous sommes en face de la Bleue, les murs du cabinet sont ornés d’aquarelles douces et fines, les tons de la mer et des filaments argentés, un bureau rectangulaire presque nu, des sièges transparents, un décor minimaliste, des roses fraîches dans un coin, peut-être une quinzaine, rose pâle … Et la Méditerranée à perte de vue, aux trois-quarts du cabinet. 

 

 

Il choisit de s’installer sur le deux-places en velours bleu canard et de regarder la Bleue.




 

 

-       Alors cher Monsieur, toujours cette symbiose avec la mer ? 

 

-       Toujours. À défaut d’en avoir avec les hommes.

 

-       N’est-ce pas préférable ?

 

-       Sûrement. Mais ils sont bien là et quelquefois, c’est assez pénible.

 

-      Nous sommes tous sur le même bateau. Je vous écoute. Avec elle, fit-elle, dans un sourire en regardant la Méditerranée.

 

-       La douleur m’amène.

 

-       On essayera de la juguler à deux, si vous êtes d’accord. 

 

-       Je ne sais pas si j’ai la force aujourd’hui.

 

-       Que s’est-il passé de si difficile ?

 

-    Vous savez que je n’aime pas dire les choses littéralement … Mais ce qui me convient avec vous, c’est notre vieille relation, votre écoute et puis les démarches de réparation à deux. Mais aujourd’hui, c’est assez dur pour moi. La masculinité me pousse au silence, je la brave un peu, sauf que l’éducation a la vie dure. Même quand on est aux aguets …

 

-   Essayez toujours d’être moins dans l’imagé et plus dans l’explicite afin qu’on avise ensemble.

 

-       Peut-être que de mettre des mots attisera les choses … 



 

( Il porta la main à sa poitrine. Elle comprit que c’était aussi physique. Ils se turent assez longtemps. Il fallait qu’il mène la séance. )



 

-       Le désamour vous creuse.



 

( Elle se taisait et le regardait avec patience. Elle le connaissait depuis des années et s’il décelait le moindre ennui, la moindre lassitude, il se fermerait comme une huître et lui en voudrait. L’avantage avec lui, c’était son intelligence et sa perspicacité exceptionnelles, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir besoin d’être écouté. Par elle. Il ne la changerait pas, il était de ceux qui avaient besoin de repères fixes et de relation d’écoute durable. Ce Monsieur lui apprit beaucoup de choses avec sa sensibilité exacerbée et son côté caractériel fort. )


 

 

-    Le désamour est dur, celui de ceux qui comptent à vos yeux, plus que n’importe qui d’autre. Mais s’il faut que je m’abandonne, je ne serai plus moi et moi je suis une conséquence logique d’un ensemble de facteurs et de situations de vie ... 


 

 

( Il se tut, l’air de réfléchir à des expressions exactes. La coach n’avait rien compris, mais c’était le même processus à chaque fois. Après l’abscons et le métaphorique, le sens naîtra, avec peu de mots littéraux, mais il viendra. )


 

 

-   J’adorais mon père, mais ma mère c’était quelque chose d’originel, d’ombilical, de fort … Je l’ai toujours en tête …

 

-  Que pourrions-nous entreprendre ensemble et sur quelle question précisément ? finit-elle par dire, après l’avoir laissé près de 7mn interroger son passé ou peut-être son présent. 

 

 

- Je veux appréhender les choses rationnellement et non plus émotionnellement, à l’avenir. Je veux dédramatiser les évènements d’ordinaire fort heurtants pour moi. Et je veux apprendre à vivre ici en zappant les multiples dysfonctionnements. Autrement, cela m’accompagnera jusqu’à la tombe. 

 

-   Nous le ferons, dit-elle, avec douceur, fermeté et bienveillance juste. Nous le ferons.















mercredi 19 juin 2024

Croire en l'homme



Carthage, 18 juin 24

Cabinet de Coaching psychologique






 

« Il fait gris et chaud. Je viens de lire un article scientifique sur la forte probabilité d’un tsunami d’une rare intensité, en Méditerranée. Dans trente ans. Il y a des chances que j’y sois. Et j’habite presque en front de mer. Ce serait la solution à mon désir d’y mourir. Rien que d’y songer et me voilà projetée trois décades devant. 

Ce n’est pas si innocent.

 

 

 

Ce qui se passe en Iran est gravement liberticide, mais de là à vouloir minimiser ce qui se passe à Gaza ! Non, pas d’accord. Et cela participe à ce travers humain qui consiste à tout hiérarchiser. Ma peau est plus éclatante, ma religion est plus juste et authentique, mon souci est autrement plus urgent … 

 

On opprime en Iran et on tue. On repousse à Gaza et on tue. Le facteur temps, durée, est-il primordial ? Je ne pense pas. On tue de toutes parts et il faudra que cela cesse. L’humanité échoue. Les politiques sont les maîtres du crime organisé. Plutôt eux.

 

 

 

J’ai vécu dans la douce harmonie du cosmopolitisme et l’ancien monde me manque. Les années 80. Nous étions des ados et c’était le dernier de nos soucis de nous enquérir des confessions. Et on détestait ! Du moins, beaucoup d’entre nous. On était dans la passion de la mer, du soleil, des bombolonis, des frites, du rire, des jeunes gens et des jeunes filles … 

 

Nos mères avaient, elles, vécu les sixties, le col Claudine, les robes à pois, les costumes de bain à courtes jupettes, l’arrivée des paquebots du monde entier, la descente en groupe des matelots, ces jeunes gens séduisants en uniformes blancs et bleus … Je les vois presque, tant le descriptif de la Mamma était pointilleux. Et puis, l’événement majeur du 15 août et la procession de la Madone de Trapani à l’église Saint-Augustin et Saint-Fidèle. Une procession suivie de tous, jusqu’à la mer où la Vierge parée de bijoux était introduite. Évènement majeur qui sonnait le glas de l’été et la mer docile changeait de robe dès le lendemain …

Sur pas moins de trois générations, il y eut des vies emplies de gaité, de partage, de petits bonheurs iodés, de respect, d’acceptation … Quelques couples s'étaient faits dans la transgression et dans la passion … Parce que la tolérance n’allait pas jusqu’aux unions, c’était la ligne Maginot. 

Un passé précieux, les sixties, les eighties, les communautés, la différence et l’appartenance à la même mer, les odeurs, le soleil et le linge qui séchait en quinze minutes … Une vie tranquille dans les particularités de chacun.

Aujourd’hui est un autre temps et dans le concert des voix violentes, nos propos sont inaudibles. Ma mère est morte et je m’acharne à dire la richesse du vivre-ensemble.

 

Avec Ruth, c’était bien plus que de l’amitié, nous étions une même personne dupliquée en deux. Très tôt, nous voulûmes comprendre la raison du séparatisme des alliances. Elle était amoureuse de mon frère et il lui fit comprendre que c’était oui pour une amourette. Mais qu'avec plus d’ambition, tout le monde serait contre. Il faut dire que lui n’était pas amoureux, il l’aimait beaucoup, certes, mais pas au point de braver les classiques et ils étaient nombreux. 

En réalité, il avait probablement d’autres raisons, « des copines en plan » comme il disait jusqu’au jour où il tomberait sur l’inratable. Il se prenait pour Steve McQueen et en jouait. Un rouleur de mécaniques qui nous fit, bien trop tôt, détester les hommes et nous étions déjà à dix-huit ans fort alertes et réactives. À éliminer celui-là et hop, aussitôt fait !

 

Pourquoi non aux unions ? Pourquoi les rires s’arrêtaient et les messes basses démarraient au quart de tour au moindre indice, à la moindre rumeur ? Que signifiait le « Non aux ménages disparates ! » glissé en douce et dans les pincements qui intimaient l’ordre de se taire ? 

Ruth et moi étions liées d’une telle amitié, nous étions si fusionnelles que toutes deux ne comprenions rien à leurs raisonnements, ou plus justement à leurs diktats. 

 

-  Nous sommes différents, nous n’avons pas les mêmes traditions ni la même religion, c’est simple. Oui, c’est vrai, le même Dieu. 

-   N’est-IL pas La valeur suprême ?

-  Oui, mais c’est comme ça, peu importe. Nous sommes différents. 

 

Et nous entreprîmes Ruth et moi de tout démonter. Cela nous prit quelques années, à observer, à remarquer, à noter une infinité de contradictions et de non-sens. C’était précisément ce dernier point qui nous ébranla. Le non-sens, mais aussi la morale claudicante des uns et des autres. C’est-à-dire que ce petit monde ne se gênait pas pour médire, être hypocrite, jalouser, être méchant, tromper intra-muros … tout en disant son adoration de Dieu. De même, bien campés dans leurs convictions et dans leurs contradictions, ils ne remettaient rien en question et encore moins leur propre personne.  

 

-  On nous a élevés ainsi, ne philosophons pas. Vivons ensemble, mais chacun dans son camp. Nous avons le même Dieu, mais nous, nous sommes dans le vrai, pas eux. Point.

 

Évidemment, il était préférable de ne pas exiger une démonstration scientifique ou sociologique ou philosophique … Il n’y a rien de plus facile que le discours démagogique, le discours fermé, buté qui croit détenir la vérité et ne peut d’aucune manière argumenter ou étayer son propos.

 

Nous devînmes vite fait iconoclastes, Ruth et moi, et prîmes pour religion l’humanisme, fermement, sûrement et absolument. C’était notre religion, notre culte, l’autre, l’autre soi-même, et il fallait lui apprendre à se libérer du joug du gratuit et du non-sens, qui tirait sa légitimité de sa naissance - mythologique – lointaine. Et de sa durabilité. Croire devrait être une affaire d'intelligence et non de suivisme. Et surtout croire en l'homme.

Voilà. »

 












mercredi 12 juin 2024

Hédi, Fin


 







Hédi est l’histoire d’un garçon devenu homme dans la sensibilité exacerbée, dans la maladresse du faire parental, entre excès et interdits, entre trop grand amour et trop grande rigidité, dans le deux-poids deux-mesures, dans une culture amorphe en manque de rébellion et de brisures indispensables pour une refonte exhaustive et davantage de liberté et de tolérance. 


 

Hédi est l’histoire d’une vie sacrifiée par bêtise et léthargie de tous, car, si même les strates premières étaient sans aucun doute ratées, il aurait fallu être réactif de toutes les manières possibles, devant les situations biaisées qui s’étaient présentées par la suite, pour éviter les pièges, les glissades et les ruptures fatales. 


 

Hédi, l’enfant délaissé, puis martyrisé, ensuite ignoré et au final abandonné … 


 

Peut-être faut-il avoir à l’esprit que les enjeux dans la vie des jeunes gens sont de taille dans les cultures du bassin méditerranéen, que les définitions pluriséculaires de ce que signifie être un « hooommme » sont assez statiques, plutôt fort machistes, allant jusqu’à faire intervenir biceps et poils du menton … Et les choses se jouent assez tôt à l’âge des premiers boutons, quand pour exister on se fraie un chemin - épineux - à travers le regard de l’autre, de tous les autres. 

Quand le besoin de reconnaissance ignore ou ne se soucie pas de la qualité d’autrui, que rien n’est encore en place, sur le plan saisissement des choses et des êtres, et, qu’il y a l’irrépressible désir d’être vu …


 

Un chaos psychique sous haute pression hormonale et sociale et, en situation de socle bancal, les bouleversements sont divers et fort marquants. 


 

Hédi, le petit aux roses, devint un rouleur de mécanique sur fond d’écorché-vif. Le calcul mental, dans lequel il excellait comme personne, devint un souvenir lointain et il fit tomber de ses mains, livres et BD qui l’occupèrent longtemps.


 

À dix-huit ans commença sa descente aux enfers et il échappa à une destinée tranquille, rêve de tous les parents pour leur progéniture. 


 

Il toucha à la porte des Enfers et n’en revint que mort, spirituellement, sentimentalement, socialement, avec un pouvoir décisionnaire totalement inopérant. 


 

Son humanisme resta intact, sauf qu’en l’absence de force psychique, de force mentale et caractérielle, son utilité était réduite et n’était qu’ornement d’un dire répétitif et infécond, appelé politesse. Or, même la politesse n’a de mérite qu’en la présence d’un tout équilibré et cohérent. Il n’était que faiblesse.

 

 

-       Je suis fini, je le sais. Et aucun muscle ne répond, j’en ai conscience. Je suis au moins en vie, c’est déjà ça. 

 

 

Une vie de remous d'abord, de grosses vagues ensuite, de noyades multiples. Une vie sans objectif aucun, à trente ans, celle du beau Hédi dont le prénom signifie le calme. 

 

Fin

 






 

mardi 11 juin 2024

Hédi, 2

 









« Hédi est l’une des pages les plus dures de l’existence des siens. Ils y avaient laissé toutes sortes d’émotions et probablement bien du temps. »

 

 

Le petit Hédi a-t-il été un TDAH ?

A-t-il été un apprenant TSA ?

A-t-il eu droit à du temps, des mots, des limites ?

A-t-il eu des réponses à ses questions ?

N’a-t-il pas été négligé ou abandonné à un moment crucial de son enfance ?

 

A-t-il été tout cela en même temps ?

 

 

 

( J’ai délaissé Hédi ces derniers temps et pour cause, mais je ne l’ai pas oublié. Je l’avais à l’esprit et j’attendais de retrouver son histoire, une parmi tant d’autres, faite de jeunesse bête et irresponsable, de chutes décisives et de douleurs extrêmes.

Raconter les autres se veut réflexif et constructeur. Parce que la vigilance devrait être une pièce maîtresse dans l’existence des hommes. )



 

Il courait vers son école, vers sa maîtresse - qui avait pressenti sa sensibilité - un bouquet de roses à la main, cueillies à la hâte du jardin de leur villa, maladroitement enveloppées dans du papier, mais joliment assemblées. Il était heureux de lui faire plaisir et était vraisemblablement en quête de l’approbation de ses yeux, de leurs étoiles bienveillantes. 

 

Tout d’un coup, un garnement à peine plus âgé, jaillit de nulle part, lui barra la route, lui arracha des mains le bouquet de roses destiné à la maîtresse et disparut aussi vite qu’il était apparu. Le monde s’écroula pour Hédi, en sanglots, il repartit vers chez lui et oublia l’école.


 

 

-       Mama, Mama, il me prit les fleurs, un gredin ! C’était pour Madame Joubert ! Elle m’aime, elle m’aime, hoquetait-il. 



 

L’enfant en sanglots, Hédi, le petit écolier, le garçonnet sous pression permanente à la maison, parce que son père croyait en l’éducation musclée pour les garçons, afin d’en faire un « heaume », un vrai. 



Aimé de sa maîtresse, qui était admirative de ses facilités en calcul mental, il ne pensait qu’à lui plaire. Adoré par sa Mama qui avait décidé très tôt qu’il était sans appétit, trop maigre, malchanceux et agité. En réalité, il eut peu d’écoute et d’attention les premières années de sa vie, durant son enfance, son adolescence jusqu’à l’implosion et le colonel des armées des terres et de la mer …


 

Parce qu’un enfant, de zéro à dix-huit ans a besoin de présence, de mots, de toucher, de douceur, d’écoute, de chances de réparation … Et que les parents ne sont que des apprentis de la transmission, entre le quotidien, les responsabilités, les écueils de la vie, leurs propres soucis, leurs traumas, leurs approches tâtonnantes de la vie, entre naïveté, immaturité-maturité, chantiers d’apprentissages divers et tout particulièrement lourdeur d’un héritage culturel truffé d’inégalités, d’erreurs et d’absurdités en tout genre.

 

A suivre






mardi 28 mai 2024

L'autre moi-même

 

Vivre ensemble est "le seul combat qui vaille" ... 






Vos personnages parlent-ils français ? me demanda un des responsables de l’Alliance française de Tunisie. 

Évidemment, répondis-je, un peu étonnée par la question, vu que Sobel était un roman écrit en français et que j’étais un auteur francophone. 

 

Et vos personnages, qui sont-ils ? 

Des Tunisiens. Oui. Mais des mixtes aussi. Mon univers pose d’emblée la différence comme pilier indispensable. Et mes personnages peuvent aussi - surtout je dirais - être de cultures différentes, de confessions différentes ... 

C’est précisément, mon monde, la pluralité, la différence, la singularité, la rareté …  

 

Et aimer ? me questionna le boss de l’AF. Vous êtes purement francophone et vous avez aimé tunisien ? Comment est-ce possible ?

 

 

 

Je ne sais si j’ai bien répondu. Je ne suis pas très sûre. J’aurais dû dire ce qui en avait été. J’ai aimé une intelligence, une différence, un esprit … Dans l’amour des langues, évidemment, et d’abord, du français, du moins quand il s’agissait de littérature, de philosophie, d’intellect … Le français est aussi ma spécialité, mon rayon, disons-le.

 

La question de l’identité ne m’avait pas du tout intéressée. Nous étions dans le monde de l’échange intelligent, curieux, cultivé, artistique … le seul qui me saisissait et je crois bien que j’aimai un liseur et un intellectuel. L’identité m’importa peu et je n’en fis jamais un cas. 

 

 

 

Pourquoi ces questions me sont-elles revenues à l’esprit aujourd’hui ?

 

C’est très loin, mais je vais essayer de me frayer un chemin dans mes cogitations. Je travaille en ce moment sur le manuscrit d’un parent qui fut un grand acteur de la scène politique internationale et qui publiera sous peu ses mémoires. Un témoignage dense et saisissant sur les relations internationales, le pouvoir impérialiste, les intérêts financiers, les guerres, les mensonges politiques des pays dits démocratiques, l’aide aux pays sinistrés après leurs destructions …

 

L’honnêteté de l’auteur ne faisant aucun doute, j’assistai, entre autres, presqu’en direct à ce que je regardais aux informations dans les années 90 et des sentiments d’injustice et d’horreur me prirent à la gorge, tour à tour. 

 

Et puis, il y eut avant-hier Rafah et je sentis presque le roussi des cadavres. Effroyable. 

 

 

Il y a des moments, dans l’histoire des hommes, absolument insupportables. La condition de la femme depuis des temps immémoriaux, le traitement des handicapés par le passé, la traite des Noirs et l’esclavage, l’holocauste et le rejet du Juif, le conflit du Proche-Orient depuis 75 ans et les victimes gratuites des deux dernières nuits ...

 

Adepte résolue, farouche, presque sans aménité du vivre-ensemble de tous, avec nos différences, nos spécificités, notre liberté … je suis ébranlée par l’horreur, le laisser-faire, exactement comme par le passé, du temps des blocus, de ceux-ci ou de ceux-là … des restrictions pour acheminer l’aide humanitaire, le refus de lever les sanctions …

 

Entre un manuscrit qui passe en revue les événements les plus marquants des années soixante à nos jours, les conflits et les guerres les plus sanglants à l’échelle planétaire, les injustices perpétrées, le silence complice très souvent des puissances, leurs tractations pour sévir … et les bulletins infos des derniers jours, décrivant la situation des déplacés au sud de Gaza, je me perds, je suis désarçonnée et en franche souffrance. Des enfants calcinés, c’est bien au-dessus de ma capacité à aborder les choses sereinement. Malgré mes efforts. Et les choses laissent leurs sillons et agissent douloureusement.

 

 

Pourtant, le vivre-ensemble a été possible. Pourtant, la terre appartient à tous. J’ai tout écrit sur la question dans Sobel. Ma connaissance du monde antique, mes recherches sur le pays de Canaan, ce que je sais sur les événements majeurs du XIXème/XXème, mon enfance et mon adolescence dans le multiconfessionnalisme, mes meilleurs amis d’alors et de toujours, la dimension humaniste existante chez bon nombre de personnes, ici et là, les Justes d’entre nous, la richesse intellectuelle qui découle de la pluralité, de la diversité, de la différence … et qui ne laisse aucun doute sur les aspects positifs nombreux, de se confronter à l’autre dans l’écoute, le calme, le respect et la différence. 

 

Et pourtant au moment où j’écris, on largue des bombes et on tue. Hommes, femmes et enfants dans une insolence et une surenchère atroces. Sept mois de crimes divers de part et d’autre, d’exactions, de destruction et de cruauté … Je pense au jour où des comptes seront exigés. Comme hier. Comme il y a peu, quand nous étions abasourdis par les nombreuses horreurs de l’histoire des hommes. L’éternel recommencement.

 

Voilà pourquoi la langue la plus pacifique est celle du rationalisme, de l’intelligence, du respect de l’autre, de la richesse de sa différence … Aujourd’hui est un jour de cruauté et de meurtres, dans la barbarie des hommes, la complicité des puissants et leurs atermoiements.


Dans le crime organisé. Le prix en sera fort lourd, pour tous.