mercredi 14 juin 2023

L'à-venir, 3













 


















Dans l’eau, tous les impacts, toutes les cavités, tous les gouffres, traces du passage des autres sur son entité disparaissaient. Totalement. Elle était libre et immortelle. Beaucoup par l’action de l’eau et beaucoup par vieille décision personnelle. 


Elle était dans son amniotique de genèse, les choses se faisaient d’elles-mêmes mues par une énergie dynamique continue propre à la matière. Elle se savait matière, comme l’air, l’eau et le sable dont elle était probablement un très vieil alliage. Elle assurait la mobilité, cela elle le pouvait, crawlait dans l’eau dans une félicité rare. Matelot faisait ses planches non loin d’elle, tout aussi scrupuleusement voire religieusement. 


C’était un moment fort de leur rendez-vous bihebdomadaire : iode, silence et mouvements sur une trentaine de minutes. Après quoi, un verre de blanc et des mots. Quelques petits poissons nageaient en surface et elle espérait en être touchée. Ils avaient une grâce touchante et elle avait consenti à croire, il y a déjà quelques décades que d’en être approchée, était un message ontologique. 

 

-       Venez, venez, mes chéris.

 

Matelot remonta, se posa quelques minutes sur la banquette proche du cockpit et se mit ensuite à garnir la petite table : toasts aillés à la tomate fraîche, canapés à la boutargue, tomates cerise à la burrata et au basilic, concombres nature, crevettes à la sauce soja et mini-pizzas. Il posa deux verres et une bouteille de Chardonnay. Elle prenait toujours un verre qu’elle sirotait tout l’échange, une heure ou trois, indifféremment. Elle remonta à son tour et il lui tendit un linge. 

 

-       Je vous attends.

 

Ils avaient toujours veillé à garder le vouvoiement - sauf au coeur de l'inatteignable, quand le souffle est court - bien que leur amitié date. Ils aimaient cette élégance et l’accord était tacite. Parce que leur amitié, sur les questions intimes ou décisives ou douloureuses n’avait pas besoin de mots. 







 

-       Merci, lui dit-elle. 

-       Dis.

-   De la colline au port, les réminiscences avaient pris le rythme des marches. 

-       Des êtres marquants ?

-       Presque tous, à des intensités variables. Et vous ?

-       L’à-venir.

-       Aussi. L’à-venir.

-       J’aurais voulu t’aimer comme un homme aime une femme.

-       Un homme aime aussi un homme. 

-   La culpabilité a laissé quelques résidus. Comment allons-nous nous acheminer vers la poupe ?

-       Tout dépend du vent, dit-elle, dans un sourire. 

-       Les vents n’agissent plus, vous le savez.

-       C’est vrai. Sauf si on baisse la garde. 

-      On n’est maîtres que d’infimes parties aujourd’hui. La peur grignote au quotidien.

-       L’à-venir serait donc totalement inconnu ?

-       C’est juste un espoir, en réalité. 

-       Espérons, très cher. 

 

Ils levèrent leurs verres. 

 

-       J’adore, dit-elle.

-       Une goutte !

-       Mais quelle intensité !

 

Ils se turent. Quelques poissons téméraires faisaient des acrobaties et introduisèrent de légers bruits dans le silence du large. 

 

-       La finitude ne me tente pas. 

-       Même pas au fort de la tempête. Jamais. 

-      J’ai envie d’être aimé. De nouveau.

-    Nous nous aimons et, mieux, nous rêvons : un rendez-vous au large. Qui dit mieux ? 

-       Évidemment. Mais l’attente est calme. 

-    Aux dimensions de notre enthousiasme. Tu parlais tout à l'heure de la peur qui rogne toujours un peu plus. Mais toi, contrairement à moi, tu rêves toujours de tes vingt ans.

-      Peut-être. Mais toi aussi tu es un être mythologique.

-    Ce n’est pas faux, mais si mes vingt ans me tentent comme toi, je ne serai pas sûre du trajet parcouru, déjà, à mon actif. Je ne serai pas sûre, non plus, que je ne subirai pas des cavités, des gouffres pires que ceux que je porte aujourd’hui.. 

 

( Sourires )


 

Ils levèrent leurs verres.  

 

-     A l’à-venir léger, radieux, prometteur de vie et de bulles heureuses. 

À-terre la peur ! disent-ils, en chœur. 


Leur hymne ontologique.




 

 


 

 









mardi 13 juin 2023

L'à-venir, 2

 






L’allée gauche était longue et plus elle avançait, plus l’eau s’obscurcissait, un camaïeu du plus bel effet et elle vénérait les bleus de la mer. Les odeurs marines emplissaient ses poumons jusqu’aux hauts-le-corps et elle sentait fortement l’instant. 


 

« Je vis. Et je vais vers l’à-venir. »


 

Elle était à une bonne distance du rivage ou plutôt des quais des plaisanciers, seule, comme elle aimait l’être. La mer, ses réminiscences, l’à-venir et elle avec elle-même. Dans ces moments-là, elle était d’une richesse extraordinaire, d’une prodigieuse faculté à revoir les choses et les êtres, à les analyser, à les remettre dans leurs contextes avec une précision rare, à se souvenir des dessous de situations, mais elle ne s’y attardait pas longtemps parce qu’elle savait que c’était du temps perdu. Elle avait le regard absolu, la perception et le saisissement absolus des choses et des personnes. 


A vingt ans, elle vivait cela sans trop y prêter attention, elle était déjà largement hypersensible et détectait bon nombre de pensées silencieuses et d’êtres travestis de sourires. Là, quadragénaire, elle était parcimonieuse avec son énergie et veillait à une distribution au compte-goutte. 

 

« Cela ne vaut pas la peine. Et l’homme est ainsi. »

 

Elle était arrivée au point le plus septentrional du port. Derrière elle, c’était minuscule et flou et sa myopie, qui lui rendait souvent service, n’arrangeait pas les choses et restait fidèle à elle-même. Elle se déchaussa, enleva sa robe longue et alla s’asseoir sur son rocher. L’eau léchait ses orteils et puis ses mollets, à mesure qu’elle y enfonçait ses jambes. Elle s’est toujours sentie libre, plus quand elle était au contact de l’eau. Sa peau désirait la Bleue et elle le lui rendait bien. 


L’à-venir inéluctable, elle le voyait dans le fond marin et l’à-venir immédiat à sa surface, dans le doux clapotement, la tête tantôt en-dessous tantôt au dehors. Les bras jetés devant, dans une symétrie connue des seuls vrais nageurs, ceux qui ont eu la chance de connaître l’eau à sept jours comme de tradition pour les natifs de la saison estivale dont elle ne faisait pas partie. Elle connut l’eau à deux mois et demi - pas si tard que cela - et depuis elle ne la quittait plus. Elle se souvint d’un terrible été où elle n’y alla pas et où le manque la prit à la gorge. L’été 91. L’été de la déchirure.


Elle sut toujours sortir la tête de sous l’eau et construire du bonheur et même au milieu de la perte, elle fut digne et le désir de Beau ne la quitta jamais. 

 

L’eau, son ressac l’appelaient et elle se laissa glisser. Elle souriait, se mouvant prestement dans la Matrice iodée. La fraîcheur venait de toute part et elle se sentait légère et heureuse. 

 

Un bateau passait non loin d’elle et un matelot lui fit un signe de la main.

 

-       Tout va bien ? Vous êtes un peu trop loin, là.

-       Je suis la Dame de l’eau, répondit-elle.

-       Je n’en doute pas.

 

Il éteignit le moteur, laissa le bateau tanguer vers elle et fit glisser la descente.

 

Elle monta.



- Il n'y a pas de plus belle rencontre, lui dit-il.


- A temps. J'avais envie de me laisser aspirer par les profondeurs.


- Cela aurait été dommage.


- Vous n'en savez rien. 


- Venez regarder de vous-même, mes capteurs vous feront voir les fonds. C'est très beau, mais pas au point de s'y laisser aller.


- On ne s'y ennuierait pas en y ajoutant ses péripéties ontologiques et son imaginaire.


- Ces deux-là, vous les aurez toujours ici. En-dessous, sans air, plus rien !


Ils sourirent. Elle, aérienne et marine, lui, trivialement matériel et stoïque.







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 11 juin 2023

L'à-venir

 

Il n’y a pas de mots ni de lettres tracées, sans pudeur et sans amour des autres. Des autres authentiques et dignes. 

Pensées à Saloua Ayachi, à la réserve et à l'aura toutes naturelles. 

Le reste est verbiage et agitation.







 









 

 




 

Trois cent soixante-cinq marches qui mènent vers la Bleue, le riche et tumultueux bassin, la vieille mer nourricière. La vue est imprenable, les bateaux alignés et le dynamisme des ports est une des plus belles garanties marines de vie à perpète.


Des fanions du monde entier, des entrées et des sorties, des arrivées et des départs, des manœuvriers, du linge léger et des pieds nus, des langues qui s’entrecroisent et des verres qui se lèvent …

 

Elle laissait la petite colline derrière elle, des murs blanchis à la chaux et des moucharabiehs bleu ciel. Une descente laborieuse, mais lente, parce que chaque marche portait sa signifiance intrinsèque. Les images se bousculaient dans sa tête, les êtres aussi, intacts de vie. 


Pourtant, elle aimait l’à-venir par-dessus tout. L’à-venir avec cette orthographe pour remettre littéralement à l’esprit, le sens du temps. Une belle flèche élancée. 

 

Pourtant le monde est rempli de laideur, d’ignominie, de supputations, de stratèges et de petites personnes emmitouflées. Elle avait souvent prêté l’oreille, fait confiance, enrichit l’autre sans deviner la parole double ni l’inauthenticité. N'est pas digne qui prétend l'être.

 

Du temps offert, du don de soi. Jamais le paysage qui s’offrait à ses yeux, embrumés du passé et en hâte de l’à-venir, ne les appellerait. Il sait leur être intérieur. Parce que l’eau iodée ignore le mensonge et ils ne sont que cela. À peu près.


 

Une main vigoureuse ferma ce tiroir désert de reliques. 



Elle les revit dans ce don de soi humain - et quémandeur de vie, inconsciemment. Ce qui n’enlève rien à la valeur des gestes répétés. Elle sait aujourd’hui que donner aux autres est d’une belle noblesse mais aussi d’un inutile de vie, si l’humanisme n’est pas une conception commune. 

L’intelligence est incontournable, qu’elle soit naturelle, spontanée, adaptée et nourrie ou académique et exercée. Ils avaient tout donné aux vils et cela est injuste. Parce que les vils ne sont pas méritants et que la vilénie est impardonnable.

 

La vue de la mer en bas lui ramena à l’esprit, le grand blond vigoureux, passionné de mer, de bateaux, d’iode et de soleil. Et de rires. Le matin, le midi et le soir. De rires hâlés, de rires salés, de rires de vie, générateurs de moments festifs. Il partit à la vitesse de la lumière, au détour d’un cœur battant violemment et rien ne lui fut retenu de ses dons de soi. 


Implacable le gong quand il se fait entendre. 

 

Elle avait toujours dans un coin de l’esprit, cet être de silences et de dignité qui aimait tant la vie, qui aimait tant la musique et le Beau, cet être de souffle porteur et de nœuds gordiens. Un être de séduisance et de parcimonie verbale. Un fier, la tête haute. Il portait ses roses éclatantes à chaque instant de vie malgré les vieilles épines lancinantes. Il les fit taire des décennies et un beau jour, elles laissèrent tomber des gouttelettes de sang indélébile.

 

La vie ne nous appartient pas complètement même si notre philosophie nous guide et que l’avenir est notre destinée. Elle était au milieu des marches, la Bleue s’approchait progressivement et les images et les êtres se bousculaient au portillon. 


"L‘à-venir, se disait-elle, je n’aspire qu’à l’à-venir. Je ne ressemble pourtant pas à ces êtres de l’immédiateté, pour qui l’existence est opportunité et chances à saisir. Non. Tant s’en faut."

 

L‘à-venir, oui, mais sans gloutonnerie ni convoitise. Et ce n’est pas forcément attributif des mythes que d’aimer lentement. C’est même cette lenteur qui garantit la force et la profondeur. 



 








Dans un autre coin de sa tête, son ami fou, amoureux des hommes dans un silence coupable. Il vécut arc-bouté sur sa vraie nature, parce que la stature droite lui était refusée, par lui-même et par les autres et même quand il voulut louvoyer, chose qu’il faisait mal, il échoua lamentablement. Il prit femme, fit un enfant à la hâte et regagna sa solitude extrême et ses divagations. Pourtant, il fixa une méthodologie de la démarche : faire ci et ensuite ça, dire ci et ensuite ça … mais une nonne aurait vu son désordre. Il haïssait le corps féminin et trouvait en Loth la magnificence masculine. Il passa la moitié de sa vie dans sa tête, à essayer de comprendre, loin de tout, compliquant tout au passage jusqu’à la confusion. 

 

Les hommes jugent, condamnent, sont férus de potence et d’exécution. Cela conforte leur vérité qu’ils prennent pour salvatrice. Surtout les plus nombreux, dénués de la réflexion la plus élémentaire. Et pourtant leurs vérités ont mille ou deux mille ou quatre mille ans d’architecture et d’édification. Une broutille au regard de l’existence. Et ils y tiennent et ils avalent et ils se lèvent munis de leur faux pour éradiquer. Parce que le sang mythologique frappé sur la pierre les rassure et les rassasie. Jusqu’au prochain étripage. 

 

Et puis cette Dame, partie nonagénaire. La chance ! Elle passa son existence à se nourrir de notes musicales, de mer, de regards perdus et de mots bienfaisants. Elle passait ses courtes après-midis d’hiver à nourrir les poissons de la fontaine de son jardin.

 

« Tut, tutut, tutut, venez, venez, je vous aime ! » Et elle les nourrissait presque à la main. 

 

Elle avait sa tortue, enfin celle de sa belle-mère, sans âge La Grâce, comme elle l’appelait et comme elle disait.

 

« La Grâce, venez, venez, votre laitue vous attend. »

 

Et La Grâce venait et mâchouillait consciencieusement ses feuilles et se laissait effleurer du doigt léger de sa mère-humaine. La Grâce vouvoyée par sa maman à laquelle elle succéda.

 

Une maman qui fut une splendeur de beauté, de jeunesse, qui aima son époux, latin d’origine ; un brun séduisant et souriant, au nez sculpté, qui porta haut leurs chairs dans des ébats d’amour sincère et vrai.


« Madame, je vous ai dans le cœur et dans la peau », lui disait-il, à chaque anniversaire, en la parant d’un bijou fin qu’il mit un an à pouvoir lui offrir. C’est que Monsieur était un fonctionnaire respectable et respectueux et non point un riche négociant comme les maris de ses sœurs, et chaque jour de travail, était en partie pour elle, à la hauteur de ses attentes, à celle de ses sacrifices à lui. Et il était heureux. 


Des après-midis de musique avec les poissons et La Grâce de sa mère et cette splendeur d’épouse, toujours un peu décalée, au regard un peu perdu, qui lui souriait des yeux et de la bouche quand, doucement, il entourait ses épaules de son bras. Une existence de sentiments, de douceur et de finesse. Rare.

 

Elle était presqu’en bas. La mer était d’un bleu étincelant. Un petit brouhaha marin, des vendeurs de poissons à la criée sur la droite à l’entrée du port. Quelques têtes se retournèrent sur son passage. Elle était bellement parée comme chaque jour de la tête aux pieds, altière et vaporeuse, simple aussi parce que peu de choses lui suffisaient. Elle avait une grâce rare et sa démarche, légère, lui faisait à peine effleurer le sol. 


Elle prit l’allée gauche du port, c’était la plus longue, le vent faisant virevolter sa chevelure, elle souriait. 

 

« L’à-venir, murmurait-elle. L’à-venir. »


( À suivre )



 

 


 





lundi 5 juin 2023

Le vin des dieux

Carthage,

Cabinet de coaching psychologique et de PNL







  

Elle entra, comme si elle portait le poids de l’existence sur le dos, triste et philosophe en même temps, comme à son accoutumée.



 

-    Je sais feindre, fabriquer du bonheur aussi, mais aujourd’hui je veux laisser couler ma dysphorie. Oui, je crois bien que je suis en crise de dysphorie, entre tristesse, malaise, colère et déplaisir total. Une catharsis que de se libérer via les mots, la plume ou les couleurs. Les notes aussi, bien évidemment. La chance ! Les notes m’échappent complètement, hélas, mais je les entends et, quelquefois, quand le temps est maussade, je les range précieusement pour les jours de disette. Je m’éparpille et peut-être que ce n’est pas plus mal … 

 

-       Quel mal-être vous amène ?

 

-       Les faux-semblants.

 

-       La nature humaine. 

 

-    Si c’était inhérent à l’homme, il n’y aurait pas eu tous les diseurs de Beau et de vérités.

 

-   Une minorité. Cela ne fait pas l’homme. Ce sont ceux qui veulent ressembler aux dieux.

 

-    S’ils l’ont peint avec autant d’atours, c’est qu’ils s’y projettent. Ils ne peuvent en vouloir aux autres de s’en approcher. 

 

-       Parce que les créateurs dont vous semblez parler ne sont pas dans les faux-semblants ?

 

-       La Forge n’admet pas le mensonge.

 

-       Voulez-vous me dire votre gêne sans métaphore, droit au but ? 

 

-       Droit au but en est une.


-   Une de quoi ?

 

-       Passons. Je suis dans une phase de tristesse, de colère et de rejet.

 

-       De rejet de quoi, de qui ?

 

-    De l’amitié, des autres, de l’hypocrisie environnante, des horizons de liberté bouchés, des trépignements tous azimuts d’une culture qui ne se déploie pas, qui ne laisse pas la porte ouverte à l’air neuf et renouvelé, aux senteurs multiples …

 

-       Comment fabriquez-vous du bonheur ?





 

Surprise, elle fut légèrement déstabilisée, se tut un moment et sourit.



 

-  Je fais des séries de mouvements, du yoga, de la respiration abdominale. Je me sanctifie avec de l’eau, de l’eau en abondance. Je me fais belle et j’écris un scénario diurne de vie.

 

-        Un scénario diurne de vie ?

 

-       Oui, je vais vers un lieu de mer et d’esprit, munie de ma plume, de mes mots et des notes engrangées.

 

-     Allez-y, maintenant. Vous avez cette chance d’agir sur vous-même et de fabriquer de la vie.

 

-       Le vin des dieux, oui.


 

( Sourires et fin de la séance )

 

 

 


 

 

 

samedi 3 juin 2023

Hommage à un bel inconnu



Au nom de ma fille,

Hommage à un bel inconnu,

Assaad, l’Ami,






 

Nous mentons tous un peu, mais je déteste les menteurs puristes. Voilà pourquoi, j’écris à ma fille. Oui, la mort existe et tu le sais. Oui, des jeunes peuvent aussi partir et je viens d’écrire à une proche de ton ami les mots suivants :

 

Qu’il brille au firmament de l’éternité.


 

De jolis mots, mais des mots. Ils ont en eux la valeur du mot du cœur, du mot vrai.

La littérature est un bel ornement. 

C’est aussi de la générosité.

C’est surtout l’expression des choses vraies, sans fard, une lame à la main pour toujours aller plus loin, toucher les fonds et convoiter les abîmes. 


Dire, toujours dire, le décrypté, le diktat de l’Existence et la colère tue.

 

On ne doit pas mourir à trente ans, quand trois mois plus tôt, on riait de l’avenir illimité. Quelle tromperie ! On ne meurt pas quand on est doté d’un sourire si éclatant. D’un bonheur de vivre si humaniste. 

 

-      Tu es la mère de mon bras. Je porte l’encre de ton travail si minutieux. Des moments de rires partagés.

-      Mon copain, toi.

-      Ma copine adorée. 





 

Je pleure un jeune que je ne connais pas. Je pleure la gratuité d’un départ précoce. Je sens tes silences chargés, les émotions que tu caches et je comprends. Je ne veux plus te mentir ni t’écrire mes formules lapidaires pour stopper net ton chagrin. Un c’est ainsi insupportable. Mais parce que c’est ainsi. Le gratuit, l’inexpliqué, le terrible.

 

Quelques jours plus tôt, son texte pour dire ton travail fin et l’ancrage de tes illustrations sur les chairs inassouvies, les chairs demandeuses, les chairs animées de vie … Sa chair.

 

Et c’est la mort. Et un prénom si joli Assaad : le plus heureux ?

 

Un jeune Adonis, amoureux des chevaux, des humains et de l’amitié. 


 

Pleure ma fille, l’amitié stoppée, l’incompréhensible et le gratuit. 

Pleure un jeune amoureux de la vie. Il porte au bras tes inscriptions vraies, chargées de partage, de rires et de petites vérités. 

Pleure l'Ami, de l'autre côté.







Je ne veux plus te mentir. Oui, la mort existe et tu le sais.