mardi 9 avril 2019

Billets d'humeur sombre





I.

Dans un pays où les poils définissent l’homme, où la moustache est inattaquable, où la femme en s’unissant à l’homme quitte sa famille pour faire partie, désormais, de celle de son mari, il ne faut pas espérer des avancées grandioses et rapides.

Dans une société où il est très difficile de changer les êtres, les traditions, les conceptions, les idées où l’avenir s’inspire du passé, des mouvements puissants de progrès se feront attendre.

Si les visions politiques ne misent pas sur les jeunes, n’envisagent pas des programmes scolaires qui favorisent l’esprit critique, qui poussent à l’esprit d’initiative, qui donnent accès aux langues étrangères, qui épurent le regard de l’apprenant dès son plus jeune âge des préjugés inoculés sur les autres, le génie ne s’exprimera pas.

Notre pays est dans une impasse. Pour plusieurs raisons. La plus importante est l’absence d’une vision d’avenir sociale et politique qui rompra clairement et chirurgicalement avec tout ce qui n’est pas de nature à rendre l’être social libre dans sa pensée et dans ses entreprises. Socialement, on ne doit que construire.



II.

Un sommet arabe. Le énième. C’est bien de se réunir, de se concerter. Mais encore ?  Depuis toute jeune, j’entends parler de sommets arabes, où sont les grandes réalisations ? Ils se concertent sur quoi déjà ? Et nous, il est où notre apport ? Pourquoi n’est-on pas consulté ? Pourquoi ne pas envisager des think tank qui collecteraient des propositions, des idées, des projets ?

Tous ces pays arabes n’ont pas suffisamment d’argent pour peser sur l’échiquier mondial ? Ou n'ont pas suffisamment de conceptions ?

Est-ce toujours l’éternelle dépendance vis-à-vis de l’Occident en raison de son avancée scientifique, technologique, industrielle, numérique ?

Où sont leurs feuilles de route ? A propos de quelles questions au juste ?

Qu’en sera-t-il du Yémen où tous les jours des morts sont enregistrées ? Continuera-t-on à fermer les yeux ?

Et la Palestine ? 
Oui, cela fait 70 ans, on s’ennuierait sans cela.

Les crises semblent nécessaires, les foyers de tension allumés ça et là sont économiquement rentables, il faut bien vendre les armes, redistribuer les cartes géographiquement, préparer les descentes vers les lieux d’énergie, monter des groupes terroristes, écouler les drogues … Tout cela se prépare dynamiquement dans des bureaux feutrés par des compétences en gris anthracite.




III.

Un pays en retard dans sa pensée. Des femmes données en exemple, qui baissent les yeux. Regarder le passé est très doux. C’est aussi tellement moins engageant. Surtout. Des neurones en panne, en dysfonctionnement ou qui n’ont jamais été sollicités.

Les jeunes fréquentent l’école, ça leur fait de la route et des rires bien idiots. On continue à apprendre par cœur, quelquefois, sauf quand l’antisèche est possible, et après on oublie tout. On apprend en vrac on ne sait quoi. Le système scolaire ne change pas, c’est difficile, nous n’avons pas les moyens et puis par où faudrait-il commencer ? Bon envisageons des classes-tablette, c’est moderne.

Au XXIème siècle, on continue à croire aux miracles. Oui un bâton a transformé une rivière en terre et un enfant est venu au monde de père fantomatique. Bien sûr, il y a très longtemps. Mais aujourd’hui alors, pourquoi il n’y a plus rien de tel ? Ah c’est le temps de l’observation.

Et la pensée rationnelle ? Et la perception des choses ? C'est-à-dire que je vais focaliser sur ce que mes sens ne captent pas. C’est bien cela ? Parce que je suis insuffisant.

Et pourquoi irais-je laisser de côté ce que je peux percevoir via mon potentiel sensoriel pour me fixer sur l’invisible ? Ou les relations d’antan ? Les mythes d’antan. Pourquoi ?

Ma seule vérité est ma personne, mes sens, ma conscience, mon inconscience, mes captations visuelles, auditives, spirituelles, ici et maintenant. J’ai aussi les possibilités diverses d’étirer mon potentiel réflexif, intellectuel, de le développer, de l’amplifier et de le rendre concret en d’infinies réalisations. Au lieu de cela, je regarderai derrière.

Ma pensée, mon évolution, ma correction de ma personne et de ce qui en découle relèvent de mes capacités physiques et surtout intellectuelles, au lieu de cela, je sacralise mes trisaïeux.

Je peux gérer, pour peu que je l’apprenne ou que je le possède en moi de par ma sensibilité aux choses, jusqu’à mes émotions. Non « l’âge d’or » est au passé mais aussi tous les mythes qui continuent aujourd’hui à gonfler dans la tête des moins libres et des moins futés d’entre nous.

Aujourd’hui, les Chinois construisent en Afrique et ailleurs, des échangeurs, des ponts gigantesques là où le citoyen lambda n’a pas su tirer profit de son cerveau ni de ses dix doigts. Ils construisent sans le bâton magique. Ils construisent chez eux depuis des milliers d’années dans des conditions impossibles devenues possibles par le Génie de l’Humain.

Les Textes ont servi, servent à faire taire le grand nombre parce que le monde appartient toujours à une poignée. Peut-être que l’espoir serait d’élargir la poignée.



dimanche 10 mars 2019

Eva XX



Claire, Enest, Eva, Drus ...

Je mets du temps à revenir vers vous chers amis mais je vous observe depuis un moment déjà.

Enest est dans un tel état qu’il semble ne plus voir que ses obsessions, que Son obsession. Eva s’en amuse, elle ne s’est jamais sentie aussi légère et elle rit, elle rit. Claire, dans son élégance de chaque instant, passe des heures assise dans leur salon à écouter du Liszt. 

Elle fait des kilomètres de pensées, de l’université, à leur union en famille restreinte, à son fils, à leur appartement cossu et si riche d’art et de musique, à leur amour, à sa douceur et puis à cette insatisfaction d’enfant qui avait pris de l’ampleur au fil des jours, à cette carence …

Et puis Drus qui fait son entrée contre toute attente, Drus qui se tait depuis trente ans, Drus si résigné jusque-là, Drus si affamé de vie d’un coup.

Parce que l’amour n’attend pas, les émotions enflent, font leurs nids, se gravent et font mal.  

Je suis à nouveau à vous chers proches.




















Partir en Mer




Aucun moyen de choisir sa mort par ici. C’est frustrant. Pourtant existe le Carré des Libres penseurs dans le cimetière chrétien.  Ce n’est pas pour moi. Il n’y a que la mer qui m’intéresse.

J’ai fait des recherches approfondies sur le processus d’extinction, ce n’est pas très gai mais c’était nécessaire pour mon travail de scribe. C’était en 2016-17, je crois.

Après la mort, il y a encore la mort lente et même que je l’observe au quotidien avec mes roses et mes iris. Deux, trois, quatre mois à partir, à se flétrir, à se rabougrir …

Je n’aimerais pas finir en saucisse pour les vers de terre. Et ce n’est pas discriminatoire. Ils ne me sont pas sympathiques, c’est tout. Je préfère les poissons, les crustacés, les mollusques marins, toute la faune des Mers. Ils me paraissent intègres, droits et sur leur quant-à-soi. Devenir leur subsistance pour quelque temps ne me dérange aucunement.

Allez expliquer cela à ceux qui détiennent la vérité ! La vérité de leurs délires et de leur inertie réflexive. Quand on a un voile devant les yeux ou on le troue et c’est un geste volontaire de détermination, de curiosité positive et de courage ou on le regarde avec béatitude et au gré de l’humeur, au gré des émotions, des épopées sociales, le regard se rétrécit, devient fente ou à peine et finit pas chavirer.

Je crois que j’ai toute ma tête, je ne l’ai jamais perdue du moins et bien qu’émotionnellement, il y eut nombre de bourrasques, elle reste bien droite sur les épaules. Je veux partir en Mer. D'autant qu’elle me parle et qu’elle m’appartient. C’est tout.

Je veux partir en Mer dans très longtemps.


Hormones canines





Je sors avec ma chienne afin que pattes et jambes se dégourdissent.  D. est une quadragénaire et n’a jamais eu de compagnon. Elle est donc un mélange d’agressivité et de déprimes, par moments. A deux cents mètres de notre maison, on croise un chien errant, un mâle visiblement, très en colère lui-même. D. est un berger de Beauce, puissante et rapidement aux aguets.

Zut, me dis-je, ça va aboyer ! Et commence un concert d’aboiements stridents et une guerre prometteuse. 

D. voulait se battre et le chien errant ne se laissait pas impressionner. Je ne la maîtrisais plus. Question d’hormones. Elle tirait sur la laisse et perdait de plus en plus sa capacité d’écoute. Ils étaient à moins d’un mètre l’un de l’autre et D. rugissait comme jamais. Il devait lui rappeler sa condition de chienne délaissée.

Elle bondit sur lui tous crocs dehors et je me retrouvai par terre de tout mon long dans cette rixe canine dangereuse. Quand ils me virent au sol, l’errant s’enfuit à toutes pattes et D. vint se coucher à plat ventre, tout à côté de moi, le regard tout penaud.

Comme une éclopée, je me relevai douloureusement, me dirigeai vers notre porte d’entrée. Ma benjamine était déjà devant notre entrée, elle avait entendu tout le boucan et comprit que cela n’allait pas. Je jurai mes grands dieux qu’elle ne mettrait plus les pattes dehors.
Cela fait bientôt dix jours que je traîne des bleus devenus vert jaune. Je continue quand même mes séances de yoga, en grimaçant certes, mais dans l’ignorance volontaire de toutes mes ecchymoses et de mes contusions.

Ah les chiennes non honorées !

Et depuis, je regarde sans conviction mais avec une nécessité certaine du côté du chien de mon amie d’en face, qui avait, à un moment, exprimé un vrai désir de rapprochement et d’union et que j’avais complètement découragé. C’est que pour D. comme pour moi d’ailleurs, je suis d’une rare exigence, du moins sur le plan intellectuel, et que le fameux Jo me paraissait un peu bêta à regarder tous les passants souvent sans réaction autre que de saliver du haut de sa terrasse outre sa trop grande taille qui ne me semblait pas convenir à l’anatomie et à l’allure générale élégantissime de ma chienne.








samedi 9 mars 2019

Citoyens !


Le 5 mars, 9h, à l’hôtel El Mechtel, le Collectif des initiatives citoyennes Ncherek fait sa sortie médiatique. Des hommes et des femmes, des personnalités publiques, quelques jeunes, majoritairement des déçus des partis politiques, de leurs discours pompeux, mensongers et de leurs démarches séductrices racoleuses en heures propices.

L’idée est moderne, innovante dans le paysage politique tunisien. Se regrouper entre indépendants, engagés, personnalités notoires, société civile, citoyens, patriotes pour prendre part à la vie politique, s’impliquer donc et proposer des listes indépendantes au moment des élections. Un collectif progressiste qui se donne pour mission première de lutter contre la corruption, la fraude, le terrorisme, l’extrémisme, le commerce parallèle  … Une charte politique, économique, sociale, culturelle rédigée.

Des intervenants nombreux prirent la parole, des questions, des réponses.
Présence toute remarquée d’associations d’handicapés et de personnes à besoins spécifiques.
Une très bonne organisation malgré des fonds quasi inexistants, la présence d’une interprète en langue des signes.

Les jeunes étaient fortement minoritaires pourtant le seul à avoir pris la parole a fait montre d’une vraie conscience politique, d’une belle détermination. Il a aussi fait observer l’importance d’impliquer les réseaux sociaux, les réseaux d’influence dans l’élargissement des sympathisants Ncherek avec instagram, tumblr, fb …

Dans l’assistance, certains intervenants ont opté pour l’évocation d’un parcours personnel, d’autres ont remis à l’ordre du jour tous les dysfonctionnements du pays pour dire l’urgence de l’activisme. D'autres encore ont ressassé un passé problématique que tout le monde a à l’esprit.

Le discours alarmiste est à bannir selon un assistant, il faut regarder l’avenir positivement et mettre du jeunisme - dans le sens mélioratif du terme - aussi bien parmi les sympathisants du Collectif que dans le discours.

Si la présence des Séniors est importante, si leur notoriété de patriotes et de fins limiers, de caciques de la politique est enrichissante, leurs expériences riches de connaissances, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, en Tunisie, un souffle nouveau doit impérativement exister, un discours novateur, sûr, positif, rassembleur, frais et dynamique doit pouvoir plaire mais surtout convaincre. L’idée d’un collectif est assez moderne et il faudra l’habiller d’atours adéquats.

Il est également urgent, aujourd'hui, d’éviter toute ressemblance avec les partis qui se sont mis à nu, que l’on sait être un magma de tout et de n’importe quoi, que l’on voit à la taille exacte du RCD, monochrome et hurleur, que nous observons, depuis huit ans déjà, à se délecter de la naïveté de certains d’entre nous ou de ce qu’ils croient être de la naïveté, des conditions matérielles et sociales extrêmement difficiles des plus fragiles d’entre nous et des moins couverts qu’ils pensent pouvoir enrôler à coup de confiseries. On voit d’autres encore retranchés derrière un discours qui remonte à la révolution bolchevique, engoncés dans une idéologie désuète et anachronique.

Ressembler à ceux-là est au-delà du danger, c’est de l’écœurement et de l’absentéisme-abstentionnisme avec toutes ses conséquences désastreuses.

L’heure est à l’entente, à l’échange réel et pragmatique et aux actions-phares, au dépassement de soi parce que les égos sont à éliminer du revers de la main, à la parole juste et vraie, à l’esprit d'entrepreneuriat, à l’indépassable implication des jeunes.


Je viens de découvrir Mouwatinoun qui est aussi un collectif mais tout récent selon ce que j’ai compris, rassembleur, à la démarche participative, au discours teinté de positivisme selon un adhérent. L’intérêt c’est de faire que ces collectifs fusionnent, revoient leurs plates-formes, la réajustent, accordent leur son de cloche, c’est au-delà de l’intérêt, c’est impératif. Il y va de leurs existences mais aussi de l’intérêt du pays.





mercredi 6 février 2019

L'identité est aussi une affaire d'eau








Le principe même de l’Existence est le dynamisme, le changement, le cycle de la vie et de la mort, le recommencement, l’Éternel recommencement.

Et puis il y a ces voix chevrotantes qui appellent à la résurgence du passé. Le passé, notre terreau, notre histoire, notre identité – à l’époque des déplacés, des réfugiés, des réfugiés climatiques bientôt.

Le passé est passé et si des pans persistent enrichissons notre présent avec eux. Le passé n’a d’intérêt qu’à travers notre regard, c'est-à-dire notre présent. Notre lecture aussi. Une lecture fouillée, curieuse, scientifique, outillée, comparative.

Quels sens donner à notre terreau-terroir, notre histoire, notre identité ? Sur le plan ontologique tout particulièrement ?

Je suis né en ce point géographique d’une façon totalement arbitraire. En ai-je fait le choix ? Etait-ce mon programme ? Ai-je choisi mes géniteurs, ma couleur de peau, ma langue, ma croyance, ma culture ?

L’histoire de ce point géographique où je suis né est mienne mais l’ai-je voulue ? Y ai-je contribué ? Ou dois-je l’adopter les yeux fermés ? Puis-je exercer ma liberté de lire, d’émettre un avis, d’analyser, de contester ?

Qu’est-ce l’identité ? Mon pays, mon nom, ma couleur ? Et si le manque d’eau m’oblige à migrer ? Si j’émets le désir de changer de nom ou d’adopter celui de ma grand-mère que j’aimais plus que tout au monde ? Et si mon union avec celle que j’aime et dont la couleur diffère de la mienne nous donne une progéniture différenciée, quelle sera ma race ? La mienne ou celle de mon enfant ?

Selon d’éminents spécialistes, les prochaines guerres se feront autour de l’eau. Allez parler d’identité à ce moment-là.

L’identité est un concept dangereux et creux. Nous sommes tous des êtres humains venus au monde selon les lois du pur hasard. Le reste est juste notre capacité à nous adapter. Pour survivre, on ne fait pas la fine bouche. Les Syriens qui vivent à Paris en ce moment seront les Français des prochaines décennies. Le statu quo des frontières est juste un repérage plutôt pratique, nous en convenons. Mais l’Histoire est précisément la preuve que le tissu identitaire est fait de mille mailles. Emmailler-démailler est le principe même de la composition des sociétés humaines. 
Criez donc à la race pure dans un sursaut de moi hypertrophié ou de surmoi sublimé selon la formule consacrée.


Les conservateurs portent des œillères, leur champ de vision est restreint, ils sont nerveux et obstinés. Ils trépignent, font du surplace. On ne refait pas le monde avec de l’immobilisme, du statique, des tabous, de la morale étriquée, des idées répétées et « indécrottables ».

Le mouvement est inscrit dans la nature, en nous. Il est le principe même de l’Existence. Où sont nos géniteurs, notre terre, notre enfance, nos dents de lait, nos souvenirs mêmes ?

En quoi vouloir ramener le passé peut-il nous aider à avancer ? Quelle est déjà la valeur du passé ? Un tremplin, un enseignement, des réussites, des échecs, des leçons.

Conserver les vestiges du passé est une entreprise à visée didactique. Parce que tout est porteur de sens. Ce sont des traces de significations antérieures qui peuvent toujours se rapprocher de celles du présent. Parce que de tout temps, l’impératif de l’Existant a été et est de se conserver.

Avançons avec une connaissance du passé, accédons à d’autres paliers, conservons les étages inférieurs et entretenons-les, étudions-les, connaissons-nous tous les jours un peu plus, mais que la direction soit devant.

Et quoi qu’on donne comme sens au terreau-terroir, à l’histoire, à l’identité, préparez-vous à vous déplacer les jours de grosses pluies, les soirs de tremblements de terre, les temps futurs et proches d’épuisement des sources, pour ne citer que les manifestations naturelles et préparez-vous à changer de route, de nom et d’histoire.

Parce que c’est là précisément que se trouve la vraie signification de l’Histoire.





dimanche 3 février 2019

Vision patriotique du Dr Chafik Chelly



                                                                 




Cher Dr Chafik Chelly,

Votre réponse m’a beaucoup émue, elle est belle d’intelligence et d’esprit d’ouverture au dialogue et à la liberté d’être et de dire. C’est rare par ici. Je veux dire dans le monde arabe d’une façon générale bien que l’on parle souvent de l’exception tunisienne. Oui, peut-être, un peu, avec vous en tout cas, dans cette réflexion.

Vous transcendez votre personne, ce qui ne doit pas être très aisé, pour avancer la possibilité d’une "envie de pardon". Du moins suite à nos échanges. C’est, m’est avis, la définition même de l’Histoire. Il n’y a que l’intelligence et le recul qui autorisent cela.

L’Humanisme, le vôtre, le mien je crois – c’est du moins mon objectif le plus fondamental – est la plus grande des richesses. Une vraie perspicacité et une sagesse tranquille. J’essaye, pour ma part, de l’adopter dans toutes mes recherches comme unique démarche afin de garder un regard juste : un vrai travail d’équilibriste mais aussi une satisfaction personnelle.

Les politiques, ces ambitieux quelquefois patriotes, sont des jongleurs, des égotistes aussi, c’est évident. Des metteurs en scène de leur moi personnel. Il arrive dans le meilleur des cas que leur désir de scène amplifie l’amour de leur patrie et que, soit d’eux-mêmes ou de conseillers oubliés fréquemment par l’Histoire, un programme de réparation sociale, économique ou politique suive. Sachant que c’est inégal et qu’un aspect peut être au-dessus de l’autre ; comme il est possible d’omettre peu ou prou un des trois. Tous des fondamentaux pourtant.

La politique est ce que vous avez dit, elle l’est crûment. Sauf pour les Inconscients. Elle est ruse, palabre, déblatération, remplissage, mensonges éhontés, persuasion fallacieuse … et bien plus cruel que cela.

Et, je le pense, l’opposant vrai et coriace est l’humaniste. Et je le sais, nous le savons, le fonds de commerce du politique est l’Inconscient, aubaine électorale. 
Ils pullulent en ce moment, dans tous les sens.


Si Chafik, l’Histoire de la Tunisie n’a pas commencé en 1957, ni en 1987, ni en 2011. Elle est bien plus vieille que cela. Sauf que le Tunisien manque encore de rigueur scientifique, historique et surtout psychologique. Elle n’a pas commencé non plus en 1574. Notre pays a vu passer plusieurs colons, les Capsiens, les Puniques, les Vandales, les Arabes, les Espagnols, l’Empire ottoman, les Français.

Ai-je omis quelques-uns ?

Et les colons d’aujourd’hui aussi, trop diffus pour l’heure. Toute colonisation a son faire, sa démarche, ses slogans, sa propagande, ses soumis, ses récalcitrants, ses fantassins, ses traîtres, ses hommes de main, ses tueurs à gages …

Aujourd’hui, ses pages sur les réseaux sociaux, ses pirates, ses hackers … Les avancées servent et desservent.

Bourguiba a été un dictateur mais un dictateur éclairé et, pour ma part, Mathilde Lorrain y a contribué. Mais l’Histoire en parle peu. Société patriarcale et statut de femme obligent.

Je pense que les deux prouesses de Bourguiba ont été l’imposition de l’école pour tous et la libération de la femme, même si certains « crient » à son instrumentalisation; pas à cette époque-là.

Sa période phare 55-75. Ses talons d’Achille : le despotisme, le culte de la personnalité, l’entourage véreux de la fin de règne mais il était déjà sénile. Bien sûr, la présidence à vie. Bourguiba n’a pas accepté l’idée de l’alternance du pouvoir à une époque où il y avait un vrai souffle patriotique, pas mal d’hommes forts et une poignées de femmes. Cela a été le cas de presque tous les pays anciennement colonisés à l’exception du Sénégal, Senghor et la passation à Diouf. Si je ne m’abuse.

Le culte de la personnalité. Le Chef, le Combattant, le Leader, le Père … La Grosse Imposture. Depuis des temps immémoriaux. Le Mensonge et l’Epopée. On a besoin de Croire.

Mentir, endoctriner empêchent-t-ils d’œuvrer ? Assurément non. Bourguiba a fait de grandes réalisations mais les derniers temps ont été honteux – Regardons Bouteflika aujourd’hui, c’est comme si l’Algérien était un demeuré.

Ben Ali a fait construire des routes et des échangeurs. Sur le plan de la structure citoyenne, il a été au-delà de nul. Le Vivre correct, El Aich El Karim, La Joie des jeunes Tunisiens ( l'affreux Farhet chebeb Tounès ) et la voiture populaire, le bac à moins 25 pour cent et les spéculations de toutes sortes. Et tout le reste, la mafia, l’obscénité, la répression …

La République est malmenée, bien sûr c’est le cours de l’Histoire mais c’est aussi l’action des hommes. Agir. Un verbe qui n’a toujours pas son sens véritable dans notre pays. 

Il m’arrive beaucoup de réfléchir et quelquefois je me dis que même aux EU, la supposée plus grande démocratie du monde, arrivé à mi-mandat, un président ne fait quasiment plus rien à part assurer la relève à son camp. Deux ans en politique c’est à peu près une après-midi chez Monsieur tout le monde. C'est-à-dire RIEN. Maintenant en Occident, il y a un feedback, on est mis sur la sellette, c’est un vrai métier. D’ordinaire, du moins.

Cher Si Chafik, vous m’écriviez que les derniers beys étaient tous destouriens ou presque tous destouriens, c’était louable mais c’était en même temps un signe de distance vis-à-vis de la politique de terrain. C’était l’émergence d’une classe de politiciens de l’extérieur du sérail et c’était précisément l’erreur. Même si pour ma part c’était le cours de l’Histoire essentiellement.

Cela prouvait deux faits. 

1. Les Beys ne régnaient plus qu’en devanture. 

2. Les commandes leur échappaient, la réalité ne leur était plus visible. 
Le lot de tout système politique qui a trop perduré. Voilà pourquoi l’alternance du pouvoir est une exigence indépassable en République pour peu que les choses ne deviennent pas uniquement affaire de fonds.

Il est impératif également que le politique sache aujourd’hui qu’il est un commis de l'Etat chargé d’améliorer le secteur dont il a la charge, qu’il est payé par le contribuable, que ces « privilégiés de la République » reviennent trop cher à la communauté et qu’il est donc plus qu’urgent de réduire leurs avantages.

Cher Docteur Chelly, vous qui êtes un spécialiste de la vue, de la justesse visuelle la plus approchante de ce qui Est, que vous demandiez à nos compatriotes d’apprendre à réfléchir par eux-mêmes, « d’apprendre à douter », en cette période où on essaye de les tromper par tous les moyens et surtout par les plus irrationnels afin de cultiver cette pâte à modeler Inconsciente à souhait et à desseins surtout, que vous leur demandiez de faire preuve de conscience politique est en lui-même un geste hautement citoyen.

Je vous en remercie pour eux, nos Compatriotes.

Oui une réconciliation vraie, un rigoureux travail d’Histoire, aujourd’hui que la parole est libre. Et aussi une implication politique effective afin de ne pas être considéré comme un beau vestige du passé. Nous tous, Tunisiens de qualité, oui de qualité intellectuelle, nous devrions nous unir, participer, tonner, prendre part, revendiquer, proposer, nous retrousser les manches, INNOVER, pour ce pays qui est le nôtre, qui est aujourd’hui une proie pour des colons sans nom pour l’heure mais dont le projet n’est pas tunisien, n’est pas civil mais liberticide et « pan dogmatique ». Nous la société civile.

Que l’enfant du fin fond de Gafsa ou de Tataouine puisse aller à l’école, s’exercer sur le terrain de sport, lire en bibliothèque et prendre la parole en cours de philo.

Peu importe la tendance politique, même si pour ma part, je demeurerai une républicaine pur jus pour une raison tout simplement humaniste : non aux castes, à l’esprit de caste. Oui à l’intelligence personnelle, à l’effort méritoire, au titre arraché avec son labeur propre, à la détermination, au souffle long.

Cher Si Chelly, je suis quant à moi positive, je reste déterminée à agir à partir de mon petit moi, l’Histoire sera continuité, il lui faudra encore du temps. Elle ne peut être caprice parce qu’il y a des personnes qui pensent, qui s’interrogent comme vous, comme d’autres Concitoyens et Concitoyennes, qui exigent, qui proposent …

Faire est le seul verbe qui vaille et de vous lire écrire « une envie de pardon » est une preuve irréfutable de votre attachement à ce petit bout de pays qui est le vôtre, le nôtre et le leur : tous les Tunisiens.

Merci de cet échange si riche d’Histoire mais surtout d’à-venir.

Bien à vous, avec toute ma haute estime Docteur.