I.
Ma Divine est à l’autre bout de la terre et j’ai comme un petit trou dans le cœur. Il m’arrive aussi dans l’eau de mer de noyer quelques larmes. Et quand je remonte à la surface, je souris. La Bleue a cet immense avantage de savoir tout absorber.
- Maman, je suis dans le futur ! Arrête s’il te plaît, m’écrit-elle.
Le Japon, le Vietnam, la Corée … depuis déjà quelque temps.
- Tu sais, au final, la Terre n’est pas si vaste que ça !
Des mois de travail de son conjoint, mon fils de cœur, et des déambulations de son côté. Elle, la pédagogue et l’immense artiste, aux doigts à assurer. Se laisser vivre.
La nature, les sentiers, les monts, les chevaux, les traits esquissés et les carnets de dessin, les nonagénaires français et suisses au rouge à lèvres admirable qui l’adorent et auxquels elle sourit, auxquels elle apporte sa grâce et sa sensibilité généreuse.
Elle vit. Pleinement.
Je communique par écrit avec elle, longuement. Pas avec son conjoint, du moins pas sur les questions épineuses. Parce qu’avec elle, il ne peut y avoir d’oubli.
Avec lui, il y aura toujours de la tendresse parce qu’il aime Divine et que, dans le salon de la maison du cheval aux yeux langoureux, en janvier dernier, l’atmosphère était tissée d’amour pudique. Un Homme. Je privilégie donc la tendresse et je ne veux pas d’oubli.
Des réponses avec des émojis et de vrais compliments sur ses talents de photographe et de constructeur
Divine se reproduira-t-elle ?
- Le patriarcat t’a eue Maman !
Euh … Indomptable, insoumise, puissante, fort empathique et tellement vulnérable dans sa puissance … La Mama.
Le patriarcat, jamais. L’amour du père, oui.
- Pondre des enfants, ce n’est pas trop notre dada à nous, les millénials …
L’expérience de porter un enfant, de le faire venir au monde, de l’accompagner, de l’instruire et de l’éduquer, de le nourrir d’amour est absolument divine. Du temps, des dons, des mots et des mains énergétiques, des nerfs à vif et de l’épuisement. Et puis, surtout, cette sublimissime douleur jusqu’à la déchirure, épisiotomie de sa chair, consentie par désir de prendre part à la Création.
Quant la milléniale me donne du répit, la GenZ rétorque : la figure de l’anti-amoureuse est puissance et est réaction pure au formatage de la femme.
L’Homme de ma vie lui, n’obéit qu’aux sons rationnels de sa tête, de ses neurones lumineux et fort complexes. La partie ne se tient plus. Il y a trop de soleil et c’est épuisant …
Qu’ai-je fait à la Vie ? Pourquoi leur avions-nous inoculé la passion des mots, des lignes et des combinaisons signifiantes ?
Pour l’instant, il n’y a pas trop de risque de développer des carences et des bleus de la psyché : seule, Lena est mère au second degré … Et puis, purée, je suis jeune encore !
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