20 & 22 février 2026
Carthage, cabinet de Cp et Pnl
I.
Quand elle franchit le seuil du cabinet, la psychologue vit tout de suite sur son visage quelque chose de radieux, une lumière nouvelle, comme un transport … Elle était presque transfigurée.
- Tout semble aller pour le mieux, chère Madame.
- Oui, peut-être. Certaines choses se mettent en place. Je communique mieux avec les miens.
- Bonne nouvelle. Je vous écoute.
- J’ai toujours eu une vraie disposition au bonheur et d’ailleurs, c’est la question à poser au partenaire de sa vie. Je veux dire, le bon, le vrai, l’élu. Tôt, très tôt.
- Vous l’aviez fait ?
- Non, puisque je suis chez vous.
- Vous êtes chez moi, aujourd’hui.
- Mais j’interroge encore ma vie.
- Dans quel but ?
- Aucun.
- Peine perdue, non ?
- Oui, assurément. C’est mon esprit. Il m’échappe souvent et vagabonde. J’ai pu m’exprimer, il y a peu et le bien que cela m’a fait ! J’ai vécu, jeune, un amour contrarié. Avec une personne exceptionnelle, mais qui avait de vieux démons indécrottables. Je ne savais pas. De l’extérieur, c’était rassurant.
- C’est derrière.
- C’est difficile d’interroger sa vie.
- Oui, c’est ardu. Mais mettez plutôt votre énergie à avancer. À concevoir autre chose. Pour vous, cette fois-ci.
II.
- Mais qui sommes-nous ? La question s’impose et se pose !
- Des vers de terre hautement améliorés.
- Mais ce n’est pas une réponse sérieuse, voyons !
- C’est la vérité.
- Nous sommes bien venus de quelque chose ?
- Oui, du fonctionnement de la Vie sur terre.
- Une sorte de mécanisme ?
- Je crois. Un fonctionnement spontané et naturel. Une énergie. Sans le mythe ancien du maître du bien et du mal. Une matière en perpétuelle transformation.
- Et après ?
- Je ne sais pas. Cela ne m’intéresse pas. J’ai mon vécu à gérer. Après, ce sera la machine broyante.
- Et l’utilité de votre vécu alors ?
- Construire et léguer. Un legs en perpétuelle construction. Et à la base le respect, l’honnêteté et l’élévation vers le meilleur pour les êtres humains. La santé, l’équilibre et le rayonnement dans les réalisations.
- Et vous faites quoi de la part sombre de l’homme ?
- Je la transforme du mieux que je peux. J'agis dessus, au quotidien.
- Difficile.
- Ce n’est pas faux. Mais cela vaut l’entreprise.
III.
« J’ai toujours haï la soumission. Toujours. Et c’est difficile. Parce que les hommes trouvent leur confort dans les schémas classiques et conformistes. Ils aiment Le Même.
Ce n’est pas moi qui ai inventé les schémas monochromes et répétitifs. Ce n’est pas moi qui ai inventé le suivisme irréfléchi et les moutons de Panurge.
C’est même précisément l’inverse. Je place la réflexion en amont de tout et j’exige la conviction intime. En réalité, je construis les conditions sine qua non pour y arriver. Sans cela, rien n’est possible.
Les êtres humains sont égaux, libres, munis d’organes réflexifs : matière grise, sensibilité et volonté. Et pour les besoins de domination, on les a de tout temps asservis, dirigés, écrasés, dans le seul but de les mener fortement. La peur a été utilisée à outrance parce qu’elle fait des miracles en matière d’aveuglement spirituel et ses résultats sont nets : la cécité et l’abandon.
Je me souviens de cette personne qui me dit être anticonformiste, elle, qui se noie dans un conformisme de rigueur, absolument insensé.
Je me souviens de cette autre qui se vêt des oripeaux de la pensée figée parce qu’elle la rassurait et lui donnait aussi des airs de classicisme respectable - vu ainsi du moins - dans son carré vidé de tout dynamisme spirituel.
Je me souviens de cette autre, encore, qui n’était libre que loin des classiques qu’elle disait détester. Au milieu d’eux, elle n’était qu’amen et oui-ouisme et béni-oui-ouisme. Un être double, hybride, pour mieux rouler, disait-elle. L’affaire d’une heure !
C’est inconfortable de donner le change et, aujourd’hui, à plus de 78 ans, je refuse de me travestir. Voilà pourquoi, vivre au milieu de ceux-là qui parlent une langue autre que la mienne, qui ont des traditions de différence, est reposant. Je souris, je déambule et quelquefois, je vous écris. Je ne partage pas et je reste libre.
Les mots sont importants, ils libèrent et apaisent. Ils allègent et rassérènent. Les mots sont faits pour sortir à la lumière, rivaliser avec elle et pour séparer le bon grain de l’ivraie - même si cette expression est à la base parabolique et donc destinée à rassembler dogmatiquement …
Et d’ailleurs, pourquoi les hommes ont-ils toujours voulu « grouper », tenir, diriger et faire taire ? Une logique de guerre, on dirait. « Rassembler » ici et contrer là-bas ?
Je n’ai plus le temps pour les observer, leur faire prendre conscience, trouer le voile obscurcissant et les ramener à un esprit clair et dynamique. D’autres le feront.
Voilà, je voulais mettre des mots, me délester du chagrin des êtres en perdition de leur libre-arbitre, des êtres en cessation de gymnastique spirituelle. Vous le savez très bien, c’est confortable de mettre sa vie dans les mains des autres, mais ô combien c’est lâche et irresponsable. »




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