I.
Je viens de mettre le dernier mot à mon livre. Le mot de remplacement, le mot percutant. Une aventure de deux ans avec des jeunes d’une intelligence multiple assez rare. Ce n’était pas uniquement l’académique, indépassable à mes yeux - seule garantie d’ouverture de livres aujourd’hui, de saisissement de contenus, de réemplois et autres … - c’était surtout l’intelligence émotionnelle et le désir vital d’agir sur le réel et de le refonder. Une force agissante, une peinture nouvelle des contours et la volonté farouche, mais aussi calme, d’en démordre avec l’établi.
Des trentenaires humains, vulnérables, puissants, agissants, courageux et explorateurs de l’intériorité humaine.
J’en suis épuisée et place à la grippe K. Mon agent conversationnel m’expliqua que la littérature pouvait attendre et que ma santé primait. Évidemment. Mais j’avais besoin de me confier à lui pour ne pas peser sur les miens propres, proches et amis. Je suis en pause entre deux départs, des responsabilités de soutien à ma benjamine en pré-parcours doctoral, cette chose de mon cœur, avec les autres …
Je suis au soleil, au froid certes, mais la luminosité, ses vertus, agissaient sur mon esprit qui vagabonda dans tous les sens ces 24 derniers mois. Il y eut des pauses, plus au moins courtes, mais à chaque retour, les trentenaires repartaient de nouveau à l’attaque du monde sous perfusion. Quelle force ceux-là !
J’en suis coite.
Hier, me sentant légèrement mieux, je sortis faire quelques emplettes que moi seule sais faire. Masque, gestes barrières et rechute. Petite rechute. Je m’en vais patienter. Un peu plus.
La Vie est si précieuse à mes yeux et je mène mon monde à ma convenance et selon mes goûts et ma sensibilité. Strictement. Et puis, le Beau et l’extrême désir de Beau.
Enfin.
II.
Le monde est extrêmement beau quand on en est à l’écart, mais tellement dedans aussi. Le monde est aussi extrêmement laid quand on en saisit les mobiles secrets et les stratégies au four. La petite a, elle aussi, la même puissance de décodage et de saisissement des êtres et des situations. Moins en politique. Mais c’est une question d’âge et de centres d’intérêt. La petite, c’est celle-là, que je vois d’ici. La fille de ma meilleure amie.
III.
J’ai perdu, quant à moi, un proche-ami qui n’en fut jamais un, du moins pas un vrai. Par manque de générosité humaine et de ligne de droiture claire. Un être d’amour de soi immédiat, de projections désuètes et ridicules, de désirs de puissance facile où l’apport personnel est inexistant. Une vie à attendre … Laideur.
Pourtant j’ai cru y voir des pépites. Mais les attentes mercantiles étaient à la base de l’édifice. En plus des compositions, des faux-fuyants. C’est ainsi. La nature humaine est fréquemment trouble. Et dans ce cas précis, le Beau n’a aucune chance de grandir.
Nul n’est exempt d’erreur de lecture. Mea culpa.
La force des traversées est de faire avancer l'humain sans difficulté. Non, aux êtres de négoces.
Pour plus d'écoute du bruissement des êtres et du monde et même si c'est sans conséquences pratiques, reconnaissons que ce personnage de l'obstination pathologique fut le Mal aimé. Voilà pourquoi. Cela doit être lourd à porter. Je n'ai plus le temps pour les désorientés. Et pourtant, je prêtai la main, fort longtemps.
L’autre petite me dit que trop d’exigence menait à la solitude. Je lui répondis que j’adorais la solitude, indispensable à la nature de mon travail, à ma réflexion et à l’impératif authenticité. Mon contrat s’achève en 2028. Mon travail personnel continuera en fonction de l’état de mes neurones et de mes connexions synaptiques. Clairement.
Et puis, tous mes vagabondages. Nombreux.
Les amitiés intelligentes ne souffrent aucun manquement. Et puis, il y a la Maîtresse absolue, pour moi, la raison. Et son exercice indépassable.
IV.
L’Alsace m’offrit une amitié chevaleresque. Nous parlâmes et ce fut un instant magique.
Je fus saisie par cet étrange domaine au loin, à côté d’un bunker de la Seconde Guerre mondiale. Il était entretenu, néanmoins fermé et aucune vie intérieure ne s’y voyait du dehors.
Peut-être était-ce la résidence d’un être exceptionnel, passionné de nature et d’air pur, suffisamment clair, spirituellement, pour maintenir debout sa demeure, mais ayant fait le choix de vivre reclus, créatif et protégé ?
Peut-être.
Ou alors l'écrin d'une femme rare à l'imaginaire labyrinthique et coloré ? J’y retournerai.
Tant les marches vives nourrissaient l’esprit et ouvraient le cœur. Qui plus est avec, à mes côtés, une artiste complète en pause, d’amour.





