mercredi 28 décembre 2011

De grâce, M.le Ministre, pesez vos mots !


Tarek Dhiab n’a pas de niveau d’instruction. C’est un fait. Il n’est pas le seul à n’avoir pas eu la chance de faire des études poussées. Des milliers sont dans sa situation sauf qu’eux n’ont pas eu sa carrière de grand footballeur. Se moquer de la personne privée Tarek Dhiab ou de n’importe quelle personne en raison précisément de son niveau d’instruction, hors champ politique et responsabilité sociale,  ne mène à rien et est fortement méprisant. L'argument purement ad hominem n'ayant aucune valeur persuasive.
Maintenant contester qu’un ministre le devienne avec peu de diplômes ou zéro diplôme c’est tout autre chose. Mais le plus grave est ailleurs. M.Tarek Dhiab est ministre de la jeunesse et du sport et qu’il tonne à la T.V que ce n’est point racine carrée de 25 qui a fait de lui ce qu’il est devenu mais plutôt ses jambes est à mes yeux grave.
D’abord l’école restera le chemin le plus sûr pour espérer sortir de l’ignorance, le passage obligé pour espérer, dans des conditions relativement correctes, dégoter un emploi. Elle devrait être l’objectif premier, la route, ordinairement, la plus sûre dans la vie d’un jeune pour éviter oisiveté et corruption. On ne peut pas tenir des propos aussi légers en tant qu’homme et à plus forte raison quand on est ministre de la jeunesse. Autrement, on propose du rêve aux jeunes et une déconnexion de la réalité. Tous ne deviendront pas des Maradonna. Les Maradonna, dans le monde, sont au nombre de trois ou quatre. En rêver est une perte de temps. Alors de grâce M. Le Ministre pesez vos mots !

dimanche 18 décembre 2011

Politique et légitimité


Il faut peut-être s’attarder un peu plus sur le grand merci à M. Béji Caïd Essebssi. L’homme politique par excellence dans le parler et le faire. La transition a marché, les institutions ne se sont pas effondrées et le Tunisien a respecté un homme digne de respect. Preuve que le besoin de références reste intact. Preuve aussi que la légitimité historique reste légitime. Et BCE n’a eu de cesse de tonner sa filiation à Bourguiba et sa fierté d’avoir participé à la construction de la jeune République tunisienne.

Oui, légitimité historique d’un acteur de la libération et d’un bâtisseur de la jeune Tunisie auquel on a fait appel pour éviter la banqueroute du pays au lendemain du 14 janvier, quand peu de personnes politiques, avaient du crédit aux yeux des Tunisiens hors d’eux par la dictature et meurtris par la mort des leurs. Et quelle mort ! Bouazizi et d’autres qui ne vieilliront jamais. Redevables à jamais à ces régions de la Tunisie, Sidi Bouzid, Kasserine, Thala…pauvres et ignorées mais si valeureuses. De cette dimension quasi épique de l’Homme fort et rebelle qui meurt pour ne pas courber l’échine. Nous en profitons aujourd’hui, même si, pour beaucoup, les évènements de l’heure, sont contre toute attente.

Pour les laïcs pur jus qui ne sont pas obligatoirement, comme on veut le faire croire, des incroyants, politique et religion ne font pas bon ménage ensemble et les dissocier est obligatoire. Pour ces laïcs, qu’un parti religieux puisse être autorisé, qu’il instrumentalise la religion à des fins politiques et qu’il remporte les élections a été difficile à admettre. Et quelle victoire ! Partielle en réalité. Mais il a fallu, par espoir d’installer dans le pays des traditions démocratiques, l’admettre, la comprendre et lui faire comprendre le rôle qu’entend jouer l’opposition dans le pays. La nécessité démocratique a dit son mot.

Aujourd’hui, assemblée constituante, troïka, arrivée au pouvoir de Marzouki, gouvernement Jebali et sa pléthore de ministres, cassures et guerres intestines au sein des partis vainqueurs laissent voir un atelier politique bouillonnant, des alliances inattendues et peu compréhensibles idéologiquement, des renvois d’ascenseurs, un partage de l’autorité politique, des coups de gueule virulents…Le Tunisien suit de près, la presse est aux aguets et cela c’est le positif vrai de cette « révolution » du 14 janvier.

Le personnel politique de l’heure tire sa première légitimité du vote des Tunisiens, du moins ceux qui ont voté. Le parti vainqueur ajoute à cette légitimité celle des années de geôle. Le CPR et Ettakatol ont consolidé Ennahda contre des portefeuilles ministériels au reste d’y laisser des électeurs. Ils ont misé sur le court terme et des miettes de pouvoir.
Dans cet atelier politique, ouvert, en réalité, à des puissances financières étrangères qui ont dû débourser avant, durant et après les élections pour opérer bien des changements en Tunisie, pour faire accéder au pouvoir Ennahda, pour des intérêts personnels d’abord, et, pour une mainmise sur le pays mais aussi la région probablement, dans cet atelier politique donc, les donnes sont nouvelles pour le Tunisien, les références également, la personne politique est nouvelle.
BCE, durant la transition, a été accueilli dans le calme, puis la sympathie, enfin la confiance :  sa légitimité historique, son parcours personnel et son hostilité à l’égard du RCD lui ayant ouvert toutes les portes. Son grand âge a été vu comme un atout, son expérience politique comme une référence. Lui, le savait et il a brandi plus d’une fois la carte de la filiation bourguibienne. Aujourd’hui, la légitimité en politique est « pénitentiaire ». Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est qu’elle n’est plus liée à l’histoire coloniale, à la libération. L’ennemi n’est plus le colon, l’impérialiste, l’étranger. Cette légitimité n’a pas l’historicité nécessaire pour qu’elle soit admise de tous, elle est fraîche, jeune, nouvelle, entachée. Le recul et l’action politique des nouveaux gouvernants lui tailleront sa part et l’inscriront dans l’un des deux grands chapitres de l’Histoire. C’est, parce que, la légitimité en politique est importante que le nom d’Ahmed Mestiri, grand militant, a été proposé peu après le 23 octobre. L’homme est sobre et élégant : «  J’ai 86 ans. Je n’ai pas d’ambition présidentielle ou ministérielle ». Déjà du temps de Ben Ali, Mestiri avait refusé de se prêter à la « démocratie » de l’époque. Souhaitons que le mot démocratie ait retrouvé depuis sa signification. En tout cas, le peuple y veille.

samedi 17 décembre 2011

Histoire, mes Respects.


Quand la plume s’impose, l’encre coule et les ressentis suivent leurs voies.


Moncef B.Salem, un nom, nouveau, comme beaucoup d’autres. Une haute fonction attribuée - sur le mérite dit-on -  ministre de l’Enseignement supérieur dans le gouvernement Jebali. On attend de pouvoir jauger objectivement de l’apport de ce haut fonctionnaire.
Il reste que des questions se posent aujourd’hui : a-t-on le droit parce qu’on est Nahdaoui, parce que 1,5 million de votants ont choisi La Nahda, parce qu’on a aspiré à un portefeuille ministériel, parce qu’on l’a attendu et qu’il nous a été offert, a-t-on le droit de toucher à la mémoire du Tunisien ? A-t-on le droit de souiller les hauts personnages de notre Histoire ? De porter atteinte à la mémoire de Bourguiba ? 
Ou le travail de sape a-t-il déjà commencé ? Réécrire l’Histoire, l’ajuster à son tir, bannir et bénir… Quelque chose de 7-novembriste.
C’est compter sans la vigilance des Tunisiens libres et fiers de l’apport du Libérateur de la Tunisie. C’est également compter sans le rationalisme et l’esprit scientifique de nombreux historiens tunisiens soucieux de leur Histoire et de leur historicité. Bourguiba a été un Moderne, un Moderniste, son empreinte dans l’Histoire de la Tunisie est ineffaçable. Nous gardons en tête, tout particulièrement, le Bourguiba de la jeune République tunisienne, 1956-1970, homme d’Etat pétillant et avant-gardiste. Outre le fait que vouloir toucher à l’Histoire est un acte bête en soi, populiste dans le cas de figure, politique également, il traduit une facilité puérile et un irrespect de notre patrimoine et de notre être civilisationnel.
Non, Monsieur, on ne vous laissera pas dire en toute impunité ce qui vous passe par la tête ou ce que vous mijotiez. Bourguiba avait pour lui la légitimité du Combattant, du Libérateur, une légitimité historique, qui s’inscrit dans une époque où on s’autorisait colonie et bagne. Son action politique, plus tard, fera de la femme tunisienne un être libre, délivrée des attaches de l’esclavage et de l’ignorance. Nous sommes nombreux à nous revendiquer de l’envergure de Bourguiba.
Bourguiba, père du Modernisme, il y a des géants qu'il faut savoir ne pas approcher.

dimanche 6 novembre 2011

Wafi ou la médiodrité.


Pitoyable le Samir Wafi, discourtois, sournois, à la solde des gagnants et dans le sens du vent. Est-ce un journaliste ce journaleux, passé maître dans le qu’en-dira-t-on ? A vouloir piéger ses invités, leur couper la parole, les accuser, ne pas les écouter, les minimiser… ?
A-t-il seulement conscience de la petitesse de son attitude ? ANC a été égal à lui-même : élégant (intellectuellement), clair, posé et patient. Aucune commune mesure. Il dépassait de loin ce pseudo-journaliste qui fait dans le lèche-bottisme et la médisance. On l’a vu avec d’autres dans la complaisance et la servilité à peine masquée, à obéir aux ordres de son maître, propriétaire de la chaîne et autoritariste déchaîné sur la scène médiatico-politique depuis le 14 janvier. Le professionnalisme et la déontologie n’autorisent pas d’ordinaire un travail aussi médiocre. Et les journalistes provocateurs que l’on a pu voir, que l’on connaît en Occident principalement, c'est-à-dire dans les pays à tradition démocratique, sont des gens d’esprit, talentueux, qui savent manier la boutade et le calembour. Le S.Wafi a de la route à faire et de l’éducation à apprendre. Bravo à ANC d’avoir su jusqu’à la dernière minute lui inculquer quelques règles éthiques de base !

samedi 5 novembre 2011

Billets d'humeur 2, 3, 4, 5, 6...


Le résultat des élections a choqué beaucoup d’entre nous. Et puis il y a cette morosité et ces pluies diluviennes. Ce n’est pas tant un état d’âme, c’est la déroute et puis la chute de moments forts, intenses de convictions. Le peuple tunisien ! On y a cru et on continue d’y croire en dépit de la déception transformée en un second temps en réalisme obligé.
Des moments forts de liberté ivre, le soulagement du NON contestataire. On n’avait jamais vécu cela. Le peuple exception, la Tunisie unique. Et puis la victoire des islamistes et la honte du doigt bleu. Une vraie honte et un doigt laid au point que l’on se sente vidé de l’intérieur. La femme tunisienne libre ne s’est jamais sentie menacée. Elle a porté sa liberté comme une prétention due. Fierté et arrogance quand il le fallait. Certains pères libres ont largement contribué à cela. Et on leur sera à jamais redevables. D’où par ailleurs l’obligation du combat.

Qui l’eût cru ? La Tunisie se noie dans le conservatisme ? Il y a deux peuples : celui qui revendique une dignité et un mieux-être et celui qui s’en remet aux mains de Dieu. Ce n’est pas le même son de cloche. Est-ce la cécité des démocrates ou est-ce la même pâte que ces deux-là ? C'est-à-dire qu’ils hurlent leurs insuffisances d’une même voix et avec force conviction et qu’au final ils se laissent récupérer par manque de capacité à continuer, à proposer et à construire ? L’Islam est la religion de tous en Tunisie ou presque. Il n’a jamais été menacé, ni contourné. Il ponctue nos vies et nos saisons. Et puis, quatorze siècles sont inébranlables. Alors neuf ou dix mois ! Faux problème. Et c’est là que les désillusions font encore plus mal. Les jeux sont faits, les dés sont jetés, tout est pipé. Alors le délire de grand peuple et de grand mouvement ! Plutôt l’effet pschitt et la déconfiture de se savoir sans liberté réelle et effective.

Les démocrates n’ont jamais considéré les islamistes. Ils les voient du haut de leurs convictions comme des petits qui s’agitent dans tous les sens, mus par leurs frustrations multiples. Or les petits ont grandi - sans maturation il faut le dire, ce qui fait d’eux des nerveux par ailleurs - ont été nourris de l’extérieur et sont aujourd’hui aux commandes, fort heureusement avec d’autres. Il y a comme un air de RCD, un fonctionnement obscur et souterrain soutenu bien entendu. Les Américains gèrent nos vies en réalité, les planifient sur la durée et pour cette fois, la balle est dans le camp islamiste, une façon de régler le problème en le regardant droit dans les yeux. Cela devrait rassurer à côté de faire enrager. Des garantis ont été données et de toute façon l’oubli des accords c’est le désormais célèbre « Dégage » spontanément orchestré ( ?!) dit-on, en catimini.

Nous n’avons jamais compris le voile, nous nous obligeons à comprendre. Mais rien n’y fit. Probablement parce que nous voyons la femme comme citoyenne et jamais autrement. Contrairement aux islamistes qui ne la voient que comme un sexe. Or le sexe relève du strict privé et c’est malsain de focaliser là-dessus. Aucun homme n’aura de l’ascendant sur nous, le mot de la fin sur nous et ceux que nous aimons et que nous choisissons nous sont chers précisément parce qu’ils voient en nous des êtres humains à part entière c'est-à-dire des êtres libres d’abord et avant tout, tant la définition de l’être réside d’abord dans sa liberté. Pour ce qui est du religieux et du rapport au divin, nous revendiquons haut et fort une intimité et la non intrusion de qui que ce soit, quelle que soit la longueur de sa barbe puisque le degré de piété se mesure à cela.

Au plus près du personnel une femme dont le grand-père était un Cheikh descendant d’une lignée de cheikhs, un nom synonyme de piété, de respectabilité. Il allait jusqu’à refuser des petits cadeaux de sa propre fille se disant que peut-être son époux n’en avait pas été avisé. Un dignitaire né aux confins du XIXème, inconditionnel du Prophète et admirateur de Bourguiba. Penseur, il poussait la réflexion fréquemment et avait du mal avec les notions de prédétermination, de prédestination et de destin. Il mettait en avant la conscience et le choix de l’Homme. De même, il prônait la discrétion dans l’application de la religion, l’intimité totale. Des cheikhs d’un autre temps. Ils furent les premiers à envoyer leurs filles à l’époque, faisant fi du qu’en-dira-t-on et des règles de bienséance en invoquant toujours les préceptes coraniques et l’importance du savoir. Que faire de ces personnes précieuses dans nos legs personnels, de leurs empreintes modernistes sur nous, de leurs principes d’intégrité et de respect de soi ? Les brader contre les cheikhs de pacotille qui instrumentalisent le religieux à des fins personnelles et par avidité de l’exercice politique ?

dimanche 30 octobre 2011

Billets d'humeur 1


Je veux bien concéder que Bourguiba en personnage public peut être critiqué, nous le critiquons nous-mêmes, nous aurions voulu le voir mettre la Tunisie qu’il a toujours voulue moderne au rang des pays démocratiques, qu’il fît confiance à son peuple…Un homme politique de la dimension de Bourguiba est une heureuse et rare  incidence de l’Histoire. Que Ghannouchi le critique, en parle négativement dérange fortement, déplaît. Aucune commune mesure. Certes, il y va de leurs rapports personnels. Mais Bourguiba reste Bourguiba et quoi qu’on lui reproche, il y a la profonde considération d’un Monsieur d’exception, d’un homme moderne et éclairé à une époque où les Arabes ne connaissaient pas la modernité. Nous pensons principalement au Monsieur au summum de son génie politique avant la vieillesse et la perte du discernement.

Demos cratos


Le jeu démocratique est dur mais il faut en accepter les conséquences. Les irrégularités ? Il y en a eues et la justice s’en occupera. Mais de là à remettre en question les résultats des élections sur tout le territoire et ailleurs…Difficile à avaler. Le peuple a choisi, c’est la dictature de la majorité. Difficile. Sauf qu’il y a une urgence : se relever et se faire entendre.

Il y a, malgré la victoire d’un parti avec lequel les progressistes ne partagent pas grand-chose, un bonheur : nous sommes sur le terrain de la démocratie. Le pays n’est pas à feu et à sang et ce n’est pas rien.

Les démocrates modernistes de tout genre ont échoué, échec variable bien entendu pour les uns et pour les autres. Cet échec s’explique par la victoire du camp adverse.
Comment donc comprendre et à quoi imputer la victoire d’Ennahda ?
Ennahda a été fortement réprimé sous Ben Ali, honni de toutes parts ou presque. Le parti utilise cette répression et se présente comme un parti-martyr en faisant prévaloir cette donne à une époque où El Moussemeh Karim cartonne, c'est-à-dire à une époque où le pathos a de beaux jours devant lui.
Un parti qui s’est propagé tout spontanément sur un regain de religiosité de forme - le voile et la barbe - plus que de fond alimenté depuis des années par les chaînes satellitaires.
Depuis le 14 janvier et l’arrêt de la répression, Ennahda n’a plus la corde au cou, le bâton au dos, un travail de terrain, de porte à porte quasiment a commencé très tôt. L’empathie avec la mouvance est assez rapide, populaire. L’utilisation des mosquées à des fins politiques a fait le reste.
Ennahda est un parti riche, un parti monnayé de l’extérieur mais aussi de l’intérieur grâce à la « zakât », une aumône destinée entre autres, dans le cadre de la responsabilité collective, à améliorer la vie sociale des musulmans. Valeur largement instrumentalisée.
Le parti est également soutenu par les puissances occidentales et notamment les Etats-Unis qui entendent ainsi le maîtriser en le plaçant au pouvoir et parce que le pragmatisme américain a décidé de prendre le taureau par les cornes afin de commencer le réglement de la question islamiste.
La victoire d’Ennahda est une revanche sur les 23 ans de dictature benaliste, d’emprisonnement, de sévices de tous genres. 23 ans d’abêtissement du peuple également, de dégradation du cursus scolaire et de la valeur des diplômes, de découragement de l’éveil et de l’esprit critiques.
Si le parti islamiste a tissé, en douce et sur la durée, un réseau social solide, s’il a continué à œuvrer, les progressistes, eux, ont chômé pendant des années. D’abord, leur discours leur a été très tôt pompé par Ben Ali, grand spécialiste de la récup’.
De même, sachant la répression exercée sur les islamistes, ils n’ont pas vu ou n’ont pas saisi les manifestations extérieures de la propagation de l’islamisme mettant souvent cela sur le compte du pouvoir démagogique des chaines de propagande.
Depuis la chute de Ben Ali et plus précisément depuis le mois de mai, les démocrates se sont démenés, ont occupé le terrain, ont fait valoir leurs valeurs, la peur au ventre et emplis d’appréhension, se sentant plus dans l’urgence de contrecarrer le projet nahdaoui que de rivaliser avec lui tant la menace - à ce moment-là - islamiste se faisait sentir. Sauf que neuf mois sont trop insuffisants pour faire face au géant Ennahda.
Par ailleurs, le discours progressiste - notre discours - a très souvent été élitiste au point d’être taxé de bourgeois – aucun rapport par ailleurs ! – ceci dans le meilleur des cas sinon de mécréant, point qui a été récupéré par nos opposants qui n’ont pas eu à gratter pour faire croire que démocrate équivaut à ennemi de Dieu.

Nous sommes à une époque très superficielle, benaliste à vrai dire et c’est précisément cette superficialité qui a formé nos jeunes. Un mélange de télé-réalité, d’émissions religieuses de charme où l’animateur racole à tour de bras en séduisant à travers un discours où l’humour tient une place de choix. Une époque où le besoin de religiosité se confond avec la superstition, la magie, les confréries ( les « sidi »), où une jeune sociologue ne saisit pas que les cérémonies de sacre des sidi untel ou untel, les « zerda » peuvent constituer un sujet de thèse intéressant tant les connaissances académiques sont coupées de l’expérimentation et de la réalité. Ennahda ne pouvait que proliférer en l’absence de toute opposition de proximité qui est, par ailleurs, et forcément, moins honnête que certaines nées après le 14 janvier (le PDM ), dans la cécité, reconnaissons-le aujourd’hui, opposition moderne, élargie, qui sut dépasser le simple leadership pour focaliser sur les principes de base mais qui ne mesura pas la longueur d’avance, l’impact et le matraquage des enfants égarés d’Ennahda ou du RCD. Nous pensons à ce mystérieux Hechmi Hamdi, docteur apprend-on, qui maîtrise l’art de la communication populiste : animateur, chanteur, bon samaritain, politique, qui tient à lui tout seul une chaîne de télévision qu’il active au four et au moulin.

Aujourd’hui, Ennahda l’emporte, c’est un fait. Les irrégularités, nombreuses, ne changeront pas la donne. Le peuple a exprimé son choix. C’est la douloureuse démocratie. Une douleur que nous nous devons d’accepter. Ennahda se trouve aux commandes d’un pays à genou économiquement et cela n’a rien d’une prière. Ennahda se trouve dans la ligne de mire de tous les observateurs de l’opposition et dans l’attente de la réalisation des innombrables souhaits du peuple tunisien, dans le dépassement de ses frustrations.
L’examen est très dur et il commence.

En outre, le problème islamiste que nous n’avons jamais voulu regarder dans les yeux aura été réglé, les « martyrs » d’hier sont les victorieux d’aujourd’hui grâce principalement à un rejet fulgurant de la dictature offert aux islamistes. Pourquoi le terme « révolte » ? En raison, de la fausseté qui découlera du choix du mot « révolution ».
La victoire des islamistes est une épée de Damoclès : des défis énormissimes, des attentes impossibles, des espoirs donnés démesurément, une inexpérience du terrain politique, une confiance certaine de la part des votants, des schismes intérieurs plus que probables, une ligne politique atrocement difficile : faire taire les durs, faire enrager les démocrates qui ne jurent plus que par la rue, relancer l’économie en promouvant le tourisme…La bourse a "crashé" pas plus tard que le 26 octobre…Tous les regards sont braqués sur Ennahda, de l’intérieur bien évidemment mais aussi de l’extérieur. On l'a entendu.
Les démocrates, eux, ont gagné une chose inestimable, une arme qu’ils se doivent de brandir tous les jours : la liberté d’expression. En effet, nous sommes en démocratie.