lundi 10 juillet 2023

Rendez-moi mes années, je vous rendrai vos jours, 3



Carthage, 10 juillet

Cabinet de coaching psychologique et Pnl


 
















-       Dites-moi, fit-elle, en souriant.

 

-       Vous noterez que je reviens toujours.

 

-       La parole est libératrice. 

 

-       Pas seulement chez vous. Ici, à Didon, à Carthage. 

 

-       La magnifique.

 

-     Oui, la sublime cité. Mais aucune beauté ne perdurera sans entretien, sans préservation de ses atouts. Et c’est un peu le chaos.

 

-       Un bien grand mot, je trouve.

 

-   Et pourtant. Que fait-on pour entretenir ? Pour sauvegarder ? Pour promouvoir ? C’est porteur Carthage, c’est immense et c’est aussi à couper le souffle. 

 

-       Vous cherchez une souffrance de plus ?

 

-       Non, je m’inquiète du sort de mon espace premier.

 

-       Vous marteliez que « l’identité est un concept creux ». 

 

-   Elle l’est toujours quand on va au fond des choses. Je suis d’ici, d’ailleurs et d’où je veux. Mon espace est celui dans lequel j’évolue le mieux. Pour cela, j’ai besoin de toutes les libertés. 

 

-    Beau discours, mais concrètement ce n’est pas possible. Vous avez besoin d’avoir une identité, des papiers personnels …

 

-       Et le « Et mon bureau ? » des réparties de Nina …

 

-       Pardon ?

 

-    Vous me parlez de papiers et moi j'évoque l'ailleurs. Ça m’a rappelé Rimbaud.

 

-       La vie n’est pas Rimbaud.

 

-       Pourtant Rimbaud a existé, existe encore et fait partie de la vie.

 

-       Un discours élitiste.

 

-       Et donc ? On doit tous être des Nina ?


 

Elle se tut. Ce n’était plus très professionnel. Elle s’était laissé aller. Il le vit. Il voit tout. 


 

-       Je pars ici et là et je reviens toujours.


 

Elle se taisait. 


 

-       Il y a du bonheur ici. Là-bas également. Et comment ! 

Ce qui est pauvre ici, c’est la liberté, elle est malmenée depuis fort longtemps. 

Elle a la corde au cou et on l’enserre. Ce n’est pas supportable. 

C’est exactement cela, ici, la liberté est bridée. Et donc, il n’y a pas assez de beau, d’art, de créa et de souffles porteurs. Voilà pourquoi, je déambule. Et je reviens. Et la liberté suffoque.

 

-       Pas tant que cela, permettez-moi de le dire.

 

-   Tout dépend de notre appétit et là-dessus, il devrait être féroce. J’ai toujours pensé que la liberté exige de nous d’être agissants. Sans cela, il n’y a aucune liberté possible. La faucille, le bras, l’esprit, la plume, le combat, la ténacité … Ailleurs, les choses sont enracinées, il y a des failles, quelque désenchantement, mais la force des lois est vérifiable. Ici, le pied traîne un boulet et c’est mille fois plus difficile d’écrire une histoire claire, sans détours, moderne.

 

-     Vous parliez du temps, il y a peu, ses priorités.

 

-  C’est vrai. Mais il y a un mal-être, c’est comme si nous étions condamnés à monter et à redescendre. Sans avancer. J’ai vécu et je vis trois temps politiques et la paupérisation est toujours percevable, peut-être même plus que jamais. Celle des esprits tout particulièrement. Je veux dire par là que les bases de l’esprit libre ne sont pas encore fixées, du moins majoritairement.

 

-       Il y a l’économie. Vous savez bien.

 

-      C’est un fait, mais pas seulement. Je vais partir quelque temps. J’ai une déception vraie. Ce n’est pas beau tout cela. C’est même criard de vacuité. Au revoir Madame.

 

-       Au revoir Monsieur.












 









-       

 

 

dimanche 9 juillet 2023

L’âge a ses temps, l’esprit ses paliers.

 






I.

 

Je déteste le mensonge et la roublardise et je trace. C’est aussi simple que cela. 

 

Je me répète, je sais, mais c’est ainsi. 

 

Les personnes qui vous regardent dans les yeux sont rares, celles dont les mots coulent comme l’eau, naturellement. 

 

Et puis, si plus jeune on se prête, un peu, au jeu social, en avançant dans son tronçon, on fixe les choses : décisions, priorités, choix.

 

La grande comédie humaine est lassante et chacun la mène en fonction de ses intérêts. Je ne joue pas et la comédie n’est pas le genre que j’affectionne le plus. 

Non, je ne cautionnerai pas, ce qui ramène mon monde à l’essentiel entre cœur et esprit. 

 

Et ce que c’est bon de ne plus se coltiner la faune joueuse, envieuse, mielleuse, suspecte, mercantile, caméléonne … Ce que c’est bon de s’abreuver à la source du vrai ! 

 

C’est d’une paix indescriptible, un meilleur emploi de son temps et un véritable gain.



 

 

 





















 

 

II.

 

Je crois qu’à 20 ans, la mort d’un chien m’aurait attristée vite fait. La mort de mon chien un peu plus, sûrement. Mais je n’aurais pas vécu le naufrage dans lequel je m’étais trouvée la semaine dernière. L’âge a ses temps et je suis au temps de l’hypra sensibilité. 

 

Pourtant, je ne m’offris aucune vraie dépression. Dépression avec arrêt, spleen et procrastination. Une flèche dynamique, activiste dans tous les sens, debout, rigoureuse et je crois bien, quand même, travailleuse. Objectivement. 

 

Je me souviens d’un ami virtuel qui crut l’inverse. 

 

-       D’où est-ce qu’il tenait cela ? m’étais-je dit.


 

Avec cela, je perdis mes piliers assez tôt, mais un contre-exemple me fit tenir debout et très certainement, ma franche détestation des temps morts. 

 

Si être debout du matin au soir à faire les choses, à faire avancer les autres à un rythme fort soutenu est une forme de dépression, je crois bien que j’ai eu celle qui convenait le plus à mon tempérament. Une aubaine ou, tout simplement et comme toujours, le déterminisme. L’équation chimique poly-forme, polysynthétique, kaléidoscopique, propre à chacun.

 

Ce qui fut déstabilisant, c’était de voir notre chienne s’éteindre. Un combat de gladiateurs et des yeux implorants. Elle était malade intérieurement, assez vieille pour subir une ablation …, mais la veille au soir nous communiquions. 

 

Joueuse, vive, reconnaissante, câline, protectrice … la veille du grand saut. C’est toujours difficile. Son espace est vide. J’ai à l’oreille, ses petits bruits habituels et au grand chef de me rappeler, à chaque oubli, l’insupportable matinée. 

 

J’aurai 50 ans pour le restant de ma vie. J’ai arrêté le décompte. Et rien ne me fera détester la vie ni le beau ni l’art ni l’élégance. Absolument rien. 

 

Le départ de notre chienne est un vrai deuil. Un être est absent et le temps de mon âge d’aujourd’hui me fait sentir les choses fort sensiblement. Et si l’âge a ses temps, l’esprit a ses paliers. Souffrir de voir partir son chien est autre aujourd’hui qu’à vingt ans où les appels de la vie sont multiples. Où la notion de temps est autre. Où l’activation du système sympathique ne vous met pas à plat. Parce qu’à vingt ans, la machine est toute neuve. 

 

Repose Dharma, j’ai ton regard de dernière minute, vif à l’esprit. Enfant canin.








lundi 3 juillet 2023

Par beau temps et par temps dur, aujourd'hui

1er et 3 juillet 






1.

 

Ce fut les quatre jours de ma vie les plus regrettés. Parce que ce n’était pas moi. Parce que j’ai perdu un ami.

 

Il m’avait appelée. Sa voix me parvenait d’outre-tombe ou presque. Son discours haut en émotions disait la vacuité de la vie, son non-sens complet, le dérisoire de l’existence.

 

-       Nous ne sommes rien, hurlait-il. Rien !

 

Il faisait quinze kilos, rongé par le mal tueur. Il mourrait. Je ne le pus pas, c’était intenable. D’aller le voir.





 

2. 

 

Dire les choses n’est pas chose aisée. J’ai une détestation totale du mensonge, des faux-semblants, de l’hypocrisie et je chasse sans aménité. Quelquefois, par politesse et par gentillesse, on entr’ouvre la porte, un peu, et on la referme vite fait. Parce que les êtres de vérité sont rares. 

 

Évidemment, au quotidien, pour moult raisons, on s’entrecroise, on communique, on coopère et aucune exigence n’est de rigueur. Certains se fourvoient et le tout est de fixer les choses, souvent même sans mot. Que voulez-vous, le discernement n’est pas la chose la mieux partagée ! Et nombre de sociétés sont insupportables de préjugés et de sexisme. 


Je sais faire, d’une main intransigeante. 

 

Il y a le travail et la vie, ce n’est pas comparable. Les lignes sont - normalement – claires, bien tracées, mais il y a l’exigence de la compréhension spontanée des choses.


Enfin. Juste anecdotique et on passe sa route après avoir mis de l’ordre.

 

Pourquoi, oui pourquoi, l’être humain est-il si faux ? 




 

3. 

 

5 heures du matin. Une journée claire. Pourtant. 

Je l’appelle, elle ne réagit pas. De la bile sur le sol, des humeurs … Elle respire encore. La bouche ouverte. Les mouches lui tournent autour. Insupportable.

Je lui mis de l’eau sur le visage. 

J’appelle le véto. Pas de réponse. 

 

A partir de là, je commence des va-et-vient. Intérieur, extérieur … Je ne me saisissais plus, quelque chose prit possession de mes articulations. Je ne pouvais pas la toucher. Elle respirait difficilement, les yeux ouverts. Je crois bien que je pleurais. Je me rappelle d’elle, enfant, quand elle tentait de descendre la marche. Elle ne savait pas faire et le jour où elle y arriva, contente, elle passa la matinée à le faire. Je retourne vers elle. Elle respirait encore, difficilement. 


Je fis quelque chose de laid ou d’humain ou de mécanique ou je m’inscrivis dans la vie … je mis sous clé des choses personnelles qui étaient moi, de très près, qui me disaient … au cas où je partirais, pareil, vite fait dans le silence et la soumission. Or, toute ma vie, je détestai la soumission. Et je l’ai vue soumise. 

 

Hier, on avait joué ensemble, un peu, pas beaucoup. Je lui avais dit que je l’aimais, qu’elle était vieille, mais qu’elle était toujours mignonne. Les mêmes gestes, sur la tête, de petits bisous, les mêmes à distance. J’adore les animaux, je les sens, je leur parle et ils me comprennent. Je suis sûre. Mais je n’étais pas du genre à baver dessus ou à les mettre dans mon lit. Ce n’était pas moi. Je suis une dingue de l’hygiène et je ne supporte pas trop le contact physique. Mais elle avait tout ce qui lui fallait, absolument tout. On passait du temps ensemble le matin et le soir et on communiquait. La pause biscuit. 

 

Elle gisait par terre et je pensais à son dîner du soir. Je lui ai commandé des boîtes hier et je lui donnais de la viande depuis une dizaine de jours. Elle adorait la viande. Je crois bien que j’ai besoin de dormir. Je ne suis plus maîtresse de moi depuis cinq heures du matin et mon rationalisme refuse catégoriquement de me répondre. Il devra se manifester celui-là. Il devra.


Repose ma belle 🌹