dimanche 31 janvier 2021

Fausty, 6

 



Fausty, c’est moi et ma réflexion consciente ne me quitte jamais. Je ne sais si c’est une bonne chose mais c’est un choix existentiel.

 

 

 

MC


Sur le rebord de sa fenêtre une inscription MC. Vieille, très vieille. Aucun archéologue ne trouvera jamais d’éclaircissements à cette trace. Elle, savait, évidemment. Les choses auraient été diamétralement différentes. Un sillon, une direction. Saisissant.

Voilà qu’un court texte lui est dédié. Un amuseur.

 

 

 

Écarquillement


Pince-toi, se disait-elle. C’est aujourd’hui, maintenant, là, tout de suite. Une vigueur mythologique. Un cou diaphane. Des seins de pierre. Des mollets cinglants. Une chevelure d’ébène, des cordes, s’étalant sur son dos. Des dents étincelantes. Et un sourire à toutes les secondes de cette insolence juvénile.

Une beauté. 

Pince-toi, pince-toi, se disait-elle.






            


 


 Cassandre


« Je replonge dans ma mer. Elle est si profonde. Je n’aime pas cette atmosphère. Il n’y a rien. Zéro écoute, zéro pensée. C’est la tienne. Je n’aime pas y voir la place que tu y occupes. Je la trouve étroite. Oui, très étroite. De la représentation de part et d’autre. On ne peut y faire de l’apnée et de toute façon, cet espace m’est étranger. 


-        ?

-       Ce ne sera plus possible.

-       Ce sera dur pour moi.

-       

-       Je serai ton confident et ton soutien pour toujours.

-       Évidemment mon ami. »

 

 

Le soignant des corps 


-   Je suis le soignant des corps. Que diriez-vous d’un verre en bord de mer ?

-       On remet cela au we prochain ? Je soigne mon âme.

-       Cela me va. Ils seront contents. 

-       Oui. L’amitié ne se refuse pas si les esprits se plaisent.

-   Nous sommes d’accord. La vie frappe quelquefois mais la redresser sera utile et peut-être plaisant.

-    La redresser est aisé. Il faut juste trouver les bons ingrédients pour mettre en route la formule.

-       Je n’ai pas trop l’habitude des propos métaphoriques.

-       Là vous êtes au magasin des métaphores. ( Rires ) 


-       Ce sera intéressant. Qui sait ?

-       Ce sera métaphorique, symboliste, surréaliste. ( Rires )

-       Des futés. Je vous rappelle en semaine ?

-       Vendredi prochain. Mais proposez-moi un titre à lire svp. »



Projet d’investiguer un être de la part de La Pythie de Delphes. Décidément se revoir est dur. Cette personne n’est pas libre bien qu’elle le croie. Et quel aplomb !


Non, exister mérite plus de liberté, plus de rire et d’inconscient, plus de plis au coin des yeux et plus d’enfance heureuse. Le bruit est une manifestation de vie. En a-t-elle manqué ? En manque-t-elle ? Sait-elle seulement ce que cela apporte ? 


Peut-être devra-t-elle fréquenter les paliers humains et abandonner à ce mi-chemin l’étage de dieu ?


Oui, sûrement.



 


 

 

vendredi 29 janvier 2021

Fausty, 5

 



Fausty, c’est moi. La Crapule me hante souvent mais je suis une Pythie de la vie et j’ai la formule du bonheur léger, du bonheur corsé, de tous les petits bonheurs. 

Vrai. 

 

Les Lotophages.

 

-       De loin, tu es comme en tenue d’Êve et les motifs de ton deux-pièces et bien, on dirait des tatouages.

 

Il lui donna la main et l’emmena vers la mer. 

 

-       Tu es d’une beauté défiant toutes les autres et tu es mienne.

 

Un enfant, un enfant heureux.

 

 

 

Écrire.

 

Il lui dit bonsoir, la regarda à la dérobée et lui demanda de boire une gorgée d’eau. Elle s’exécuta. Une Dame sage et pudique. 

Quand il apprit qu’elle avait eu mal aux yeux, je le surpris à s’essuyer une larme furtive. Je fis mine de ne pas voir. Tant de sentiments interdits à l’expression verbale, visible. Pourquoi ?

Elle l’appelait Monsieur et me confia un soir qu’elle avait honte de lui. 

Cette pudeur !

Je lui expliquai le fonctionnement d’Internet, l’intérêt de l’avoir chez soi. C’était le début.

Je ne sais aujourd’hui ce qu’elle comprit mais elle m’écouta.


 

-        C’est bien, dit-elle.

      -   Elle ne comprend pas ces choses-là, me dit-il, en riant. 


Et je le trouvai inerte dans sa connaissance d’elle.


          --     Bien sûr qu’il faut lui expliquer.

 

 

 

 

23h. L’Île.

 

-       Je vous offre des raisins et des pommes, dit-il, un peu embrouillé.

-       Je vous prie de nous excuser mais nous dormons.

 

Je dus l’écouter pendant près d’une heure, à dire ses vies confusément, frénétiquement. Il était de nouveau amoureux. Bien sûr, qu’ils se voyaient. Sa femme était amatrice de scandales. Qu’en ce moment, il était aussi ébloui par une femme mariée et que de se taire lui broyait la poitrine. Qu’il ne savait plus comment faire ni comment vivre. Qu’il attendait de moi un avis sur plein de choses.

 

-       De moi ? 

Fixez vos objectifs sagement. Achetez un notebook, mettez-y vos priorités. Rangez votre tête et dites-vous que vous faites du mal à votre épouse et à vous-même et qu’en réalité, vous avez une conception agitée de l’amour. Une faible perception des autres.

 

Quand le lendemain soir, je fis part de cette étrange visite plutôt tardive à Da, il se tut pendant longtemps et dix ans plus tard, il le tacla professionnellement, le laissa à terre quelque temps, puis, lui tendit la main dans un geste froid et distant. Par correction du passé lointain. Ce sera tout.

 

 

 

Rites religieux.

 

La table était dressée. Plein de bougies à senteurs ici et là. Des chandelles. Du Chardonnay. Une salade de laitue, tomates, fenouils, fromage. Des toasts au saumon fumé, d’autres à la tapenade olive-thon. Une tarte aux poireaux et aux noix. Une bisque de crevettes. Et des loups aux petits légumes en papillotes. En dessert, elle prépara un tiramisu speculoos-bananes-Cointreau et trainait au milieu de la table, sur un chemin de table rouge Noël anglais aux pointillés dorés, une corbeille de fruits divers qu’il ramena quelques jours plus tôt du Sénégal. 


Dans toutes les pièces de la maison, un abat-jour éclairait chaudement l’espace. Une ambiance chaude et heureuse. Les monstres riaient pour ensuite se chamaillaient pour de nouveau jouer.

-       Comme tu sais mettre tout en valeur ! lui dit-il. Merci.

-       C’est la religion des petits bonheurs, dit-elle, en l’enlaçant.

 

Bien plus tard, quand il goûta et re-goûta aux petits bonheurs forts construits, il dit cette phrase oublieuse et bête :

-       Les neveux sont comme des chiens d’appartement.

Le ver commençait son travail de sape. Vermoulu.

 

Avons-nous toujours les outils pour nous contrer nous-mêmes sur la durée ?

 



Comprendre.

 

Comprendre fait-il de nous des êtres libres ?

 

J’avais monté l’OVPL, l’ouvroir virtuel de philosophie légère. Et cela se bousculait au portillon. Parce que bon nombre d’adultes restent sur le tard de très bons élèves désireux de s’adonner à une gymnastique réflexive.

 

Avec l’âge, j’ai compris qu’on peut défendre également une thèse et sa parfaite antinomie. L’essentiel résidant dans la rigueur de l’argumentaire. Et peu importait au final, entre personnes intelligentes, la conception de chacun.

 

Je comprends, je suis libre.

Je comprends et ma liberté prend un coup fatal.

 

Et je trouvai le moyen au beau milieu d’échauffourées philosophiques de raconter la pire infidélité vécue, celle de ma sœur. Nécessaire catharsis.

 





 

 

 

 

 

 

mardi 26 janvier 2021

Fausty, 4

 



Fausty, c’est moi et je suis dingue de la Mer.


 

J’ouvris la porte de la chambre tout doucement et je vis qu’elle dormait profondément. Elle avait sur le visage une expression indéfinissable. De paix ?


Ses joues rosies par la chaleur de la clinique, par toutes les potions palliatives supposées dominer le mal, par le timide rayon de soleil qui se laissait aller jusqu’à son lit, faisaient paraître davantage sa blancheur immaculée. Penchée sur elle, dans un silence trompeur, je regardai l’arqué de son sourcil : auburn sur une peau laiteuse et des joues empourprées.

Elle était d’une beauté lumineuse.

 

Elle ouvrit un œil et sourit instantanément en me voyant. Je sais que je n’oublierai jamais ce sourire.

 

-       Je vais partir, me dit-elle, doucement.

-       Tu ne peux pas partir, lui répondis-je, sur un ton chirurgical.

 

J’avais 20 ans, elle en avait 49. Aussi coupante dans un espace médicalisé qui sentait l’éther à pleins poumons. Bête mais tellement. Elle savait et j’étais dans la violence du jeune âge.

 

Plus tard, assise sur un banc dans l’immense jardin de Saint-A, je fus approchée par une religieuse. Elle vit ma rage, mon souffle court latent, mon obsession des arbres déjà.

 

-       Êtes-vous croyante ? me dit-elle.

-       Non, répondis-je, brutalement.

-       Ce sera difficile alors.

 

J’ai toujours détesté les hommes de religion, leurs réponses toutes faites, répétées inlassablement, leur béatitude, leur crédulité. Pas cette Sœur Marie. Elle avait tellement d’humilité. Peut-être aussi qu’à 20 ans, j’étais brutale mais pas enragée comme plus tard et aujourd’hui devant les détenteurs de la Vérité. Sûrement oui, directe, un peu brutale mais pas encore en super rogne devant l’inertie réflexive. 

 

Je savais qu’elle partait, je l’avais vu dans ses yeux mais surtout dans sa psyché profonde, son eau intérieure, question de liquide amniotique.

lundi 25 janvier 2021

Fausty, 3

 



Fausty, c’est moi et j’ai toujours été une passionnée.


 

Je mis la bouilloire en marche, mis dans mon mug ma poudre du matin et pris un plaisir lent à préparer mon café. J’en prends deux par jour depuis quelques temps. J’aime les odeurs du réveil. Et quel que soit le temps qu’il fait, j’aère mon chez-moi. J’adore l’hiver et le grand froid.


 

Elle revenait de Londres après un séjour de près d’un mois. A sa descente d’avion, elle le trouva sur le tarmac. Fébrilité de deux temps-vie, deux temps-corps à la pointe du besoin de s’exprimer. Ils se dirigèrent vers le Vase de Soisson.


Quelque chose de l’ordre de la recherche aveugle, les yeux chauds de retrouver l’autre, ce complément de soi, lui, elle et pas un autre, une autre. Naviguer en mer profonde, dans une eau bleue à vouloir toucher jusqu’aux cimes de la mort. 


-       Plus loin, plus près de toi, toujours. Ta peau. Tu me tues, disait-il.


Une soif indescriptible à vouloir saisir l’autre au plus profond de son être. Vie. Et mort dans la passion. C’est fou, odieux, blasphématoire et cruel de mourir emporté par un désir surdosé.


 

- Je suis mort d’amour ou peut-être de peur. Peur de vieillir, de me décomposer, d’être entaché, de partir, peur de mourir. Je suis mort de peur de mourir. Voilà.

J’aurais voulu chercher encore, toucher encore, écrire encore, tracer encore, fermer encore les yeux le temps de me reposer.

Mais non, il a fallu que je meure de mes nœuds. 


 

Je suis Fausty, j’aime ma chienne, je parle aux fourmis et j’emm … la mort.