mercredi 27 juin 2018

Billets d'humeur

I. Juste deux mots en passant : pour les demandes d'amis, il y a un palier : un minimum de 60 amis en commun. Et puis svp, ne venez plus en conversation instantanée, je déteste.

II. L'ignorante qui commente le rapport de la COLIBE, il y a un minimum requis quand même : bien sûr que tout est discutable mais selon un minimum de connaissance, d'ouverture d'esprit et de respect du travail des autres.

III. La pub de l'appareil qui absorbe les comédons, cela devient absolument insupportable. Surtout quand, à force de la voir passer, subliminalement, elle s'inscrit dans mon cerveau et réapparaît à des moments inopportuns. Et cela n'a rien de sublime.

IV. J'en ai marre de ceux qui affichent une religiosité à tout va : grande surface, barbe et tout l'accoutrement, nos yeux se croisent je ne sais comment, il s'excuse et demande pardon à Dieu. Le rayon yaourts à ma droite, l'envie de tout lui déverser sur la tête. Je ne supporte pas le mensonge et l'hypocrisie. Faites vos courses chez l'autre barbu du coin. Celui qui se soûlait la gueule tous les soirs, il y a quelques années et qui continue à se tromper en vous rendant la monnaie selon les dires de mon AM.

V. J'ai de la pitié mais aussi de la grosse colère pour nombre de mon entourage, sans aspérité, qui vite baissent la tête devant les Négociants d'Allah qui pensent que le vent leur ai favorable ces temps-ci et qui investissent dans une Jebba Hrir et mains croisées en haut du ventre. En même temps, ce n'est pas bien difficile. Et bien moins compliqué que de se dresser en consciences vaillantes devant les menteurs, les hâbleurs et les corrompus en tous genres. La conscience vaillante est affaire de vivacité d'esprit, d'écoute prolongée et de détection. Les Négociants d'Allah de Tunisie prennent tout : anciens " Grands " noms, ancienne élégance, nouveaux convertis, femmes modernes et toutes tendances ...

Renforcer les rangs, asseoir leur présence et ensuite se déployer à leur convenance.

J'ai connu de près un genre d'homme différent, libre, rebelle et rapide comme l'éclair. Vous êtes une honte de soumission et vous en sortirez bredouilles comme à l'entrée. Allez, continuer à marcher aux côtés des menteurs, renforcez-les et vous serez éjectés comme une mouche de coche.

#Colèredumercredi

jeudi 21 juin 2018

Tunisie démocratique : accouchement au forceps


La République tunisienne fait sa crise de milieu de vie et afin qu'elle puisse avancer, elle regarde derrière : le passé. Logique.
Les verrous ont sauté après le changement de 2011. Je ne dirai pas révolution personnellement. Plutôt ras-le-bol, d'abord orchestré de l'extérieur, et le peuple n'attendait que cela. Tant mieux.

Touillage extérieur, élan national, souffle épique, émeutes, répression, martyrs, libération.
Les verrous n'ont pas sauté, ils ont explosé et les 23 ans de Ben Ali peuvent s'offrir aux yeux de tous, du moins sur le plan scolaire, instructif, culturel, le plan des apprentissages tous azimuts : l'être abêti dans toute sa splendeur. Le programme benaliste sur le plan instructif a focalisé sur l'abrutissement national et cela a très bien marché.

Alors de tout : salafisme, takfirisme, associations aux fonds plus que douteux, écoles coraniques, commerces d’émollients halal, d’encens aphrodisiaques halal, d’huiles essentielles bénites, de « livres » explicatifs de comment se regarder halal, s’accoupler halal, procréer halal même en dehors des liens pas si sacrés que cela du mariage … Bref, des petits commerces florissants sur le modèle du «  made in China » mais d’inspiration religieuse et surtout de mobile Maîtresse Thune. Et les clients sont là, soucieux de tout faire, comme il faut, dans la légalité et le savoir des marchands ambulants.
Politique nouvelle, d’apprenti sorcier, participation de toutes les obédiences, retour des expatriés de droite et de gauche, retour des islamistes lovés dans les bras des Anglais ou d’autres, accueil du chef du parti islamiste, vrai messie pour certains, nombreux; tous les fracturés sociaux, ceux qui n’ont jamais eu voix au chapitre, les oubliés ; le Sud explosif plutôt « El ouma el arabia », nationaliste, proche du discours kadafiste traditionnellement, notamment vers la 2ème moitié du XXème siècle. Cette Tunisie-là a été, plutôt, oubliée sous Bourguiba et laissée pour compte sous Ben Ali.
Les harangues d’inspiration moraliste et religieuse ont eu le vent en poupe. Elles s’adressent aux manques, aux insuffisances. Elles flattent l’identité et exacerbent la violence. Les plus démunis d’entre nous et tout particulièrement, sur le plan intellectuel, gardent tenaces frustrations et complexes, d’autant que politiquement il n’y eut pas d’encadrements, de propositions sociales et professionnelles de valorisation de soi. Le feu aux poudrières. Toutes les droites se nourrissent d’insuffisance et de repères identitaires dangereux.
Dans un pays de politique musclée et de traditions répressives, quand la chape de plomb a sauté, le pouvoir se fragmente et devient à portée de tous. D’autant plus houleux que le canevas psychologique et social ne connait pas spécialement le self control, le recours au rationnel et la capacité d’agir après réflexion. Nous voilà donc entre prédicateurs, cheikhs, guérisseurs et proclamateurs de fatwas. Touillez, touillez, ce n’est que du bon, murmurent entre eux les fous du pouvoir !
Et les médias relayent. Tout et n’importe quoi. Et les réalisateurs s’y mettent, retour à l’Histoire. Et M. Tout-le-monde analyse, critique, conteste, tape du poing, nie, oublie, casse et vocifère.
Bourguiba remonte à la surface, il est instrumentalisé, béni, idolâtré et est revêtu de sex-appeal et cela marche.
Les « royalistes » lèvent la tête sous la provocation, condamnent leur pire ennemi, sortent les princes réformateurs des oubliettes, oublient des pans peu glorieux de l’Histoire et reprennent un pronom personnel insupportable où, par la force des choses, ils sont inexistants : « nous ». Ou encore un déterminant possessif des plus tyranniques : « notre ».
Ainsi, sur une station radio, un jeune acteur novice - qui réussit certes – descendant de la famille beylicale et qui campe le rôle d’un des beys de l’époque husseinite s’exprime à propos de la série dans laquelle il a joué non pas en tant qu’acteur mais en tant que monarque svp : « nous, ma famille, le bey, mon aïeul » et tout logiquement « moi ». Il s’était mêlé les pinceaux dans une inconscience totale. Et dans l’indifférence du journaliste. Retour à la monarchie du moins dans les studios de Mosaique FM.

Les lendemains d’un changement politique de cette envergure ne sont pas faciles. La démocratie a besoin de construire ses assises. Ce sera lent et nécessairement laborieux. La première condition est le respect des urnes. Nous y sommes. Le diktat d’une majorité peu outillée intellectuellement, socialement, économiquement, politiquement. Ajoutons à cela, des oligarchies orientales à qui l’expérience embryonnaire tunisienne déplaît, qui ont hai et haissent Bourguiba, son modernisme, son républicanisme et qui ont appris l’importance du jeu du pouvoir géostratégique américain entre autres ou surtout, qui ont de l’argent à en distribuer et qui sont nargués par la femme libre tunisienne.
Ceux-là s’introduisent sournoisement, payent grassement et ne savent qu’acheter. Ils veulent faire capoter, ils veulent avancer leurs pions, ils veulent soumettre. Cette gamme-là sait le sex-appeal de l’argent et beaucoup s’écrasent, se laissent graisser la patte et adoptent vite fait le modèle du désormais maître : barbe, chapelet, prières ostentatoire et mashallah et ramadan karim : des résonnances du golf, étrangères à la spécificité du pays : sa tunisianité.
Bien entendu, derrière cet écran glacé en tunique blanche et savate noire, il y a une autre réalité : luxure, déviances de toutes sortes et plaisirs concupiscents.
La Tunisie se bat aujourd’hui, à la force du poing, du poing nu. Sa carte maîtresse : la société civile. Son atout majeur, irrévocable, féroce : la femme libre. Son handicap : l’inculture générale et le profil psychologique dominant : l’irrespectueux agressif.
Un pas et pas des moindres : tous les tabous sont abordés : corruption, homosexualité, drogue, pratiques religieuses, athéisme et d’autres viendront.
Ce sera lent et laborieux et la relâche de ceux pour qui l’engagement est un devoir sacré sera déterminante. Des années de contestations seront incontournables. Courage mes Amis.



mercredi 6 juin 2018

La bipolarité, un mal ravageur

4 juin, 21h30, un café sur les hauteurs de Gammarth, nous voulions éviter le tohu-bohu des cafés ramadanesques aux senteurs de narguilés.

Mounir Charfi, Fethi Jelassi, Nabil ben Azzouz, Houssem Hammi, Amina Arfaoui, Kaouther Yatouji, Amina Ben Khalifa, moi-même, nous étions donnés rendez-vous dans un seul objectif : échanger politiquement sur " le drôle de pays ". L'idée trottait dans la tête depuis un moment et puis avec Houssem Hammi, jeune quadra investi dans la société civile, d'autres rencontres du même genre avaient déjà eu lieu. Je crois que le discours de YC a fait précipiter les choses et un besoin urgent d'échanger politiquement s'est imposé de lui même. Nous sommes presque tous, je pense, trempés dans la politique, à différents degrés et de différentes façons. De même obédience, je crois savoir, des Modernistes confirmés en tous les cas.

Il me semble que nous sommes tous dans l'écœurement de la politique du moment, dans l'écœurement des noms que martèlent les médias, des médias eux-mêmes souvent dénués d'une déontologie de base, une ARP loufoque, de hurlements, de discrédit, d'insultes, de grossièretés et depuis peu de soupçons de corruption dans la gestion du budget de l'Assemblée des Représentants du peuple et même croit-on savoir, l'envoi par le gouvernement d'une inspection sur place.

La Tunisie va dans tous les sens depuis quelques années, c'est un post-révolutionnaire compréhensible, logique, opaque et inquiétant aussi. Pour les Modernistes que nous sommes tous, le projet sociétal à défendre est celui initié par Bourguiba et celui redouté est sans conteste celui des fondamentalistes notoires ou sous-marins. Revenus des terres d'exil, assoiffés de pouvoir, monnayés par les monarchies orientales méprisées de Bourguiba, ambitieux, calculateurs, leur premier souci a été de se faire indemniser des années de lutte et de répression. Comme si l'engagement politique avec tous les sacrifices que cela suppose est payant ou remboursable rétroactivement ou dédommageable. L'engagement social et politique ne pouvant être qu'un choix de lutte, d'évolution, de libération, d'avancée tous azimuts, désintéressé et patriote.

La Tunisie va mal économiquement et, les décideurs successifs, depuis 2011 et la chute de la dictature, n'ont fait que taper à toutes les portes des prêteurs internationaux jusqu'à plus possible. Jusqu'à l'asphyxie. Et depuis quelques années déjà, la question qui se pose très régulièrement et très clairement, concerne la masse salariale très élevée, la pénibilité de la garantir en l'absence d'une croissance avérée. D'autant que le recrutement sauvage qui s'est fait de 2011 à 2014 et qui était de nature politique principalement a entraîné une hausse de près de 35% de la masse salariale selon un rapport du FMI ( janv 2018 ). Les augmentations de salaires exigées par l'UGTT ont, aussi, participé à cette hausse. Et à la Tunisie de se retrouver, toujours selon le rapport du FMI, avec une masse salariale qui représente les 2/3 des revenus fiscaux et plus de la moitié des dépenses de l'Etat dans un pays où il n'y a pas, politiquement, un vrai projet socio-économique, des investissements susceptibles de créer des emplois et de diminuer le chômage. Cela a un nom. Et cela s'est déjà vu ailleurs. Toutes proportions gardées en Ireland et en Grèce : la banqueroute.

Crise économique, grave crise politique, absence d'Hommes porteurs de projets, délitement social - l'union du passé existait "en vertu" de la répression et de la dictature certes, discutable donc - crise sociale, régionalisme et colère des régions oubliées depuis 60 ans, remous historiques et questionnement du passé, icônes déterrées, secouées, glorifiées ou lapidées. C'est selon.

Dans toute cette situation complexe et compliquée, angoissante et sans envergure, les impératifs perdent toute crédibilité pour tous ceux qui disposent encore d'une réflexion consciente et désormais il s'agit de traquer les non jeûneurs, de hurler au beau milieu de l'ARP, de s'insulter ou plus tragiquement, pour beaucoup de jeunes, de vouloir partir par désespoir et de se faire repêcher dans les eaux profondes gonflés comme des ballons de baudruche. Tragique. Point.

Pour toutes ces raisons, nous nous sommes donnés rendez-vous. Parce qu'il y a de la souffrance réelle chez bon nombre de Tunisiens conscients. Parce qu'il y a aussi de la détermination et quelques initiatives. Que le paysage politique actuel bipolaire avec tout ce que cela suppose comme dangers a besoin d'un point d'équilibre ou d'un espoir possible. Deux partis au pouvoir, ennemis, amis, amants. Nida et Nahda. Un fond de commerce : la Tunisie. Une matière première abêtie par 23 ans de benalisme : le Tunisien. Scolarité au vide abyssal, je survis, je travaillote, je fais l'acquisition d'une voiture populaire, pour les plus chanceux. Le seul mérite, c'est que c'était un projet. Mais de peu de valeur. Hélas.

Une photo choquante toute récente. YC fait son discours. M. Tout le monde attablé dans un café populaire jouait aux cartes. Zéro conscience.

Pour toutes ces raisons, nous avons voulu nous écouter les uns les autres. L'Union Civile avec Mounir Charfi et Féthi Jelassi. Le collectif Soumoud avec Nabil Ben Azzouz - le vieux râleur de gauche, comme il se définit lui-même, historien et professeur émérite qui forma bien des apprenants dont les miens - et le dynamique Houssem Hammi qui comme moi cherche une famille politique agissante, efficace et efficiente. Loin des partis. Des indépendants aussi étaient de la bande.

Mounir Charfi et Fethi Jelassi dans un souci méthodique de dispatching de la parole exposèrent le cadre de l'UC ( l'Union Civile ), ses composantes et ses objectifs. Conglomérat de partis ? Non. Parti ? Non. Initiative ? Oui. Une 3ème voie ? Oui et non.
Large brassage de partis qui seuls ne pèsent pas lourd. Des primaires sont envisagées. Un candidat. Des engagements avec signatures pour ne pas se présenter. Une couverture médiatique nationale et internationale.
Ai-je tout retenu ? Et les égos surdimensionnés des uns et des autres alors ? Et la faillite de la parole ? Et en politique, la confiance existe-t-elle ? Et à FJ de rappeler lui-même l'irrespect de l'ANC du délai imparti alors à l'écriture de la Constitution. Qui croire ? De l'angélisme que de faire confiance en politique. Quant aux signatures ... l'ère du pouce.

L'UC est une alternative. Cela est sûr. Et en neuf mois, elle a quand même plutôt existé. Reste que les célébrités locales qui la composent sont quelquefois sujets à caution. D'anciens RCD. Quelques renégats pour certains. Et des indépendants.
L'idée de l'UC est excellente aussi. Mais comment harmoniser tout ce monde ? Quelle fiabilité offrent Chebbi, Jomaa, Brahim, Morjane et autres figures de proue de la scène politique médiatisés à outrance et qui laissent désormais le Tunisien froid ? Seuls, ils ne peuvent que vivoter. À l'intérieur de l'UC et en tant que bloc compact, ils peuvent prétendre à une existence intéressante à plus d'un égard :
Le Tunisien ne souffre plus les égos, ni les ambitions personnelles largement démasquées.
Le Tunisien devient viscéralement anti-parti avec les frasques des uns et des autres ces derniers mois.
Le Tunisien semble apprécier les indépendants et les récentes élections municipales, dans certaines circonscriptions du moins, ont laissé voir un crédit sympathie et un capital confiance intéressant.

Mais les indépendants font-ils la politique ? Et la logique de parti bien que profondément viciée n'est-elle pas encore et toujours, bon gré mal gré, une condition sine qua non pour un vrai travail de terrain et une existence politique efficiente ?
Les machines ont la vie dure et renaissent de leurs cendres.

À la question : quel intérêt a l'Union Civile à servir de tremplin à X ou à Y ?
Que lui ramènent l'accompagnement et le soutien du candidat A des primaires nécessaires ?
FJ parle d'une action démocratique pour torpiller le couple NiNa de plus en plus haïssable. Il avance aussi l'argument du besoin des uns des autres : ils ont besoin de nous autrement ils ne feront que grappiller des portions congrues insignifiantes. Nous leur offrons un cadre avec toute une logistique juridique et nous leur permettons une entrée dans l'arène en tant que force compacte.

De l'autre côté, il y a le Collectif Soumoud et le jeune quadra Houssem Hammi, vif, serein et prometteur clame fort la nécessité de miser sur les indépendants, les femmes et les jeunes. D'échapper aux noms sonores et trébuchants. Il propose un faire politique clair, propre et dénué de calculs. Une politique différenciée. Et les caciques bien que méprisés aujourd'hui ne sont-ils pas des valeurs peu sûres mais jouables et re-jouables ?

Le moment est peu sûr, 2019 est aux portes, Nida est en pleine danse de la mort. Son possible regain le fera ressembler au parti du passé, le RCD. Son présent est laid et de nouveau les fils, les femmes et l'épicier du coin s'en mêlent. GRAVE.

De l'autre côté, la Nahda, forte de citoyens appauvris intellectuellement ( construction de longue haleine du régime Ben Ali. La médiocrité était érigée en programme national. Manger mais soyez bien bête. ) en comparaison surtout avec les 20 glorieuses de Bourguiba 55-75, forte d'un passé répressif qui fit d'elle une Victime ou la Victime, d'une non-participation à l'édifice Tunisie juste après la libération et bien que n'ayant aucun projet politique mais un obscur schéma mental fait de préjugés, d'interdits et de diktats aspire à brasser large et a brassé large avec son joli slogan " Talaa el badr alayna " qui fait appel aux plus basiques instincts et à ce qu'il y a de plus inerte en l'homme moyen : la bêtise.

Un monstre de laideur, de léthargie au pouvoir soporifique qui conforte les moins réactifs et les moins nantis intellectuellement d'entre nous. Nombreux.

La solution ?
Un mouvement d'union de tous, UC, Collectif Soumoud, indépendants, FEMMES et jeunes à l'attaque des coins les plus reculés de la Tunisie profonde avec un discours simple : vous méritez mieux qu'un couffin de provisions. Vous méritez de vivre et non de survivre. Vous, mais aussi, mais surtout, votre progéniture.

À l'orée du XXIème siècle. 2019 est aux portes.

dimanche 6 mai 2018

Thouraya Ben Chaâbane, l'enseignante du bonheur

Thouraya Ben Chaâbane est partie. Pourtant, elle avait beaucoup à vivre encore et elle aimait tant la vie. Je l'ai connue à la faculté, une jeune fille douce et souriante. Petite blonde aux cheveux longs et soyeux et au sourire malicieux. Elle était sensible et le resta probablement jusqu'à la fin. Cette mort du milieu de vie est difficile à encaisser. Elle n'avait pas déjà vécu que la voilà partie. Elle aimait Eluard, la grande chanson arabe, la culture et les livres. Elle aimait l'amour. Et tellement d'autres choses aussi.

Sa mort exige de moi que je parle de très près de la profession de professeur. Thouraya Ben Chaâbane était professeur. Plus de 25 ans de métier, avec amour et abnégation, sérieux et rigueur. La jolie jeune fille de la fac céda la place à la femme, la pédagogue qui aimait ses élèves et son métier.

Mais quel métier ! Un métier valorisant mais harassant, noble mais usant, rigoureux, prenant mais épuisant. Un métier tellement beau mais tuant. TBC a travaillé sa courte vie sans compter, elle a donné sans regarder. Je pense, aujourd'hui, que sa mort prématurée, au regard de son âge, vient aussi de là. Et pour cette raison, j'évoquerai la pénibilité de cette profession.

Thouraya Ben Chaâbane a enseigné à Carthage Présidence, un établissement avec vue imprenable sur la mer. Mais des classes bondées : 40 élèves, voire plus. Elle enseigna jusqu'en 2017 à la Marsa, des classes de 40, de 30 pour les Terminales puisque la loi limita, il y a quelques années, le nombre d'élèves de Terminale à 30. La Marsa, mais allez voir les conditions de travail ! Il y a une dizaine d'années, à la Marsa justement, le dispositif d'électricité pendouillait au sol en pleine période de pluies diluviennes. Et un apprenant faillit y perdre la vie.

Des classes de 40 ou de 30 pour un enseignant consciencieux ne sont pas une sinécure. TBC était consciencieuse et elle s'épuisa au travail. Les rentrées scolaires du 15/09 étaient éprouvantes pour les personnes fragiles et nous l'étions nombreux.

L'enseignement est un programme, une cadence, des démarches pédagogiques nombreuses, adaptées souvent. L'enseignement c'est du pas à pas dans la passation de la connaissance, de la vérification de ce qui s'est inscrit, de l'évaluation, de la correction, du compte rendu, de la note, du bonus contre travail pour les plus défavorisés du savoir et les plus méritants.
Oui, tout cela et plus encore : les préparations à la maison, les centaines de textes, tapés, imprimés, distribués, expliqués, contextualisés, repris, discutés, continués ...

Note biographique, chapeau introductif, type, genre, registre du texte, lecture en filigrane, au second degré, impact des événements historiques sur l'auteur ...
La classe bouillonne, un enseignant se lève, circule, écrit, efface, vérifie, sermonne, gratifie et valorise tout ce beau monde dans une atmosphère de bruits, de concentration, de déconcentration, de dépassements, d'excès, de rupture, de retour ...

Je me souviens de l'épuisement de bon nombre d'entre nous, de surmenage, d'hypertension, de burnout, de déprime ...

L'enseignement est un métier de 7 ans tout au plus, un métier de 12h par semaine, un métier où l'on doit être accompagné en début de carrière, un métier où le professeur chevronné arrête d'enseigner pour devenir formateur ou accompagnateur des enseignants débutants, un métier sous-payé  où très rapidement la santé se détériore, le tout dans un système sclérosé où les réformes sont craintes, où rien ne se fait d'une façon dynamique, où la liberté pédagogique existe peu ou est mal comprise. Sous Ben Ali, bien que de nombreuses personnes critiquaient le système de la semaine bloquée, la réforme n'était pas venue : politiquement cela faisait peur.

Un métier noble que l'enseignement et c'est vrai mais la noblesse seule n'a aucun sens. Un métier pénible et pour ceux qui en doutent encore, essayez deux heures par jour avec vos enfants et les choses seront claires alors.

Bien sûr le propos concerne les vrais enseignants, les rigoureux et les honnêtes, ceux pour qui comptent tous les élèves de la classe. Ceux qui rentrent chiffonnés parce que cela s'est mal passé avec le silencieux du coin ou l'agressif de derrière et qui se promettent d'y remédier le lendemain.
T. Ben Chaâbane était de ceux-là, je le crois, je le sais. Sa santé fut souvent défaillante en raison de son implication effective en tant qu'enseignante consciencieuse. Elle donna sa courte vie à l'enseignement et je ne suis pas sûre qu'il le lui rendit, justement.

Nous pleurons une amie et une collègue, partie on ne sait trop pourquoi, rapidement et méchamment. Je pleure tout ce qu'elle fut et tout ce que nous sommes : des êtres fragiles qui donnons de notre vie aux autres , qui faisons de l'avancée des autres notre bonheur, qui offrons sans regarder savoir et structure.

Paix à toi Thouraya, tu fus tellement rieuse, pleine de vie. Et avec ton accord, cette belle réplique de toi, que tu as tant fait grandir, de temps, de mots et d'amour, que tu as fait avancer, toi, la Femme libre, indépendante et cultivée, Yasmine mon arrière petite cousine, sera aussi un peu ma fille, la proche des miens et l'amie de mon fils.
Ton départ est douloureux Thouraya.

samedi 3 février 2018

L'intelligence est le seul combat qui vaille d'être mené !


Billets d’humeur
I.
Je clame haut et fort ma farouche opposition à l’extrême droite fût-elle lisse et d’allure bonne. Surtout pour cela en réalité. C‘est tellement évident. J’aurais honte de cautionner, de comprendre, de tolérer une pareille supercherie. Comment peut-on à l’orée du XXIème siècle faire le dessein d’agir sur les plus simples d’entre nous via les religions, via donc nos angoisses existentielles ? Complotisme et manœuvres de politique politicienne. Il n’y a pas d’autres mots.
Je clame haut et fort que le spirituel relève de la sphère rigoureusement privée. Cela devrait être légalisé. Espérer élargir ses bases en se basant et en se délectant de la sensibilité des uns et des autres est pure malversation. Le pays a besoin d’intelligence, d’horizons intellectuels, de détermination, de rigueur, de travail, de rationalisme et non de crédulité, de superstitions, d’absence d’esprit critique, de peur et d’asservissement. Nos croyances relèvent de notre espace privé. Nous sommes tous croyants et même que les incroyants d’entre nous le sont. La liberté de culte est inscrite dans notre Constitution, nous sommes libres en nous-mêmes de croire en ce qui nous semble convaincant. Des quadras, des quinquas, des sexagénaires qui ont évolué, évoluent tous les jours au cursus impressionnants qui se font tancer par des personnages épais, obtus, à l’esprit étriqué et aux vues fermées. Allons-nous vivre et mourir en subissant la violence d’une majorité ignorante, arrêtée et irrationnelle ? Y.Seddik est menacé de mort parce qu’il appelle à une lecture rationnelle des textes sacrés ! Sommes-nous au Moyen-âge de la pensée orientale ? Oui assurément. N’empêche que nous, minorité pas si minoritaire que cela, continuerons à œuvrer pour la liberté de culte, pour la pluralité des idées, pour l’esprit de tolérance et pour l’exercice de la rationalité. Non, nous ne mourrons pas sans avoir œuvré pour l’acceptation de la liberté d’être, de penser, de croire ou de ne pas croire, de choisir son existence comme on entend la mener.


II.
Il n’y a que cela à faire mes concitoyennes, mes proches et mes amies. S’inscrire dans le social, l’associatif et le politique. Il y va de l’avenir de vos enfants, des nôtres, de ceux que nous avons fabriqués à la magnitude de nos reins et à la force de nos flancs. Je m’adresse aux plus libres d’entre nous, à vous, fortes, déterminées et fonceuses, qui n’allez pas laisser l’opportunité ouverte à cette parole de droite, si certaine et si arrêtée, si aveugle et si peu apte à saisir l’infinie liberté. Une droite conservatrice de valeurs sans valeurs, de vues obstruées et de cervelles de pierre. Non à un projet d’uniformisation, non au décapage de toute saillie, non à cette maladie de la pensée statique et à ses dérives expansionnistes ! Nos descendants ont des droits d’intelligence sur nous et nous avons pour devoir de nous atteler aux multiples tâches qu’exige l’édification d’une société moderne, libre et propulseuse. L’intelligence est le seul combat à promouvoir et à mener, aujourd’hui, ici et maintenant. Ceux-là qui revendiquent et scandent ordre, discipline et régularité sont les métronomes de la mort et de l’oubli. Chargeons de sens et d’énergie ces impératifs qui n’ont de valeur que dans des perspectives de liberté : celles de réfléchir, d’agir, de combiner et de multiplier les opportunités. La pensée de droite, la voix - voie - unique, inique est la mort de toute vie.
Notre terre est femme et faite de femmes.


III.
Je suis triste pour l’horoscope du passé, la dernière page des journaux et des magazines. Nametests lui damne le pion. C’est diversifié,  dynamique, multiple. Et du coup, il paraît, lui, statique et passé de mode. Alors il y a de tout : Qui t’aime ? Qui pense à toi ? Qu’as-tu hérité de ta mère ? Que pensent les autres de toi ? Pauvre vieil horoscope qui est battu à plates coutures et qui a du mal à se refaire !





dimanche 21 janvier 2018

Dharma Myriam Zéramdini, entre art et écologie.











Dharma Myriam Zéramdini est venue au monde dans les environs du Zoo de Tunis, en face quasiment. Elle, l’enfant de la mer. Pourquoi ? Un appel des bêtes ?

Petite, elle voyait le jour en couleurs sous le pinceau de Dieu et la nuit en noir parce qu’il fallait bien que Dieu se repose. Pensées d’une enfant logique qui croyait et qui croit en la valeur besogne.
Elle fit sa première baignade à 7 jours dans un pays au bleu unique et, à une heure de vie, elle se releva sur ses bras et regarda sa génitrice de ses grands yeux bleus. Cette dernière sortit de sa chambre de clinique dans un effroi total.

Très tôt, l’enfant montra des capacités à tout voir en 3D, les êtres, les choses et même les situations. Grande lectrice, rêveuse aux yeux immenses, sensible aux bêtes et aux êtres démunis, elle soigna une semaine entière un oiseau blessé par Charly, son pékinois à la langue bleue, et offrit de l’argent à un Monsieur digne qui lui expliqua qu’il était, c’est vrai, juste vieux. Quatre ans.

Très tôt, elle fut happée par le désir de faire les choses : inventer, fabriquer, noircir des carnets de dessin - vieilles poêles revisitées, murs tagués, cubes peints, parchemins, sculptures, portrait russe … - et dans tous ses « faire » la musique était l’accompagnement indépassable. Elle fit sa Première expo au Barcello, elle avait quinze ans.

Par tous les temps, elle squattait son jardin, à même le sol à peindre, tout y passait et il valait mieux avoir pris le soin de ranger sa brosse à dent, à cheveux … C’est que pour l’adolescente d’alors, la création justifiait tout.

Très tôt, elle s’éprit de Louis de Funès, de David Goodis, de Miyazaki, de Dali, des architectures romane et gothique des églises, de documentaires sur la nature, de vieux vêtements « à fort potentiel »… Un jour, elle peignit un transparent et répondit à la curiosité d’une proche peintre amateur : « que les choses venaient d’elles-mêmes sans qu’elle ait toujours des explications rationnelles ou techniques à donner. »

Une fois ses études d’art achevées - elle ne jugea pas utile de faire la 6ème année par détestation du quartier de l’institution jugé peu dynamique, architecturalement et esthétiquement – et parallèlement à un petit boulot d’assistante d’éducation dans un établissement étranger, le sien, elle se lança dans un projet de coopération avec H.Azzouz, La Maison de la Plage et ce fut Agartha, conséquence directe de son végétarisme et de son sens hypra sensible de l’écologie. Elle peignit l’extérieur de la galerie et nous vîmes un peintre en bâtiment gracile et fin qui avait plus d’un mètre de cheveux flamboyants et de grands yeux verts. C’est que Dharma est d’une beauté rare. Mais aussi d’une sensibilité exacerbée.

Le tatouage artistique est une expérience qui coïncida avec le départ de l’homme de sa vie : son géniteur, un intellectuel politisé, artiste, scribe lui aussi - comme sa génitrice - et homme de principes d’un passé révolu. Elle se fit graver sur sa chaire son époque d’éclosion. La chaire de sa chaire. Ce n’était pas rien. Et de là, Dharma réserva un été à un stage de tatouage professionnel et rêve, depuis, de ne plus ancrer ( encrer ) que ses créations à elle.

Professeur d’art, elle accompagne des apprenants pétris de rêves à concrétiser leurs désirs artistiques. Leur idole : libre, intelligente, lumineuse, elle a réponse à tous leurs projets et opte pour un langage didactique accessible et jeune comme eux et comme elle.  Magnifique de surcroît. Dharma nourrit et se nourrit d’humanité toujours plus grande et d’expériences de vie édifiantes.

Elle choisit une rue animée pour installer son atelier, ghetto d’artistes jeunes, loin des aires de luxe, La Marsa : bruits d’enfants, de femmes et d’hommes qui montent vers son sanctuaire à elle. Créer au milieu du brouhaha, présence d’un absent, génitrice au bout du fil, jeune sœur pétrie à Louis de Funès, frère-ami ponctuel et incontournable, chienne sur skype s’il le faut et puis dans ce café suranné, avec vue directe sur Féthia la Chamelle, un vieux Monsieur non-voyant, inépuisable de savoir, polyglotte et tellement positif quant à l’avenir :  Néjib « Ghandi », un personnage pittoresque qui a l’oreille, la considération et le profond respect de Dharma Myriam Zéramdini qui mène sa vie d’artiste hors norme, rondement,  de ces petites choses de la vie qui vous chargent d’énergie, d’espoirs, de réponses … Et puis périodiquement un retour vers la mer pourvoyeuse de tous les sens et de de toutes les inspirations, mer de son chez elle originel, d’enfance, d’humus et de passé insaisissable.

Dharma, une artiste qui se fraie un chemin à sa manière et sans tapage aucun, une jeune femme fine à suivre impérativement.

https://www.instagram.com/dharmamyriam/?hl=fr



mardi 14 novembre 2017

Billets d'humeur

I.
Ma benjamine m'envoie un message : Mum, j'ai eu un 18 en Litté. Merci ma chérie. Mon Ami me dit : elle fera de grandes choses. Oui, je sais mais l'essentiel est l'équilibre et la sérénité, aujourd'hui et pas dans 40 ans. Mon Ami est très particulier, il a du génie et voue un culte à l'école, son fils a  des difficultés d'apprentissage ...

II.
Un pick up passe devant moi, blanc et vert nature : Police de l'Environnement. C'est beau et moderne. Trois bras sortent des fenêtres en synchro, au bout des doigts une cigarette bien fumante. Vive l'environnement !

III.
Il y a des jours où j'ai l'intime conviction que l'humanité entière est malade, que nous sommes tous malades. On met en l'autre nos manques et nos carences et lui aussi fait pareil. Si je n'ai pas eu d'équilibre enfant, je le veux, adulte, dans ma vie perso. Si mon partenaire a connu l'équilibre, une fois adulte la famille unie ne l'intéresse pas. Je peux multiplier les exemples à l'infini. L'autre que j'aime possède ce qui m'a manqué, voilà pourquoi je l'aime ou je m'aime plutôt. Car très fréquemment aimer l'autre c'est s'aimer. Là où nous avons des carences.

IV.
Une Dame, et qui fut belle et qui l'est encore dans sa lumière et ses yeux. Ses yeux qui occultèrent pendant longtemps leur petite infirmité. Elle dit avoir un voile sur les yeux. Sa fille lui prit rendez-vous chez l'ophtalmologue familial.

- " Très forte myopie Mme S. et depuis votre plus jeune âge - un petit problème de cataracte aussi - mais nous allons corriger cela !

 Sur le chemin du retour :

- Mama, tu ne l'as jamais dit ?
- Mais non, je vois très bien.
- Tu es à moins 8 Mama !
- J'ai toujours très bien vu, je m'en accommode très bien. C'est vrai quelquefois, je ne distingue pas mais j'évolue chez moi. Je ne veux pas être affublée d'une horrible paire de lunettes. "

Soixante-dix ans de déni. Si ce n'est pas de la force et de la tranquillité. Elle évolue, en effet, chez elle, entre ses nappes de lin, sa fontaine et ses poissons rouges, ses souvenirs d'amour profond, d'un bonheur court et de tant de beauté. Veuve à quarante ans.

Que d'amour pour toi !