vendredi 6 mars 2026

Destin, dites-vous ?



 Marseille, Cabinet d'écoute psychologique







 

-        Comment allez-vous en ce moment ?


 Il se taisait, se faisait violence pour ne rien laisser transparaître de ce qui écrasait sa poitrine. Il avait longé la mer, comme à chaque fois, pour se rendre à son cabinet et il gambergeait.

 

-      La personne que j’ai aimée le plus au monde est toujours sur le pied de guerre. Je le sens, je le sais. Elle affiche une indifférence et une froideur douloureuses et je n’ai pas en moi ce mordant utile pour placer mon curseur ailleurs. Avec hauteur.


Se quittera-t-on sans espoir de mots, d’écoute et de douceur ?

 

J’ai longé la mer et elle ne me parle plus. Peut-être en a-t-elle ras le bol de mon tenace mal-être …

 

Je sais que je partirai sans cette paix des hommes qui m’est vitale. Pour moult raisons. Pourtant, je n’ai pas trahi …

 

Je rêve d’un bonheur doux et permanent depuis pas mal de décennies. Un bonheur pourvoyeur de sourires et de rires francs et éclatants. 

Et rien. 

 

Même le dynamisme utile à la vie, ces petits bouleversements qui jalonnent notre chemin et qui le dotent de sensations, de concret et de réalisme, change de face et ressemble davantage à de l’agitation. Obstination aveugle par désir de croire et de vivre.

 

Je ne sais plus quoi faire, ni quoi dire, ni comment persuader cette autre qui refuse la vie. Certaines expériences sont génératrices d’énergie et d’implication, sur la durée. Comment peut-on les ignorer ?

 

J’appelle cela le cri de vie. Le sourire d’un enfant. La douceur d’une main qui se cramponne. Mensonge ? Peut-être. Mais ces mensonges-là sont les plus authentiques. Du moins pour un temps.

 

 

Je viens chez vous pour verbaliser de l’incohérence. Mais c’est ainsi, j’ai ma dignité d’homme. À vous de vous frayer un chemin. 






 


 



Il se tut pour reprendre sa logorrhée au bout de quelques minutes.





 




-      Je calcule mes moments de bonheur quelquefois. Ils ont eu une telle puissance. Mais ils étaient de courte durée. C’est peut-être beaucoup au regard de ceux qui n’ont pas eu droit à cette intensité. J’ai quand même été acteur. On n’a rien sans une implication soutenue et reconduite et voulue. Voire désirée.

C’était quand j’étais une force d’entreprise. 


 

Je ne radote pas, chère Madame. Je me déleste d’une tristesse insidieuse. 

Je voudrais vous raconter l’histoire de cet autre qui s’était fait dévaliser. À l’os. À force de bêtise et d’inconscience. Je ne sais pas pourquoi je veux vous la raconter, mais je le ferai. 


Destin, dites-vous ? Non, je ne crois pas. Pas complètement du moins. Et notez que par destin, j'entends, quant à moi, hasard.


 

À suivre












           P.-S. : 


              La nuit n’est jamais complète 


       La nuit n’est jamais complète.
       Il y a toujours puisque je le dis,
       Puisque je l’affirme,
       Au bout du chagrin, 
       une fenêtre ouverte,
       une fenêtre éclairée.
       Il y a toujours un rêve qui veille,
       désir à combler,
       faim à satisfaire,
       un cœur généreux,
       une main tendue,
       une main ouverte,
       des yeux attentifs,
       une vie : la vie à se partager.


Paul Éluard, extrait du recueil Derniers poèmes d’amour.